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Maïwenn et sa police de caractère

Dans Polisse, Maïwenn filme avec réalisme le quotidien d’une section de la brigade de protection des mineurs. Une communauté soudée dans la douleur, au rythme des arrestations, des interrogatoires et des gardes à vue.

Maïwenn aime les films en immersion. Après Le Bal des actrices, un faux documentaire sur l’univers des comédiennes, elle plonge sa caméra dans les locaux de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs). Prix du Jury à Cannes l’an dernier, Polisse évoque le pire sans jamais le montrer. Jeux de regards, cris déchirants, tension palpable. Le film (de fiction) alterne les coups de gueule perpétuels des flics contre les prévenus ou leurs collègues avec des scènes plus douces de camaraderie. “Tout ce que l’on retrouve dans le film est tiré de ce que j’ai pu observer à la Brigade. J’ai suivi les différentes équipes du matin au soir, même pendant les pauses ou à l’apéro, pour m’imprégner au maximum de leur vie”.

Si Polisse frôle parfois la caricature, la réalisatrice se défend d’avoir grossi le trait. “Certains clichés sur la police sont bien réels. Ce que je montre dans le film – les engueulades, les scènes de joie ou les soucis personnels – correspond à la réalité ou à ce que les policiers m’ont décrit. Je n’ai rien inventé.” Il en ressort l’image d’un groupe soudé, à la vie privée souvent chaotique et abîmée. Un groupe en permanence dans le surjeu et souvent dans l’humour, pour mettre à distance le réel. Comme dans cette scène déjà culte ou l’on amène une ado gothique dans le commissariat, qui provoque la réflexion drôlatique mais pas très pro d’un policier : “Quand tu l’as chez toi, faut pas éteindre les lumières.”

Evitant le pathos racoleur, Maïwenn signe, à la manière d’un Maurice Pialat, une fiction documentaire dont les héros sont des hommes ordinaires aux allures de justiciers. “Ce n’est pas un film sur la police, c’est un film dont les héros sont des policiers”, corrige Maïwenn à ceux qui qualifient Polisse de polar. On y retrouve tout de même les rituels sociaux de la police propre au genre et l’inévitable effet miroir entre vie perso et vie professionnelle. Porté par un casting de choix, – Karin Viard, Joey Starr, Nicolas Duvauchelle, Marina Foïs, Karole Rocher, Emmanuelle Bercot, Frédéric Pierrot, Naidra Ayadi, Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy, entre autres – le film nous entraîne au plus près du quotidien de ces personnages à fleur de peau. On n’en ressort pas indemne.

Présenté en avant-première au TriBeCa Film Festival, Polisse sort en salles le 18 mai aux Etats-Unis.



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