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Manifestations massives anti-régime en présence des observateurs arabes en Syrie

Des centaines de milliers de militants anti-régime ont manifesté aujourd’hui en Syrie dans les villes où se trouvaient les observateurs arabes, ce qui n’a pas empêché les forces de sécurité de réagir d’une main de fer, tuant au moins 16 personnes.

Des observateurs se sont rendus à Idleb (nord-ouest), Hama (nord), Homs (centre) et à Deraa (sud), selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui a fait état d’au moins 16 civils tués et plus de 40 blessés par les forces de sécurité dans ces villes. A Deraa (sud), berceau de la contestation, cinq contestataires ont été tués lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu à balles réelles sur une manifestation, et à Hama, au moins cinq civils ont été tués et plus de 20 autres blessés. Les forces de sécurité ont également ouvert le feu sur des manifestants à Damas, arrêtant des protestataires au moment où ils quittaient les mosquées.

Plus de 250 000 manifestants se sont rassemblés en plusieurs dizaines de lieux de la province d’Idleb, selon l’OSDH, notamment dans les ville d’Idleb, Maaret al-Noman, Khan Cheikhoune et Saraqeb. Dans ces deux dernières villes, les chars de l’armée ont été retirés en prévision d’une visite des observateurs arabes, a affirmé le président de l’OSDH, basé en Grande-Bretagne. A Idleb, au moins 25 personnes ont été blessées lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu pour empêcher les manifestants d’entrer sur la place Hanano, après le départ d’observateurs de cette zone.

Selon l’OSDH, d’énormes manifestations ont eu lieu en outre à Homs, bastion de la contestation, où les agents de sécurité ont ouvert le feu. Dans cette ville, les corps de cinq personnes arrêtées dans la nuit par les forces de sécurité ont été retrouvés. Une sixième, blessée ce matin, a succombé à ses blessures. Dans cette région, deux civils et deux soldats dissidents ont été tués dans une embuscade tendue par les forces armées près de la ville de Tal Kalakh, à la frontière libanaise, a indiqué l’OSDH.

A Douma, dans la banlieue de Damas, où les observateurs se trouvaient selon la télévision officielle, plus de 60 000 personnes ont manifesté, a indiqué l’OSDH, ajoutant que les forces de sécurité ont fait usage de bombes à clous et de gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires, blessant 24 d’entre eux. A Alep (nord), relativement peu touché jusqu’à présent par le soulèvement, des partisans du régime ont “réprimé violemment” une manifestation dans le quartier Salaheddine. Hier, les forces de sécurité avaient tué au moins 25 personnes alors que les observateurs se trouvaient à Hama, Idleb, Homs, Deraa et Douma, foyers de la contestation contre le régime du président Bachar al-Assad.

“Nous vous demandons de faire la distinction entre l’assassin et la victime. Notre Révolution qui a commencé il y a neuf mois est pacifique”, ont écrit les militants sur leur page Facebook Syrian Revolution 2011, à l’adresse des observateurs. Depuis l’arrivée lundi des observateurs arabes, chargés de surveiller la situation dans le cadre d’un plan visant à mettre fin aux violences, “130 civils, dont six enfants, ont été tués”, déplorent les Comités locaux de Coordination (LCC). Tout en exprimant des doutes sur l’efficacité de la mission, des opposants syriens ont jugé que la présence des experts arabes “assurait en quelque sorte une protection” aux manifestations.

Haytham Maleh, avocat des droits de l’Homme et membre du Conseil national syrien (CNS), principal mouvement de l’opposition, a demandé que les observateurs s’acquittent de leurs obligations en “restant dans les villes qu’ils visitent pour protéger les habitants”. Ils doivent “vérifier l’application” par le régime de toutes les clauses de l’initiative arabe, a-t-il dit en jugeant leur nombre insuffisant.

Le plan de sortie de crise de la Ligue arabe prévoit l’arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait de l’armée des villes et la libre circulation dans le pays pour les observateurs arabes et la presse. Washington a jugé utile la présence des observateurs, tout en se disant préoccupée par le fait que “la violence perdure”.

La Russie, alliée de la Syrie, s’est dite “satisfaite” du début de la mission, citant son chef, le général soudanais Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, selon qui “la situation est rassurante” à Homs, et “aucun conflit n’a été rapporté” dans ce bastion rebelle. L’opposition et les pays occidentaux accusent le régime de réprimer dans le sang les manifestations alors que les autorités syriennes imputent les troubles à des groupes “terroristes”. Selon l’ONU, plus de 5 000 personnes ont été tuées depuis le début de la révolte, à la mi-mars.

 

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