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Man Ray : New York n’était pas son dada

L’exposition « Alias Man Ray : The Art of Reinvention » qui se tient actuellement au Jewish Museum de New York revient sur le parcours du dadaïste qui a secoué l’Amérique bien-pensante.

Œuvres de jeunesse, documents inédits, pièces maîtresses. La rétrospective du Jewish Museum est à l’image de l’œuvre polymorphe de Man Ray, un artiste qui a traversé tous les champs visuels. Du dessin à la peinture, en passant par la sculpture, la photographie, le film ou les assemblages loufoques d’objets, l’exposition dresse le portait d’un touche-à-tout de génie, à l’esprit folâtre. « J’ai voulu décloisonner l’artiste en présentant son œuvre sous l’angle de l’innovation artistique », explique Mason Klein, le commissaire de l’exposition.

Dada New York

Né à Philadelphie de parents russes, Man Ray appartient au panthéon des artistes américains incompris de leur vivant par ses concitoyens. Promoteur d’une conception de l’art comme acte de liberté pure, il se situe ouvertement en porte-à-faux avec les conventions sociales de l’Amérique début de siècle et du marché de l’art, dominés par des obligations de rentabilité. Provocateur, Man Ray revendique le droit de « ne rien faire, n’être personne, surtout ne pas être utile à la société ». « Son discours, même aujourd’hui, est choquant pour un américain », reconnaît le commissaire de l’exposition.

En 1921, Man Ray crée « New York Dada » avec son ami Duchamp. Le nom de ce groupuscule subversif, fondateur du modernisme américain, s’affiche en toutes lettres dans le New York Evening Journal de l’époque, visible dans l’exposition. Si l’épisode new-yorkais de Dada ne perdure que le temps d’une revue, il va bouleverser « à tout jamais » le monde de l’art américain qui ne s’en remettra jamais complètement, explique Mason Klein.

En manque de reconnaissance à l’époque, Man Ray tourne pourtant le dos à New York et assène, radical : « Dada ne peut vivre à New York ». Il part pour Paris, où Marcel Duchamp l’introduit dans le cercle des surréalistes, dont il deviendra le photographe de référence, avec le succès qu’on lui connaît. Interrogé sur les raisons de son expatriation, l’artiste affirmait : « J’aime vivre partout où l’on me prend pour un étranger ». Pour quelqun qui a troqué son nom originel (Emmanuel Radnitzky) contre celui moins connoté de Man Ray – littéralement, l’homme rayon -, dans une époque largement

antisémite, l’anecdote prend tout son sens. « Man Ray a une identité multiple, diffuse, difficile à saisir. D’où le faisceau très large de cette présentation », conclut Mason Klein.

En définitive, la thématique de l’exposition, axée sur l’identité vacillante de l’artiste sonne juste. Le catalogue, qui fait la part belle à la photographie et à la peinture est aussi très bien conçu. Avec en prime quelques pièces maîtresses comme la célèbre photographie Violon d’Ingres, associant le dos nu de Kiki de Montparnasse aux ouïes d’un violon, le portrait de Rose Sélavy pour lequel Duchamp prend la pose, travesti en femme ou encore l’impressionnante série de peintures, dont la superbe Forêt Dorée de Man Ray, l’une des dernières pièces présentées. Demeure le paradoxe inhérent à une exposition didactique et ordonnée autour d’un artiste dont la démarche relève avant tout de l’anarchie.


Infos pratiques :

« Alias Man Ray : The Art of Reinvention », du 15 novembre au 14 mars 2010, au Jewish Museum de New York, 1109 5th Ave at 92nd St.

De 11 h à 17 h 45, tous les jours, sauf le mercredi.

Tarifs : $12 adultes
$ 10 seniors
$ 7.50 étudiants
Gratuit pour les – de 11 ans

Site du Jewish Museum : http://www.thejewishmuseum.org/index.php

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