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Lucette de Rugy, la pétillante lumière de l’architecture américaine

Lucette de Rugy importe depuis 2003 ses créations d’arts et lumières vouées à habiller des monuments américains lors d’évènements particuliers. Elle dirigera les 24 et 25 septembre une projection sur le Convention Center de Pittsburgh, où se tiendra le prochain sommet du G20. Portrait d’une New-Yorkaise à l’inusable énergie.

Les pâles rayons de soleil, filtrés par la grisaille de cette morne après-midi, ne sauraient altérer son éclat. Et encore affaiblis par le contour des imposants gratte-ciel de Midtown et par l’opaque verre de cette seule fenêtre, ils ne font que vainement s’épuiser. Lucette de Rugy rayonne, par son énergie et par son inaltérable fascination pour l’art. En partageant son regard dévot, on atteint tout naturellement les confluences de l’opéra, sa première passion, et de la lumière, son outil de travail.

« J’ai eu l’idée de projeter le décor d’un opéra sur la façade de son bâtiment en rencontrant Jessye Norman, que je considère comme la plus grande soprano dramatique américaine. Même si cela ne s’est pas réalisé, cela a été un déclic, » avoue-t-elle. Depuis, Lucette, récemment installée à deux pas du Grand Opéra de New York, s’est spécialisée dans l’illumination de divers édifices, principalement à travers les États-Unis. Elle a, entre autres, projeté ses créations sur la mairie de Washington, le Civic Center de Beverly Hills, le musée d’art contemporain de Chicago, le Biltmore Hotel de Miami, ou encore dans l’enceinte de Grand Central à New York. Elle y privilégie souvent la couleur et les motifs à caractère anthropien, dans la recherche d’une dimension historique, et alterne le statique et le dynamique. C’est d’ailleurs dans la célèbre gare qu’elle a, durant les trois dernières vacances de Noël, présenté un défilé de New-Yorkaises  symboliques dans un kaléidoscope géant projeté sur les parois de la salle principale. Une œuvre qui, accompagnée d’une musique de fond, durait huit minutes et compta vingt et un shows par jour pendant tout le mois de décembre. Un épatant résultat de finesse et d’esthétisme. « Lorsque le support est beau, tout est plus facile, décrit-elle modestement. À l’image d’une femme. Finalement, c’est comme si je créais des tenues de soirée. »

Du graffiti haut de gamme

À Pittsburgh, sa société, baptisée Artlumière, sera chargée d’embellir la terne façade du Convention Center, où se réuniront les chefs d’États du monde entier lors du prochain G20. Pour cela, elle a choisi de rester dans la symbolique et ornera le bâtiment, lors de son light show, des signes distinctifs et figures de la ville de l’ouest de la Pennsylvanie : seront représentés la métallurgie, l’eau (Pittsburgh est au confluent de trois rivières : Monongahela, Alleghany et Ohio), la forêt, le sport, et parmi les personnages de renom Andy Warhol bien sûr, ou encore Ahmad Jamal. « Le Convention Center de Pittsburgh, monument très sobre ressemble plus à un grand tableau à colorer. On peut en quelque sorte dire que je vais y réaliser du graffiti haut de gamme. »

Si cette prestation lors d’un évènement mondial est extraordinaire, elle réalise également du corporate, comme elle veut bien l’admettre. « Il ne faut pas se leurrer, explique-t-elle, ce sont les grandes entreprises qui payent le plus. Comme Audi, avec qui j’ai déjà travaillé. Et puis, il y a toujours une dimension économique dans mon travail, mes créations ne sont pas utilisées que pour faire plaisir aux gens. C’est tout d’abord un excellent outil pour attirer du monde dans des boutiques ou redonner du prestige à une destination touristique. »

Artisane et aventureuse

Originaire de Touraine, pays des célèbres châteaux de la Loire, Lucette aime à rappeler qu’elle exporte des « compétences purement françaises », qui à l’origine, ont été créées pour faire connaître l’histoire de France aux touristes américains. « C’est un peu comme exporter la fête des lumières de Lyon à l’étranger, ajoute-t-elle. Quant à moi, je suis une artisane, et j’essaye de faire en sorte que mes créations soient artistiques, originales, inattendues. En cela, je ne suis pas totalement américanisée. » Et même si elle s’accorde à dire qu’elle préfère travailler avec des Américains qu’avec des Français. « Ils sont efficaces, et efficacité rime parfois avec simplicité », justifie-t-elle.

Cette grande voyageuse, qui se sent comme un poisson dans l’eau à l’étranger, est toujours partie avec ses idées et ses valises, un peu à l’aventure. Un terme qu’elle préfère légèrement modifier. « Je ne suis pas aventurière mais aventureuse », dit-elle. Son arrivée aux États-Unis en est un parfait exemple : lors de la crise asiatique de 1997, elle a quitté le Japon pour Las Vegas, où elle « vient voir ce qui s’y passe ». S’ensuit une riche carrière qui lui vaut aujourd’hui une certaine renommée. Une carrière pas forcément concevable pour une ancienne employée en marketing chez Aéroports de Paris (ADP). Et même si aujourd’hui elle pourrait être comblée, la pétillante Lucette de Rugy ne dépose pas les armes. À son tableau de chasse manquent encore quelques proies, tels que l’Empire State ou le Mont Rushmore. « J’adorerais faire parler les présidents », s’amuse-t-elle. Nul doute qu’Abraham Lincoln apprécierait de lui souffler personnellement quelques mots.

http://www.artlumiere.net/

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