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Louise Bourgeois

Après la Tate Gallery de Londres et le centre Georges Pompidou à Paris, c’est au tour du Guggenheim New York d’accueillir la plus grande exposition jamais consacrée à Louise Bourgeois. Un événement à ne pas manquer pour comprendre l’oeuvre de cette immense artiste.

Durant une carrière longue de près de 70 ans, l’artiste française établie à New York a côtoyé tous les styles d’avant-garde, du surréalisme à l’expressionnisme abstrait au post-minimalisme en passant par le ready-made, sans pour autant en embrasser un. Elle a utilisé tous les médias, le dessin, la peinture, la lithographie, la performance, l’installation, mais ce sont ses sculptures, réalisées avec des matériaux très divers, qui sont les plus frappantes. Elle y développe un vocabulaire symbolique assez complexe, très autobiographique, qu’une exposition monographique comme celle du Guggenheim peut aider à déchiffrer.

Née en 1911 à Paris, Louise Bourgeois commence dès l’âge de 11 ans à dessiner les motifs qui serviront de base à la restauration de tapisseries, dans l’atelier de ses parents à Choisy-le-Roi. Elle évolue dans une ambiance tendue, avec un père volage, qui entretient même une liaison avec sa gouvernante. Au début des années 30, elle fréquente l’école des Beaux-Arts, avant de rencontrer en 1938 l’historien d’art Robert Goldwater, qu’elle épouse. Le couple part vivre aux États-Unis. Sa première exposition personnelle, en 1945 à New York, ne présente que des peintures. Peu après apparaît un thème récurrent dans son œuvre : les femmes-maisons, des dessins associant un corps de femme se terminant par une tête de maison. Plus tard, dans ses sculptures, la maison deviendra parfois cellule.

Les sculptures en forme de totems, qui apparaissent une dizaine d’années après, sont l’évocation de son expatriation, et de la difficile séparation d’avec sa famille. Elles sont souvent accompagnées de femmes-navettes, encore un souvenir d’enfance, les navettes étant les outils qu’on passe dans le métier à tisser pour créer le motif. L’artiste travaille alors le bois, et utilise des couleurs.

Au début des années 60, Louise Bourgeois adopte les matériaux souples, comme le caoutchouc et le plâtre liquide, avec lequel elle crée des œuvres biomorphiques, représentant des parties du corps réelles ou fantasmées, souvent sexuelles.

Puisant dans ses souvenirs d’enfance qui, avec l’âge, deviennent « préhistoriques », Louise Bourgeois recréé à partir des années 80 un univers fantasmé, interdit, hautement symbolique, comme la chambre de ses parents, au lit rouge sang. Elle achète un vaste studio à Brooklyn, qui l’incite à créer des œuvres de plus en plus monumentales – des œuvres grandes et complexes.

Dans les années 90, l’araignée devient une figure récurrente de son œuvre. Elle représente sa mère adorée, morte alors que l’artiste avait 21 ans. C’est l’animal qui tisse sa toile, à l’image de sa mère qui restaurait les tapisseries.

À 97 ans, Louise Bourgeois est toujours une figure de proue de l’art contemporain, puisant dans des thèmes personnels et intimes – féminité, sexualité, isolement, enfance – une force d’évocation peu commune. Ses oeuvres, quelle que soit l’échelle ou le matériau utilisé, bois, caoutchouc, pierre, métal ou tissu, forment un ensemble toujours fascinant.

Et aussi…
Louise Bourgeois la fugitive, portrait par Dominique Nabokov


Infos pratiques:
À New York au musée Guggenheim jusqu’au 28 septembre.
www.guggenheim.org

Parallèlement à la rétrospective Louise Bourgeois, Anthology Film Arrchives propose du 9 au 20 juillet trois films sur Louise Bourgeois, réalisés par Brigitte Cornand:

