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L’immigration, un enjeu différent en France et aux Etats-Unis

Dans la foulée du débat de l’entre-deux tours de la présidentielle française, un panel de spécialistes a débattu à la Maison Française de l’université de Columbia, à New York, sur le thème de l’immigration.

L’organisatrice de l’événement, Julie Saada, maître de conférences en philosophie à l’Université d’Artois et directrice de programme au Collège international de philosophie, a lancé le débat après une introduction par Souleymane Bachir Diagne, professeur de français et directeur des études à Columbia. Présentée comme une discussion sur “l’immigration dans les élections présidentielles française et américaine de 2012”, la table-ronde s’est finalement surtout concentrée sur les différences de perception entre la France et les Etats-Unis, et a un peu laissé de côté les élections – même si la politique est toujours restée au cœur du sujet.

Pour Rodolfo de la Garza, professeur d’”international and public affairs” à Columbia, l’une des différences tient simplement à l’histoire : “l’histoire politique des Etats-Unis a été forgée par les immigrants, les nouveaux arrivants. Et c’est en plus un pays qui a connu une immigration immense en un temps très court.” Les Etats-Unis comptent environ 11 millions d’immigrés sans papiers pour plus de 310 millions d’habitants, tandis que la France en recense entre 300 et 400 000, pour 65 millions d’habitants.

“Pas le même lien entre immigration et criminalité” en France et aux Etats-Unis

“C’est dans le discours politique qu’on en fait un plus grand problème en France, alors que les chiffres sont bien plus grands aux Etats-Unis”, commente Eric Fassin, enseignant en sociologie à Paris 8. Le philosophe Michel Feher, président de l’association Cette France-là, souligne la culture du chiffre en France : “A chaque début d’année, le gouvernement annonce combien de personnes vont être expulsées et à la fin de l’année, il se félicite d’avoir atteint son objectif ou de l’avoir dépassé. Et ce chiffre augmente toujours.”

Ariane Chebel d’Appollonia, chercheuse à Sciences Po et professeure à l’école des affaires publiques et de l’administration de Rutgers, note que des deux côtés de l’Atlantique, “l’immigrant est perçu comme une menace pour la prospérité et la sécurité nationales. Les gouvernements gonflent les chiffres pour faire peur.” Mais Jose Moya, professeur d’histoire latino-américaine à l’université Barnard et directeur du Forum de Barnard sur les migrations, nuance : “Aux Etats-Unis, la phobie de l’immigrant n’est pas aussi importante qu’en France. Notamment parce qu’on ne formule pas le même lien entre immigration et criminalité. Aux Etats-Unis, le taux de criminalité est en fait plus faible chez les immigrants. Là où il est plus élevé, c’est chez les Noirs, qui restent la première cible du racisme américain.”

Aux yeux de Jose Moya, l’immigrant aux Etats-Unis est associé au Mexicain, tandis que la xénophobie reste dirigée contre les Afro-Américains. Ce thème est bien exploité dans la campagne républicaine selon le professeur de Barnard, mais “il est moins efficace à l’échelle nationale que dans la politique locale, en particulier dans les Etats les plus concernés comme l’Arizona et les Etats à la frontière avec le Mexique.”

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