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Mali : Washington soutient une action militaire africaine sous conditions

Les Etats-Unis soutiennent une éventuelle intervention militaire ouest-africaine dans le nord du Mali pour déloger des groupes islamistes armés comme Al-Qaïda, mais sous conditions et d’abord en rétablissant un régime démocratique à Bamako, avertissent des experts.

“Nous voulons le retour de l’intégrité territoriale totale du Mali, le retour de la démocratie, de la stabilité et du développement”, résume dans un entretien à l’AFP le secrétaire d’Etat adjoint pour l’Afrique, Johnnie Carson. Alors qu’une résolution proposée par la France a été adoptée vendredi par le Conseil de sécurité de l’ONU, M. Carson avertit que la crise malienne se règlera par une “approche globale” mêlant “la question de la démocratie et de la gouvernance, celle du sort des Touareg, le dossier du terrorisme et celui de la crise humanitaire”.

Le volet “terroriste dans le nord se résoudra par des moyens militaires”, admet le premier diplomate chargé de l’Afrique au département d’Etat américain. Le Conseil de sécurité donne 45 jours à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et à l’Union africaine pour préciser les modalités d’une intervention militaire dans le nord du Mali et invite le gouvernement malien et les rebelles touareg à négocier une solution politique.

Bamako a demandé à l’ONU un mandat pour une “force militaire internationale” avec un déploiement de troupes ouest-africaines pour l’aider à reconquérir le Nord contrôlé par des islamistes armés, dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Ce possible feu vert du Conseil de sécurité sera donné via une seconde résolution, au plus tôt à la fin de l’année.

Signe de l’inquiétude de Washington, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a répété vendredi qu'”Aqmi et d’autres groupes terroristes tentaient d’étendre leur emprise depuis leur bastion du Nord du Mali”. L’expulsion de ces islamistes passe par “une opération militaire conduite par des Africains, par la Cédéao, mais qui doit être bien préparée, bien organisée et bien financée”, insiste Johnnie Carson.

“Une crise à multiples facettes”

Le diplomate refuse toutefois de dévoiler “la nature de la contribution” éventuelle de son pays, mais des spécialistes interrogés par l’AFP doutent d’une “intervention militaire américaine directe”. Pour Richard Downie, du Center for Strategic International Studies (CSIS) de Washington, les Etats-Unis fourniront “un soutien logistique, du renseignement, peut-être des drones”.

Son collègue Gilles Yabi, de l’International Crisis Group (ICG), met aussi en garde: “Ce ne sera pas une simple opération de maintien de la paix, mais une véritable intervention militaire sur un terrain très difficile et contre des groupes très mobiles”. De toutes façons, “avant de penser à une opération sécuritaire dans le nord, il faut résoudre les problèmes politiques à Bamako”, souligne M. Downie.

Le basculement du Nord du Mali dans l’escarcelle islamiste résulte en partie d’un coup d’Etat à Bamako le 22 mars qui a renversé le président Amadou Toumani Touré. Son auteur, le capitaine Amadou Haya Sanogo, s’est retiré du pouvoir en avril mais il reste influent.

“La crise malienne est à multiples facettes (…) et requiert une stratégie à la fois politique, diplomatique et militaire”, analyse M. Yabi. A ses yeux, “le Mali ne se résume pas à de la lutte contre le terrorisme, mais il s’agit aussi de l’effondrement d’institutions étatiques, comme l’armée, et de la coexistence de diverses communautés dans le nord”, en allusion à la minorité touareg.

La rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) avait lancé l’offensive dans le nord en janvier. D’abord allié aux islamistes, le MNLA avait ensuite été évincé.

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