“J’ai rencontré Louise Bourgeois en 1994. Dans le premier film que nous avons fait ensemble, nous avons évoqué les sources autopbiographiques et les thèmes qui ont inspiré son travail dans son studio de Brooklyn et sa maison de Chelsea. Ensuite, je lui ai demandé si je pouvais continuer à filmer des moments de sa vie, de temps en temps mais de manière régulière, en utilisant la trame d’un journal intime, un collage visuel, similaire à son propre processus et aux journaux qu’elle tient depuis 1923. J’espère avec ces films amener les spectateurs au-delà de l’art et de ma relation personnelle avec Louise, pour les inciter à développer leur propre relation avec l’artiste.” Brigitte Cornand

La Rivière gentille, 2007, 100 minutes.
World premiere.
“Un portrait encore plus intime que les précédents, dans une forme plus libre qu’avant. Le tiitre est emprunté d’un poème que Louisea écrit dans les années 50 à propos d’une rivière qui coulait près de sa maison d’enfance, qui agit dans son oeuvre comme une métaphore – parfois douce, parfois diabolique. Nous voyons comment, petit à petit, sa maison de Chelsea est devenu une oeuvre d’art et comment Louise s’est retirée de tout sauf de quelques fils de souvenirs qu’elle relie à son activité artistique quotidienne : son enfance, son mari décédé, ses enfants Jean-Louis et Alain, son collaborateur Jerry. Les événements filmés sont mêlés avec les pages de ses magnifiques journaux rouges et les étranges onomatopées qu’elle chantonne lorsqu’elle dessine.” Brigitte Cornand
Tous les soirs jusqu’au vendredi 18 juillet, 19h00

Chère Louise, 1995, 50 minutes.
Premier film de la trilogie, Chère Louise révèle les passions et inspirations qui façonnent les oeuvres puissantes de Louise Bourgeois. Situé dans sa maison de New York et dans son studio, le film voyage à travers ses souvenirs d’enfance et dessine le portrait intime d’une artiste pleine d’énergie (à plus de 80 ans) et extrèmement originale.
Le 12 juillet à 19h00 et 21h30, le 14 juillet à 19h00, le 16 juillet à 19h00.

The Whisper of the Whistling Water (Le murmure de l’eau qui coule), 2004, 92 minutes.
“Le titre de ce second film-portrait, qui se déroule sur plusieurs années de tournage quotidien, vient d’une des berceuses préférées de Louise, qu’elle dédie à son mari décédé l’historien d’art Robert Goldwater. Le film montre Louise en train de conceptualiser un projet, donnant une conférence impromptue sur la tapisserie, et dessinant, ainsi que l’intrusion bienvenue d’un membre de la famille, des extraits de son salon dominical, sa fête d’anniversaire, et des réunions avec son plus proche collaborateur, Jerry Gorovoy. Bref, un portrait et le témoignage du fait que son environnement est une constante source d’inspiration.” Brigitte Cornand
Le 13 juillet à 19h00, le 17 juillet à 19h00.

Anthology Film Archives 32 2nd Ave, New York, NY
www.anthologyfilmarchives.org

et le Guggenheim propose des promgrammes annexes, à suivre tout l’été.

A Life in Pictures: Louise Bourgeois

Jusqu’au 12 septembre 2008, au Sackler Center
La vie de Louise Bourgeois en photos et en journaux intimes, d’après les archives de l’artiste, pour qui l’art et la vie sont intriquement liés. Presque un siècle de vie, de Choisy-le-Roi à New York.

Projection: Louise Bourgeois on Film
Les mardis et vendredi en juillet, août et septembre. En boucle pendant les heures d’ouverture du New Media Theater.
Une sélection de documentaires présentant la vie et la carrière de Louise Bourgeois, à voir pendant toute la durée de l’exposition. Produits des années 90 à nos jours, ces portraits filmés de la’rtiste montrent des rencontres avec ses amis proches, sa famille, et des vidéos autour des oeuvres présentées dans l’exposition.

Conférences (en anglais)
Au Peter B. Lewis Theater du Sackler Center for Arts Education.
Entrée $10 ($7 pour les membres et les étudiants). Réservations : 212 423 3587

– Patterns of Memory, Shapes of Anxiety
Mardi 22 juillet, 18h30, par Robert Storr, doyen, Yale School of Art

– Old-Age Style: Late Louise Bourgeois
Mardi 16 septembre, 18h30, par Linda Nochlin, professeur d’art moderne, Institute of Fine Arts, New York University

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