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Ludivine Sagnier : les Américains “ont une vision assez fantasmée de la femme française”

Rencontrée à San Francisco en mai dernier  lors du Festival International de Film pour la sortie du long métrage La fille coupée en deux, Ludivine Sagnier se livre à quelques confidences : sa vision du cinéma français aux Etats-Unis, sa rencontre avec Claude Chabrol mais aussi sa manière d’appréhender le métier d’actrice. Elle se prête au jeu avec spontanéité et malice.

Est-ce la première fois que vous venez à San Francisco ?

Pour le festival, oui. Mais j’y étais déjà venue pour le film Peter Pan parce qu’il y avait des effets spéciaux qui ne pouvaient se faire qu’ici, dans les studios de Georges Lucas.

Justement Peter Pan était votre 1ère production américaine, comment l’avez-vous ressentie ?
Je l’ai ressentie comme une espèce de stage à l’étranger, quand on est étudiant et qu’on doit faire ses preuves. C’était plutôt rigolo mais avec beaucoup de travail en fait, parce que le tournage a duré un an. C’était une expérience incroyable.

Vous a-t-elle donné envie de tourner plus aux Etats-Unis ?
Oui mais c’est vrai aussi qu’il y a une sorte de croyance que forcément être acteur c’est être acteur à Hollywood. […] Ce n’est pas un but en soi. Pour un acteur, le but est de se réaliser, après la géographie importe peu.

Est-ce différent de promouvoir un film à l’étranger ?
Non, ce qui est bizarre c’est que je pensais que ça allait être plus guindé que dans les autres pays. En fait, c’est presque le contraire. C’est beaucoup plus relax. Le public est vraiment cool et on sent qu’il est curieux. Ce ne sont pas des professionnels qui viennent pour critiquer. Donc j’adore ! Mais je n’ai pas l’impression que San Francisco représente la mentalité générale.

Pensez –vous que le film puisse être parfaitement compris par une audience étrangère ?
C’est vrai que le film raconte une certaine classe sociale française, mais je pense qu’il peut y avoir des correspondances avec un certain type de bourgeoisie américaine aussi. L’idée qu’on soit dans un monde de faux semblants et le thème de l’hypocrisie, je ne pense pas que ce soit difficile à comprendre pour un public américain.

Quelle a été pour vous la plus grosse difficulté  pour rentrer dans le personnage de Gabrielle ?

Ce qui est toujours difficile, c’est d’endosser la douleur des personnages. Dans le film, elle s’en prend plein la tête et je dirai que la difficulté c’est de tenir debout en portant le poids de son rôle. Parfois ce qu’elle ressent, c’est de l’humiliation, c’est sale. Elle est salie par cet écrivain qui lui pourrit son innocence. Elle est prête à tout par amour et se fait vraiment traîner dans la boue, c’est un sentiment dont on a du mal à se débarrasser quand on rentre chez soi le soir. Sinon la difficulté aussi, c’était d’être à quatre pattes avec une plume dans le derrière, mais bon en même temps on ne voit rien tout est suggéré. Mais c’est encore pire la suggestion car ça tient à la perversion des spectateurs, ils peuvent  projeter ce qu’ils ont envie de voir.

Comment Chabrol dirige-t-il les acteurs pour créer l’atmosphère qui habite le film ?
Il ne dirige pas tellement en fait.  On a à la fois  l’impression qu’il n’a pas de tabous et que c’est quelqu’un de très pudique. Il ne dit pas les choses frontalement. Il va raconter des blagues ou d’autres anecdotes pour nous permettre de sentir la vibration mais il ne va pas aller droit au but. Moi je lui disais :  “Avec vous, la direction d’acteurs est une chasse au trésor. Il faut aller trouver des indices cachés pour comprendre ce que vous voulez dire” et il aimait bien cette image là, ça lui correspondait bien.

Comment l’avez-vous rencontré, comment ça s’est passé ?
Je me souviens, je l’ai appelé un jour suite à un message de mon agent. J’étais dans mon lit et je me suis dis : “ça y est, j’appelle Claude Chabrol !”. Il ne savait évidemment pas que j’étais dans mon lit.  On commence à discuter et à un moment il me dit: “Mais vous faites quoi là ?”. “Je suis dans mon lit” . Et là il me répond “Et bien moi je suis dans mon bain !” (rires). En fait, on a rigolé pendant une demi-heure au téléphone et quand on a raccroché je lui ai dit : “Je vous embrasse Claude”. C’est venu naturellement. J’avais l’impression de le connaître depuis  toujours, donc la complicité est venue très vite.

