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L’ouragan Sandy souffle sur l’élection présidentielle américaine

Suspendue le temps de la tempête, la campagne a repris de plus belle à quelques jours du vote le 6 novembre. Retour sur les conséquences politiques pour les deux candidats Barack Obama et Mitt Romney.

Après avoir suspendu sa participation à la campagne pour se concentrer sur la gestion des ravages de la tempête Sandy, Barack Obama a quitté Washington jeudi matin. Direction le Wisconsin, pour sa première réunion électorale en cinq jours. Sur un rythme effréné, il se rendra ensuite dans le Colorado et le Nevada, les deux principaux Etats-clés de l’ouest et passera la nuit dans l’Ohio, après avoir parcouru quelque 8 000 km en avion au total.

Son adversaire républicain Mitt Romney parcourait quant à lui la Virginie. Les sondages restent serrés mais semblent légèrement favoriser le président sortant grâce à son avance dans les Etats les plus décisifs sur la carte électorale. Depuis le début de la catastrophe, le candidat républicain est confronté à la situation délicate de mobiliser ses partisans et convaincre les indécis sans attaquer de front un président en pleine situation de crise.

Le candidat Obama redevenu président

Mercredi, Barack Obama a rencontré, avec le gouverneur du New Jersey Chris Christie, la population sinistrée et a survolé en hélicoptère la côte atlantique. En chef de la nation, il a salué la “force et la capacité de récupération” de ses compatriotes. “C’est l’essence des Etats-Unis. Nous traversons des temps difficiles mais nous revenons plus forts qu’avant (…) Nous nous soucions les uns des autres et nous ne laissons personne sur le côté de la route”, a-t-il dit, en écho à ses discours de campagne. “Nous sommes là pour vous. Et nous n’oublierons pas”.

Signe d’une reprise de la campagne, l’état-major d’Obama à Chicago a ironisé mercredi sur le “désespoir” de Mitt Romney, qui ne parvient pas selon les derniers sondages à refaire son retard dans l’Ohio, l’Etat-clé par excellence. L’équipe républicaine a répliqué qu’elle avait le bénéfice de l'”intensité” en cette fin de campagne et que l’élan était de son côté pour gagner le 6 novembre. Intimidation de l’adversaire ? Tentatives d’influer sur la couverture médiatique ? La guerre psychologique fait rage dans la dernière ligne droite d’une élection sur laquelle chaque camp a misé ambitions, carrières et des centaines de millions de dollars.

Mais les sondages ne semblent toujours pas sourire au républicain. Les enquêtes récentes de CNN, Time et du New York Times lui donnent un retard de cinq points dans l’Ohio et la moyenne du site RealClearPolitics (RCP) le place 2,3 points derrière M. Obama. L’ancien gouverneur du Massachusetts paraît mieux placé en Floride et en Virginie, sans toutefois se détacher. Le spécialiste ès statistiques du New York Times, Nate Silver, accorde 79% de chances à M. Obama de décrocher un second mandat.

Sandy, coup de pouce à Obama ?

Alors qu’elle mettait en garde depuis des mois contre une élection “serrée”, l’équipe de Barack Obama s’est laissée aller à un certain triomphalisme. “Nous sommes en position de force (…) et nous allons gagner cette élection mardi”, a assuré mercredi le stratège David Axelrod. Les républicains ne partagent pas cette évaluation. “La course se trouve exactement là où nous espérions qu’elle serait” à l’approche de l’élection, a déclaré un proche conseiller de M. Romney, Russ Schriefer.

“Obama possède un avantage, même s’il est étroit, dans les Etats-clé. Il était et reste le favori”, estime Thomas Mann, de l’institut Brookings, pour qui les tentatives de M. Romney de porter le combat en dehors des Etats-clé actuels sont trop optimistes. Cet expert en sciences politiques pense aussi que l’ouragan Sandy qui a dévasté le nord-est des Etats-Unis pourrait avoir donné un coup de pouce au président, monté en première ligne. “Cela a renforcé son avance et rendu une victoire de Romney plus improbable”, assure-t-il.

Depuis plusieurs semaines, les médias s’interrogent sur la possible survenue d’une “surprise d’octobre”, événement capable de bouleverser l’élection présidentielle. Après la dépression post-tropicale, reste l’inconnue des chiffres mensuels de l’emploi, divulgués vendredi matin. Mais même s’ils sont mauvais, ils “seront trop tardifs pour faire une différence” dans l’élection, estime Thomas Mann, alors que des millions d’Américains ont déjà profité du vote anticipé.

Le souvenir de Katrina

Conscient du danger d’apparaître indifférent aux souffrances de ses compatriotes, sept ans après l’ouragan Katrina qui avait terni la confiance en son prédécesseur George W. Bush, Barack Obama veut de toute évidence projeter l’image d’un dirigeant tenant fermement la barre. Dès dimanche, il s’était rendu au siège de l’agence fédérale chargée des situations de crise (Fema).

Passé le temps de l’urgence, Mitt Romney pourrait être interrogé sur des propos tenus en juin 2011 sur le rôle de l’Etat fédéral dans les catastrophes. Certains médias rediffusaient un extrait d’un débat de la primaire républicaine dans lequel le candidat du GOP semblait remettre en cause le rôle et le financement de la FEMA, dont l’action se révèle cruciale depuis lundi. “A chaque fois qu’on a l’occasion de prendre quelque chose de l’Etat fédéral et de le confier aux Etats, c’est la bonne direction à prendre. Et si on peut aller encore plus loin et le confier au secteur privé, c’est encore mieux”, affirmait-il.

Le réchauffement climatique en question

Largement ignoré lors de la campagne, le sujet du changement climatique s’est lui aussi invité sur le devant de la scène médiatique. La discrète candidate des Verts à la Maison Blanche a reproché lundi à ses concurrents Mitt Romney et Barack Obama de ne pas avoir abordé la question au moment où les Etats-Unis retenaient leur souffle à l’approche de l’ouragan Sandy. “Les républicains comme les démocrates parlent de l’élection de leurs concurrents comme de la fin du monde, peut-être ont-ils raison”, a lancé Jill Stein. “L’ouragan Sandy n’est pas la première mise en garde que nous ayons reçue. N’attendons pas la prochaine menace pour nous tourner enfin vers une économie verte”, a-t-elle poursuivi.

La candidate du parti écologique américain accuse le républicain “d’être la voix de l’industrie” tout en dénonçant la politique énergétique de Barack Obama qui se veut “au-dessus de tout”, car elle repose sur une augmentation de l’extraction de charbon et de pétrole aux Etats-Unis. Le candidat démocrate s’est étonné vendredi lors d’un entretien sur la chaîne MTV que la question du réchauffement climatique n’ait pas été abordée dans les débats. Le président, qui a reconnu “ne pas aller aussi vite qu’il le faudrait”, a même reçu jeudi le soutien du maire indépendant de New York, Michael Bloomberg, grand défenseur de la cause environnementale.

Pourtant le lien entre changement climatique et cyclones fait toujours débat au sein du monde scientifique. Ce sujet complexe est l’un des plus âprement discutés entre climatologues dont le groupe d’experts de référence, le Giec, a néanmoins jugé “probable” que les ouragans soient plus puissants au cours du XXIe siècle. “La recherche scientifique sur l’impact du changement climatique sur les cyclones est un sujet encore ouvert”, résume Serge Planton, responsable du groupe de recherche climatique à Météo France.

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