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Mai 68, au-delà des clichés

Sous les pavés, le FIAF
De Florian Guillemin

Témoignage d’une photographe américaine à Paris en mai 68, l’exposition présentée au FIAF à New York jusqu’au 1er mai fête à sa manière franco-américaine le 40e anniversaire de “Mai 68 : Les Manifs”.

Un air de révolte souffle sur l’Alliance française: du 17 avril au 1er mai, le FIAF expose les clichés de la journaliste américaine Martha Caroll, qui a suivi de l’intérieur les événements de Mai 1968. Elle habitait à Paris, derrière la Sorbonne, quand les premières manifestations ont éclaté : son témoignage permet de mieux saisir la réalité d’un mois si particulier, qui modifiera les structures de la société française.

Le poids des mots…
L’entrée de la galerie donne le ton: quelques pavés posés sur une table tentent de réveiller les instincts soixante-huitards du public… À travers une trentaine de clichés en noir et blanc accompagnés de textes, Martha Caroll décrit sa vision des événements, et plonge le visiteur au cœur des affrontements, dans les rangs des manifestants: “Je n’avais pas le brassard fourni par le gouvernement ni l’accréditation qui pouvaient m’apparenter à la “Presse” aux yeux de la police écrit la journaliste. Je ne pouvais pas passer de leur côté. Les policiers n’aiment pas les albums photos de leur travail“. Martha Caroll est ainsi mêlée à la foule des manifestants, et doit saisir l’instant tout en évitant les charges de la police. “Un week-end, mon mari avait voulu se risquer dehors avec son appareil photo, se souvient la journaliste. Il n’a pas couru assez vite. Résultat: deux côtes cassées“. Les clichés exposés, et le récit de la journaliste, traduisent d’ailleurs cette violence, et dénoncent notamment les charges menées sans distinction par la police. “Ce qui m’a frappé à l’époque, c’est que le gouvernement se sentait visiblement menacé, explique Martha Caroll. Ce ne serait pas arrivé aux États-Unis“.

Une première
Le journal new-yorkais The Village Voice avait retranscrit à l’époque le récit des manifestations par Martha Caroll, et accordé sa Une aux photos de la journaliste. Quarante plus tard, l’exposition organisée par la FIAF – la première pour des clichés d’une qualité pourtant remarquable – permet aux visiteurs de revenir sur ce mois si particulier.
Martha Caroll, qui assistait le 16 avril dernier au vernissage de l’exposition, a notamment souligné la nécessité du travail de mémoire – auquel contribuent les photos et le récit de la journaliste – mais n’éprouve “aucune nostalgie de cette époque à laquelle les Français semblent si attachés“, et qu’ils s’apprêtent à célébrer en grande pompe tout au long du mois de mai.

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