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L’opéra français a la cote aux Etats-Unis, les chefs d’orchestre aussi

L’opéra français s’exporte bien aux Etats-Unis, où les grandes maisons du pays prisent un répertoire parfois oublié du côté de Massenet ou Ambroise Thomas, choisissant pour ce faire des chefs d’orchestre plus connus à l’étranger que dans leur France natale.

Si Carmen reste l’un des opéras les plus joués du répertoire à la surface du globe, les grandes salles américaines n’hésitent pas à présenter des oeuvres moins connues du grand public, comme “Werther”, une oeuvre de Jules Massenet (1892) actuellement à l’affiche de l’Opéra national de Washington, sous la baguette du Strasbourgeois Emmanuel Villaume.

Aux Etats-Unis, “il reste un respect, un amour, une fascination pour l’émotion d’élégance et de poésie de la musique française”, observe le “conductor”, qui depuis une quinzaine d’années a dirigé dans le Nouveau monde des oeuvres telles que Le Cid (également de Massenet) ou Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach. Pour lui, l’opéra français c’est “une certaine clarté dans l’orchestration et l’équilibre entre le texte, la situation dramatique et la mélodie”, analyse M. Villaume. A la différence de la musique italienne ou allemande “tout commence avec le texte”.

Emmanuel Villaume, 48 ans, fait partie de ces chefs plutôt mieux connus à l’étranger qu’en France. Un peu comme Massenet… En France, “on a tendance à regarder de haut notre propre répertoire”, déplore-t-il. “Si Massenet avait été allemand ou italien, il serait beaucoup plus prisé par ses compatriotes”.

“Werther”, très bien reçu par le public de la capitale américaine, plonge le spectateur dans une version librement adaptée de l’oeuvre de Goethe. Le héros de la pièce, chanté par l’Italien Francesco Meli, met fin à ses jours, désespéré par le mariage de Charlotte avec un autre. “Werther était l’opéra préféré de Massenet”, rappelle Emmanuel Villaume, qui voit dans cette oeuvre un “dialogue” entre les cultures allemande et hexagonale: “c’est une transposition très française, romantique, mais qui garde l’ambition poétique et philosophique de Goethe: le rapport à la nature, l’obsession de la mort”.

Pour le chef d’orchestre, la vérité psychologique de la souffrance et de la passion de Werther vue par Massenet “a peu d’égal dans l’art lyrique”. En ce sens, Massenet annonce des oeuvres plus modernes, comme “Pelléas et Mélisande” de Debussy. “Massenet n’est pas une note en bas de page de l’histoire de la musique: il est un chaînon très important qui a produit des chefs d’oeuvre”, rappelle Emmanuel Villaume.

Après Washington, une autre production de “Werther” est prévue en novembre à Chicago. Boston présentera également à l’automne “Béatrice et Bénédict” de Berlioz, tandis que le Metropolitan Opera de New York a mis à son programme des prochains mois un grand nombre d’oeuvres françaises: “Les Contes d’Hoffmann”, “Carmen” de Bizet, “Faust” de Gounod et le “Dialogue des Carmélites” de Poulenc. Avec Ludovic Morlot à Seattle, Lionel Bringuier à Los Angeles, Philippe Auguin à Washington, les chefs français sont aussi très demandés aux Etats-Unis, pas seulement pour diriger des oeuvres originaires de l’Hexagone.

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