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Lou Castel : « Mon langage, c’est le cinéma »

Le Fiaf consacre une rétrospective à l’acteur et réalisateur Lou Castel, qui a joué pour Wim Wenders et Claude Chabrol notamment. Lancé en 1965 avec Les poings dans les poches de Marco Bellochio, il n’a eu de cesse de jouer des personnages extrêmes, du saint au meurtrier.

« Je n’ai aucune langue à moi, dans toutes les langues j’ai un accent », déplore Lou Castel dans un français précis mais au flux hésitant, à l’accent prononcé, dont on ne saurait déceler l’origine. « Mon langage, c’est le cinéma », se console-t-il, sans chercher à masquer sa blessure d’éternel apatride. Le comédien est né en 1943 en Colombie d’un père suédois et d’une mère irlandaise, a grandi à Stockholm, en Jamaïque et à New York avant de tourner en France, en Italie et en Allemagne.

« On n’aime pas trop les accents au cinéma », a pu constater tout au long de sa carrière l’homme à la voix douce. L’acteur est d’ailleurs doublé dans la majorité de ses films, dont Les poings dans les poches de Marco Bellochio qui l’a fait connaître à l’âge de 22 ans. Ne pas endosser les rôles intégralement semble le travailler, au point qu’il parle de « déformation professionnelle ». Il reconnaît pourtant que les doublages ajoutent de la force à ses personnages. L’acteur qui a tourné avec les plus grands, de Wim Wenders à Claude Chabrol en passant par Luchiano Visconti et Michael Hanecke, doute toujours de lui.

Aujourd’hui, il vit à Paris et « nage dans le français », à défaut de se sentir français. Son militantisme d’extrême gauche l’a chassé d’Italie, son premier pays d’adoption, en 1972. Il a alors dû choisir entre la lutte armée et la culture. L’acteur qui a joué dans plus de cent films retient particulièrement le tournage de Prenez garde à la Sainte putain de Rainer Werner Fassbinder qu’il a fait « comme un passage », lors de ce moment d’hésitation. Fassbinder partageait selon lui le même questionnement à l’époque. Leur proximité politique est alors devenue artistique et physique : « il jouait avec moi, il entrait dans le champ avec moi ».

Les extrêmes ont dicté ses rôles : des saints, des névrosés, des terroristes… « Rien au milieu, ça ne m’intéresse pas. » Paradoxalement, c’est dans un film de Damiano Damiani d’un « ennui total » selon ses mots, qu’il se trouve le meilleur. Dans ce western, il aime son « jeu comme un trait, le côté primaire dans l’action. Le réalisateur est allé jusqu’au bout de son idée dans ce film ».

Il a aujourd’hui changé d’armes, mais pas de convictions. Même si ses films ne paraissent pas militants au premier abord, son métier est devenu son moyen d’action. « Je suis à New York, il n’y a pas de meilleure preuve », souffle-t-il avec malice.  Cette ville semble être pour lui le symbole d’un monde capitaliste qu’il a passé sa vie à décrier. Il est malgré tout très touché qu’une rétrospective lui soit dédiée aux Etats-Unis. Il ne s’attendait pas à ce que ses films expérimentaux soient montrés au public, car ils sont longs. « Enfin longs… rectifie-t-il de sa voix lente, c’est un comble que je dise cela. Ils durent un temps qui normalement n’est pas accepté lorsqu’on regarde un film ». Ses réalisations sont justement une réflexion sur le temps. Le film idéal serait pour lui un film qui « donne l’impression d’être un instant mais qui est très long en réalité ».

L’acteur est passé derrière la caméra en 1998 avec Just in time. Il avait toujours rêvé d’être réalisateur. Il a eu le déclic lorsque Jean-Luc Godard  l’a refusé pour un rôle dans l’un de ses films. De cette blessure il a fait une force, comme de toutes les autres. Dans Pyramidial, il zoome sur des trous qu’il a percés. Comme un enfant, il observe la magie du quotidien à l’aide de sa caméra cachée à l’intérieur d’un tube d’aération. Il découvre une structure d’arabesques qui se croisent et se multiplient. En zoomant encore plus, surprise : des formes pyramidales. Une nuit, alors qu’il se livre à ses expérimentations cinématographiques, sa fille se lève et lui dit : « C’est beau ce que tu fais ».

Rétrospective au Fiaf

Rétrospective au Anthology films archives

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