Subscribe

L’omniprésent Raphaël Personnaz, espoir du cinéma français

Raphaël Personnaz, 32 ans, a reçu cette année le prix Patrick-Dewaere, qui récompense un jeune acteur francophone et prometteur. Il est à l’affiche de La stratégie de la poussette de Clément Michel et de Trois mondes de Catherine Corsini,  qui sortent en juin aux Etats-Unis.

Personnaz, en savoyard, signifierait “celui qui voyage”. Après quelques années de petits rôles sur les planches ou à l’écran (A la petite semaine, 2003, La faute à Fidel, 2006) et de jeu confidentiel, Raphaël Personnaz est en pleine ascension. En 2009, après une période un peu difficile, l’acteur envisage d’arrêter de jouer, “avant de devenir aigri”. Si rien ne se passe avant la fin de l’année, il prévoit de se réorienter vers la production de films ou d’huile d’olive. Dix jours après cette résolution, le réalisateur Bertrand Tavernier le contacte. Le désistement de Louis Garrel lui permet de rejoindre l’adaptation de la nouvelle de Madame de Lafayette. Son interprétation du duc d’Anjou, prédateur intransigeant au charme reptilien, secoue l’académisme de La Princesse de Montpensier. En compétition au festival de Cannes, Raphaël Personnaz se trouve soudainement “comme un lapin pris dans les phares d’une voiture” face aux projecteurs médiatiques. Les propositions affluent depuis, dans différents genres cinématographiques : film de guerre dans Forces Spéciales (2011), en costume et en anglais dans Anna Karenine (2012), romance dans After (2013). Il vient de tourner huit films en deux ans.

Un jeu physique

Considéré comme une belle gueule, parfait pour des rôles romantiques, il se révèle bien plus intéressant. Ses qualités apportent beaucoup aux films, parfois médiocres. Adepte de la méthode de Mikhail Tchekhov, il prend Patrick Dewaere comme modèle et utilise de manière remarquable son physique pour dévoiler la psychologie du personnage.

Dans La stratégie de la poussette (The Stroller Strategy, sortie le 14 juin), réalisé par Clément Michel, il partage l’affiche avec l’ex-miss météo Charlotte Le Bon. La scène d’ouverture est inspirée : on assiste aux étapes d’une histoire sentimentale filmées en une montée d’escalier. Pour reconquérir sa belle, Thomas Platz (Personnaz) se fait passer pour un jeune père, en se servant du bébé de sa voisine, littéralement tombé du ciel. La comédie lorgne vers Trois hommes et un couffin (1985) et s’essouffle aussitôt. L’acteur est pourtant à l’aise dans le registre comique, aux côtés de Julie Ferrier et Jérôme Commandeur, déguisé en poisson perdu dans un hôpital, introduisant un décalage dans son personnage d’”adulescent” effrayé par l’engagement. Le bébé n’est qu’un prétexte. “Mon personnage se travestit en père pour faire croire qu’il est devenu responsable, explique-t-il. Quand on nous rabâche depuis la jeunesse que le futur est incertain, que nous sommes promis au chômage, il est compliqué d’aborder la vie avec légèreté. Tout devient très lourd. On perd cette dose d’inconscience nécessaire à l’engagement.”

Catherine Corsini l’a aussi choisi pour son drame Trois mondes (Three Worlds, en salles américaines le 21 juin). Sa direction exigeante des acteurs est l’atout majeur du film. Raphaël Personnaz interprète Al, un jeune homme sur le point de réussir, qui, alcoolisé, renverse un homme au petit matin à Paris et décide de s’enfuir. Habitante des beaux quartiers et témoin de l’accident, Juliette (Clotilde Hesme), va aider la femme de la victime, Véra (Arta Dobroshi), à retrouver le chauffard. Personnaz parvient à montrer les impacts du secret et des remords sur son visage et sur son corps. Par son intonation et son regard, Al n’est pas un salaud irresponsable. Sans tomber dans le registre larmoyant, avec une scène forte sur le don d’organe, le film reste assez linéaire et attendu, sans aller au bout de ses intentions sociales et psychologiques.

A la rentrée, Raphaël Personnaz portera à l’écran plusieurs adaptations d’œuvres littéraires. Devant la caméra de Daniel Auteuil, il incarnera Marius dans les deux premières parties de “la trilogie marseillaise”, d’après Marcel Pagnol. Il sera Arthur Vlaminck, double de papier d’Antonin Baudry (conseiller culturel à l’ambassade de France à New York) dans l’adaptation de la bande dessinée Quai d’Orsay par Bertrand Tavernier. Enfin, Il prêtera ses traits à Benjamin Malaussène, dans Au bonheur des ogres, réalisé par Nicolas Bary, à partir du roman de Daniel Pennac.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related