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Lutte contre la pauvreté, la France veut innover

Les financements “innovants”, dont la France est l’un des champions, doivent permettre de mobiliser des capitaux au profit des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en taxant des secteurs tels que les télécommunications ou la finance.

Billets d’avion, tourisme, internet, téléphonie mobile, transactions financières: les financements innovants peuvent prendre la forme de taxes diverses qui ne font pas l’unanimité auprès de certains pays, notamment les Etats-Unis. Le président français Nicolas Sarkozy a longuement pris leur défense dans son allocution lundi lors du sommet sur les OMD réuni au siège de l’ONU à New York, plaidant particulièrement pour une taxe sur la finance. “Les financements innovants, la taxation des transactions financières, nous pouvons le décider ici. Pourquoi attendre ? La finance s’est mondialisée, au nom de quoi nous ne demanderions pas à la finance de participer à la stabilisation du monde en prélevant sur chaque échange financier une taxe ?”, a lancé M. Sarkozy au premier jour du sommet. “J’essaierai, pendant l’année de ma présidence du G20 et du G8, de promouvoir l’idée des financements innovants”, a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a abondé dans le même sens. “Il faut instaurer une taxe sur les transactions financières pour atteindre les OMD et mon gouvernement s’est engagé à la défendre et à la mettre en pratique, y compris devant tous les forums internationaux”, a-t-il dit. L’association humanitaire Oxfam a immédiatement appuyé l’initiative, soulignant qu’une taxe de 0,05% sur les transactions financières “pourrait générer 500 milliards de dollars par an pour le développement”. La France co-préside avec le Japon et la Belgique un “Groupe pilote” de 60 pays engagés dans la mise au point de ces financements innovants, qui ne sont pas conçus pour être des substituts à l’Aide publique au développement, mais doivent être complémentaires.

Pour Philippe Douste-Blazy, conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon sur cette question, les financements classiques ne suffiront pas pour couvrir les besoins énormes des OMD, qui prévoient notamment de réduire de moitié la pauvreté dans le monde en 2015 par rapport à 2000. “Devant la crise économique mondiale, on voit bien qu’il y aura des contraintes budgétaires. Il existe un fossé de plus en plus grand entre pays riches et pays pauvres”, dit-il à l’AFP. “Il nous manque 40 à 45 milliards de dollars par an pour financer les OMD”. Un premier laboratoire des financements innovants est la fondation Unitaid, créée en 2006 par la France, le Brésil, le Chili, la Norvège et le Royaume-Uni. Elle prélève des taxes sur les billets d’avion pour aider à la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose et a récupéré 1,3 milliard de dollars depuis 2006, selon M. Douste-Blazy, son président. “Nous estimons que des mécanismes de financement novateurs peuvent véritablement aider les pays en développement à mobiliser des ressources supplémentaires”, souligne un document de synthèse que les chefs d’Etat doivent adopter lors de ce sommet sur les OMD. “Ce type de financements devrait compléter les sources traditionnelles sans s’y substituer”, ajoute le document, qui évoque “les progrès considérables qui ont été faits dans le domaine des sources de financements novatrices”. La France, la Belgique et le Japon doivent soumettre un rapport élaboré sur les financements innovants à l’ensemble des pays du groupe pilote en décembre au Japon.

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