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Lycée français de l’étranger : la gratuité complète, c’est fini dès 2010

La mesure qui avait accordé progressivement la gratuité aux élèves des classes de seconde, première et terminale dans les établissements français de l’étranger ne sera plus vigueur dès la rentrée prochaine. La prise en charge des frais de scolarité pour 2010/2011 dans les écoles homologuées sera plafonnée à hauteur de ceux de 2007. Les parents devront payer la différence. Une décision indépendante de l’adoption d’un amendement par les députés de la commisson des Affaires étrangères visant à limiter la gratuité des classes de lycée à des « familles ciblées ».

Les Français de l’étranger n’auront pas profité longtemps de la gratuité complète, accordée dans un premier temps en 2007 aux élèves de terminale, puis en 2008 à ceux de première avant de s’étendre en 2009 à la seconde. Une promesse de campagne de Nicolas Sarkozy n’aura finalement pas fait le poids face à la réalité d’un financement décidément trop lourd pour l’Agence de l’Enseignement du Français à l’Etranger (AEFE). Dès la rentrée 2010, l’agence prendra bien en charge les frais de scolarité des lycéens… mais à hauteur des montants de 2007, les parents devant s’acquitter de la différence.

Ce plafonnement concerne les établissements homologués du réseau AEFE et non ceux qui sont conventionnés – qui payent une taxe de 6 % sur les frais de scolarité depuis cette année mais qui bénéficient par exemple de la mise à disposition d’enseignants titulaires de l’Éducation nationale. Aux États-Unis, seuls le Lycée La Pérouse de San Francisco et le Lycée Rochambeau de Washington échappent, pour l’instant, à cette nouvelle mesure, soit deux lycées sur douze.

Cette décision a été évoquée en septembre devant les représentants de l’Assemblée des Français de l’Étranger (AFE) réunis en session plénière à Paris, puis confirmée lors des commissions des bourses, qui se sont tenues dans les consulats après la rentrée scolaire. Mais, comme l’explique Christiane Ciccone, élue de l’AFE pour la circonscription de Washington et professeur de mathématiques au Lycée Rochambeau, « les familles devraient être en principe officiellement informées avec le lancement de la campagne boursière 2010 ».

Nouveau calcul des bourses
Cette disposition n’est pas la seule qui risque d’avoir un impact immédiat sur les familles d’expatriés : il a également été décidé d’augmenter le « coefficient k, qui représente la part de revenus que les familles peuvent consacrer aux frais de scolarité (35 % aux États-Unis contre 25 % dans le reste du monde) », peut-on lire dans le rapport de synthèse de la commission des affaires culturelles, de l’enseignement et de l’audiovisuel, présenté lors de la session de l’AFE. « Cela veut dire que les bourses seront calculées avec un coefficient moins favorable pour les familles », résume Franck Barrat, élu de l’AFE dans la circonscription de San Francisco.

L’Agence de l’Enseignement du Français à l’Étranger est en quelque sorte victime de son succès puisque le nombre d’enfants français scolarisés dans son réseau est en constante augmentation, soit 46 % de l’effectif total selon l’agence. Dans le même temps, les demandes de bourses en général ont augmenté ainsi que le nombre de dossiers acceptés. Et la prise en charge des élèves de seconde à la terminale a, semble-t-il, entraîné des effets malheureux à défaut d’être inattendus. « Aux États-Unis on a tout de suite constaté que les employeurs, comme Auchan et Darty par exemple, se désengageaient et en profitaient pour ne plus financer la scolarité des enfants de salariés concernés », note Christiane Ciccone. « Au lycée Rochambeau même, il a été demandé au personnel enseignant qui bénéficiait d’une réduction de 75 % de faire supporter la gratuité totale à l’État. »

Dans le monde entier, une forte augmentation des frais de scolarité a également été constatée (+17 % dans l’hémisphère Nord). Dans ces conditions, pour Franck Barrat, le plafonnement était inévitable à terme. « Mais pourquoi sur la base de l’année 2007 ? », s’interroge-t-il, estimant que le problème de l’éducation et son coût à l’étranger varient d’un pays à l’autre et « demande une réflexion non pas globale mais adaptée à la réalité du terrain ». Lorsqu’on lui fait remarquer que sur les dix lycées les plus coûteux au monde, neuf se trouvent aux États-Unis (jusqu’à $28 000 de frais de scolarité par an), il tient à souligner qu’ « il faut regarder le retour sur investissement et l’excellent taux de réussite au baccalauréat des élèves qui y sont scolarisés ainsi que les prix en vigueur dans les écoles privées américaines », et ajoute : « Comparons ce qui est comparable… »

Le communiqué annonçant mercredi l’adoption à l’unanimité par les députés de la commission des affaires étrangères d’une rallonge de 10 millions d’euros à l’AEFE, avec un amendement spécificiant que la gratuité « doit bénéficier à des familles ciblées », serait, pour l’instant, indépendant des mesures déjà décidées et qui devraient être mises en place dès la rentrée prochaine.

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