Subscribe

L’Otan joue l’unité sur l’Afghanistan malgré le retrait anticipé français

Le sommet de l’Otan a affiché dimanche un message d’unité sur l’Afghanistan, malgré la décision française d’un retrait anticipé de ses troupes à la fin de l’année.

Le président américain Barack Obama, hôte du sommet qui se tient jusqu’à lundi dans sa ville de Chicago, a assuré que le monde soutenait la stratégie de sortie d’Afghanistan après plus d’une décennie de conflit. “Nous sommes unis dans notre détermination à achever la mission” en Afghanistan, a-t-il déclaré. Dans la matinée, il s’était entretenu avec son homologue afghan Hamid Karzaï selon qui les Afghans ne veulent plus représenter “un fardeau” pour le reste du monde.

Les 28 alliés de l’Otan sont pressés d’en terminer avec un conflit impopulaire qui dure depuis plus de dix ans et coûte cher en hommes et en ressources. Mais, à Chicago, leur priorité est d’affirmer qu’il “n’y aura pas de retrait précipité”, comme l’a affirmé le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen. “Nous resterons engagés en Afghanistan jusqu’au succès de l’opération”, a-t-il assuré.

Dans ce contexte de consensus affirmé, le nouveau président français, François Hollande, a été publiquement ménagé pour ses premiers pas sur la scène internationale. Il a pu justifier, au cours de plusieurs entretiens bilatéraux, sa décision de rapatrier en France la majeure partie des troupes combattantes avant la fin de l’année tout en restant engagé “d’une façon différente” dans l’opération de l’Otan.

“Notre position sur l’Afghanistan a été détaillé, préparée, il n’y a eu aucune surprise”, a-t-on assuré de source diplomatique française, “c’est une décision souveraine, même si, en même temps, ses conditions seront déterminées en accord avec nos alliés”. M. Hollande avait l’intention de préciser au cours du sommet les “modalités” des actions de formation de la police et de l’armée afghane auxquelles la France s’est engagée dans le traité signé début 2012 entre le président afghan Hamid Karzaï et son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

En outre, le retrait des troupes combattantes françaises d’ici la fin de l’année ne va pas compromettre la sécurité du pays, a déclaré dimanche le général américain John Allen, commandant des forces de l’Otan en Afghanistan. L’Otan attend encore les précisions sur l’ampleur du désengagement français – dont le contingent compte 3.500 hommes sur les 130.000 militaires de l’Otan présents dans le pays. Il n’y aura “pas de dégradation de la sécurité”, a-t-il affirmé devant les journalistes en marge du sommet.

“Une fois que la transition sera achevée d’ici la fin 2014, notre mission de combat cessera mais nous n’allons pas tourner le dos” à l’Afghanistan, a assuré avec force M. Rasmussen lors d’une conférence de presse à la fin d’une première session de travail qui devait être suivie d’un dîner. D’ici là, l’Otan prévoit de transférer la responsabilité des opérations de sécurité aux forces afghanes en 2013 et de passer jusqu’à la fin 2014 à des missions de soutien à l’armée afghane.

Feu vert pour la première phase du bouclier antimissile

Réunis dans un immense palais des congrès ultra-protégé, les dirigeants de l’Otan ont par ailleurs officialisé dimanche la première phase du bouclier antimissile destiné à protéger l’Europe des tirs de missiles en provenance du Moyen-Orient, en particulier d’Iran. Basé sur une technologie américaine, il est fortement critiqué par la Russie, qui y voit une menace à sa sécurité, ce que récuse l’Otan.

Commandé à partir de la base de Ramstein (Allemagne), le bouclier sera composé d’un radar ultra-puissant installé dans l’Anatolie turque, de missiles SM-3 déployés sur des frégates Aegis postées en Méditerranée et d’intercepteurs implantés en Pologne et en Roumanie. Les pays membres ont également adopté une vingtaine de projets de coopération dans le cadre d’un programme surnommé “Défense intelligente” (“Smart defense”), lancé pour réduire l’impact des baisses de dépenses militaires, particulièrement en Europe.

Le président français François Hollande s’est déclaré dimanche rassuré sur les conditions de mise en place du bouclier antimissile, estimant que ses “réserves” initiales sur ce projet “en définitive ont pu être levées”. “La défense anti-missile ne peut pas être un substitut à la dissuasion (nucléaire, Ndlr) mais un complément (…), il doit y avoir un contrôle politique de son utilisation (…) nos industriels doivent être directement intéressés à la réalisation des équipements nécessaires et, enfin, il doit y avoir une maîtrise des coûts pour qu’il n’y ait pas de dérive financière qui serait d’ailleurs insupportable pour les budgets des pays de l’Alliance”, a-t-il énuméré.

“Sur ces quatre principes, le communiqué final nous donne satisfaction”, a résumé François Hollande devant la presse. Le président français a en outre insisté sur le nécessaire dialogue avec la Russie. “Il ne peut pas être question que des pays puissent être menacés par ce dispositif antimissile”, a-t-il dit, “le dialogue avec la Russie devra être poursuivi (…) ce que je souhaite, c’est que les pays qui sont proches de (ce système) puissent être totalement rassurés”.

Pendant ce temps, plusieurs milliers de militants ont défilé dans le centre de Chicago pour réclamer l’arrêt des guerres “destructrices et coûteuses”. Des échauffourées ont éclaté en fin de journée et la police anti-émeutes a interpellé plusieurs manifestants. D’importantes forces de l’ordre ont été mobilisées pour éviter les débordements susceptible de ternir le bilan du sommet, ainsi que l’image du président Obama, en pleine campagne pour sa réélection en novembre.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related