Qu’est-ce qui vous donne envie d’accepter un rôle ?
En général si je me dis que c’est impossible à faire et que je ne vois pas du tout comment je peux jouer ça, alors c’est là que je vais avoir envie de le faire. Si j’ai une impression de facilité ça va moins me motiver. J’ai vraiment besoin de sentir le challenge. Et puis après évidemment ça va être la rencontre avec le metteur en scène, c’est l’univers dans lequel je vais me plonger. C’est comme quand on choisit de voyager. Ce qui va m’intéresser, ce n’est pas forcément ce qu’on mange dans le pays mais l’identité du pays.

Vous pensez que les Américains sont sensibles au cinéma français, aux actrices françaises ?
Je pense qu’ils ont une vision assez fantasmée de la femme française en général. Quand on voit que Marion (ndlr : Cotillard) a eu l’Oscar on se dit que l’actrice française à la cote aux Etats-Unis. Il y a 6 ans, c’était Juliette Binoche, maintenant c’est Marion Cotillard. Tous les pays ne peuvent pas se vanter d’avoir une femme qui a reçu un Oscar donc je trouve qu’on est très bien perçus et c’est très agréable de profiter de ça.

Swimming Pool a eu beaucoup de succès à sa sortie ici, ça vous a-t-il valu des propositions de rôles ?

Oui mais alors après on me demandait seulement d’être nue au bord d’une piscine… Ce qui m’intéresse moi c’est la variété. Dans Swimming Pool, j’ai joué une bimbo mais c’était vraiment un rôle de composition. Ce n’est pas du tout ce que je suis. J’étais un petit peu déçue car je trouvais qu’il n’y avait pas trop de propositions originales et puis après le temps a passé et j’ai fait plein de choses à Paris.

Y’a-t-il des acteurs metteurs en scène avec qui vous aimeriez jouer ?
J’ai l’impression qu’une carrière ça se fait vraiment sans forcer les choses, j’aime bien quand ça arrive au hasard avec des gens qu’on connaît, qu’on a croisé, que tout soit un peu lié en quelque sorte. Donc si ce n’est pas un lien direct, moi quand on me demande avec quel réalisateur j’aimerais tourner pour pas qu’il y ait d’impair je dis tout le temps Mankievich, Hitchcock et Kubrick ! Je n’aime pas dire que je voudrais travailler avec telle ou telle personne parce que j’ai l’impression que c’est la seule manière de ne jamais travailler avec eux. On a chacun sa petite superstition !

Et vos projets maintenant ?
Là je fais une pause cinéma. Je fais un peu de musique en ce moment. Je chante,  j’écris mais ça ne va pas  être une énième actrice qui chante. C’est un peu barbant. Je ne vais pas mettre mon image d’actrice en avant ! Cela va être plutôt dansant, cool. Je travaille à ça. C’est très créatif. Quand on est acteur, on est dépendant du désir des autres. On n’est pas vraiment créateur. Composer des morceaux de musiqueme passionne parce que je suis à l’origine du projet.

Ça vous titillait?
Oui un peu inconsciemment et puis l’année dernière j’ai fait un film Les chansons d’amour qui était en compétition à Cannes et dans lequel je chantais. J’ai eu beaucoup de plaisir à chanter et on m’a dit que ma voix passait bien. J’ai un ami d’enfance qui est producteur de musique et tout d’un coup il m’a proposé de faire quelque chose. (…) Je commence à m’y mettre sérieusement mais je prends mon temps ! Je suis mère de famille donc j’en profite un peu. C’est bien de vivre aussi !

Pour finir, auriez-vous quelques adresses mode à Paris ?
J’avoue que pour aller trouver les petites pièces sympas je vais quand même chez Colette. Quand j’y vais je prends une paire de chaussure, un livre d’art, un DVD introuvable. J’aime bien il y a une concentration d’objets introuvables… Et une petite adresse pour les filles Rue St Honoré : Fifi Chachnil pour de la lingerie très parisienne, très girlie !

 

La Fille coupée en deux (A girl cut in two), de Claude Chabrol.
Avec Ludivine Sagnier, François Berléand, Benoit Magimel, Mathilda May.
Durée : 1h54.
Sortie le 15 août.

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