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Magnum dévoile les planches-contact de ses photographes à l’ICP

Le Centre international de photographie de New York (ICP) propose à partir de demain quatre nouvelles expositions. Parmi elles, Magnum contact sheets. Tout est dans le titre : il s’agit d’une sélection de planches-contact de l’agence photo Magnum. Elles sont tirées d’un énorme livre qui vient de paraître, regroupant le travail de 69 photographes, et font la part belle aux célébrités (Mohamed Ali, Dali, John F. Kennedy…) ainsi qu’aux événements historiques (ségrégation à Little Rock en 1957, le Printemps de Prague en 1968…)

Le hasard a voulu que l’entreprise américaine Kodak, emblématique de l’histoire de la photographie, annonce justement aujourd’hui sa mise en faillite. Le nom de la marque apparaît sur quelques feuilles de contacts à l’ICP, tandis que la conservatrice de l’exposition, Kristen Lubben, a à coeur d’évoquer le monde de la photo avant “l’ère numérique”. Elle prend pour exemple la plus vieille planche exposée : il s’agit d’une série de photos prises par le célèbre Robert Capa, d’ailleurs co-fondateur de Magnum. Il a débarqué avec les soldats américains sur une plage de Normandie le 6 juin 1944 et, en pleine action, il a immortalisé la scène, capturant l’image des hommes devant lui alors qu’il est encore dans l’eau. La pellicule est envoyée de toute urgence au bureau londonien de Life magazine. Dans la précipitation, les négatifs sont mis à sécher avec le chauffage, pour gagner du temps. Mais la chaleur les fait fondre. Les clichés, légèrement flous, sont néanmoins parus le 19 juin dans Life.

“Voir à travers les yeux du photographe”

Autre photo parue dans ce magazine américain : Le peintre de la Tour Eiffel, de Marc Riboud. Prise en 1953, elle a pratiquement lancé la carrière du Français, qui venait tout juste d’être recruté par Cartier-Bresson et Capa. L’homme en train de repeindre la dame de fer, léger et acrobatique, a fait le tour du monde. Mais l’ICP propose plus que cette image célèbre : on découvre toute la série, les placements successifs du reporter, la chorégraphie intégrale de l’artisan, de près, de loin, et sous toutes les coutures.

C’est là l’intérêt des planches. Elles donnent à voir l’envers du décor en quelque sorte. Pour Kristen Lubben, “au-delà de la valeur nostalgique de cet objet du passé, les planches offrent aussi la possibilité de voir à travers les yeux du photographe.” Ainsi, les négatifs de Bruno Barbey donnent le sentiment d’un mini film. Les images de Paris en mai 1968 se succèdent avec la rapidité de l’action. Au coeur des barricades et des bombes lacrymogènes se dessinent des silhouettes qui se déplacent, avant de donner le cliché le plus connu, de jeunes hommes lançant des pierres. Le Suisse René Burri a lui pu tirer le portrait du Che pendant une interview en 1963. Il semble que le révolutionnaire argentin oublie assez vite la présence de l’objectif et on entrevoit l’humanité de cette icône, qui sourit, se gratte la tête, fume, se frotte les yeux… “C’est fascinant de voir le processus de sélection”, commente la conservatrice, “et de voir comment tout s’est mis en place lors d’un instant, pour donner la photo que l’on a sous les yeux.”

 

Magnum contact sheets, du 20 janvier au 6 mai à l’International Center of Photography, 1133 avenue of the Americas at 43rd St, New York (212-857-0000), fermé le lundi.

Le livre : Magnum contact sheets, 508 pages, chez Thames & Hudson, $150.

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