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Marc Lévy, un écrivain public à la conquête du web

Adulé par le public mais boudé par la critique, Marc Lévy fait partie de ces auteurs, talentueux mais controversés, dont la bonne étoile ne décline pas. L’écrivain qui vit aujourd’hui à New York, a créé l’événement le 2 décembre en lançant son dernier roman, La première nuit, simultanément sur le web et dans les librairies. Rencontre.

Sous les rayons éclatants d’un soleil matinal qui font chatoyer cette paisible rue de West Village, les New-Yorkais, ordinaires ou atypiques, vont et viennent. Marc Lévy, assis à la terrasse d’un café français, les observe, comme s’ils surgissaient, en improbable défilé, d’une camionnette de magicien garée au coin de la rue. Et malgré sa mine un peu patraque, il les contemple avec l’émerveillement d’un enfant. « Ici, les rues forment un spectacle de vie permanent, confie-t-il. J’adore ces villages, ces petits îlots, où tout le monde, sans s’épier, se connaît et se reconnaît. J’aime y rencontrer de véritables « gueules », des dégaines singulières et apercevoir tous ces comportements distincts. Et tout ceci est absolument normal. Alors, j’ai l’impression de voir et de vivre le monde en couleurs. » Le romancier, témoin authentique, est définitivement tombé amoureux de la ville qui, depuis deux ans, est le théâtre de ses inspirations. Au-delà du sentiment d’appartenance à une société sans préjugés, New York semble lui apporter la rencontre désirée avec le cosmopolitisme dont il se nourrit. Et si ses habitants le passionnent autant, c’est qu’ils y dévoilent un impétueux tempérament. Indispensable pour celui dont les histoires, aussi accessibles qu’elles soient, reposent sur les sentiments débridés et un univers onirique. « New York est une ville de diversité culturelle, ethnique, linguistique, religieuse, où 160 communautés cohabitent sur une île », explique Marc Lévy. « N’importe quel romancier qui imaginerait un roman amorcé avec cette idée envisagerait immédiatement une guerre tribale. Et celui qui rêverait d’une fin heureuse serait taxé de naïveté. C’est en cela que cette ville est magique. »

Une ville qui ouvre l’appétit

Marqué par la littérature et le cinéma américains, l’écrivain français le plus lu dans le monde avoue qu’Il était une fois en Amérique, de Sergio Leone, a été une révélation pour lui. « Ce film m’a incroyablement ouvert l’esprit », raconte-t-il. « L’Amérique a toujours été source de fascination et de peur en même temps. On a l’impression qu’on va se faire manger par la ville, mais c’est au contraire elle qui vous ouvre l’appétit. » Le premier jour, dernier roman de Marc Lévy sorti en juin dernier dans les librairies, narre l’extraordinaire découverte d’un astrophysicien et d’une archéologue. Un objet va révolutionner ce que l’on croit savoir sur la naissance du monde et faire naître une histoire d’amour parallèle entre les deux personnages. Pour s’attaquer à ce sujet aventureux, qui rappelle Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, Marc Lévy a littéralement mis en scène ses « rêves de gosse ». « Le rêve, ajoute-t-il, c’est la frontière entre le banal et l’extraordinaire, c’est un peu « et si ». Il révèle que ce livre est né il y a des années, bien avant qu’il ne commence à écrire, récitant les paroles de son ancien professeur de géographie : « Pendant longtemps, l’homme a cru que la Terre était plate et avait peur de l’horizon. Mais en s’armant de courage, il découvre qu’en avançant, l’horizon recule devant lui ». « Cette phrase a été une gigantesque bombe dans ma tête », livre-t-il. « J’ai écrit ce roman pour repousser ma propre ligne d’horizon. J’ai eu envie de faire un roman d’aventure en couleurs, un bouquin en scope. À la Jules Verne, où l’on a peur de rien. » Une histoire, dont la suite terminée fin septembre et intitulée La première nuit, est disponible depuis cette semaine.

Indifférent à la critique

Lorsqu’on évoque ses motivations d’écrivain, survenues subitement il y a à peine une dizaine d’années, Marc Lévy parle de passion pour l’humanité et du simple bonheur de raconter une histoire : « Regarder les gens est mon passe-temps favori. On peut avoir cette sensation en entrant dans une bibliothèque, submergé par l’appétit de savoir au milieu de milliers de livres. Moi, ce sont les gens, parce que l’être humain est le plus beau livre qui soit ». Écrire, un art qu’il compare habilement à la photographie en admettant qu’il « prend des instantanés et les anime avec la plume ». Malgré 18 millions de livres vendus depuis son premier best-seller, Et si c’était vrai, Marc Lévy est un auteur dont le succès dérange. Ses pairs le boudent, l’excluent presque de la littérature française et un critique a même qualifié son dernier livre de « décalque polluant d’Indiana Jones ». Lui s’en moque. « Lorsque la critique se déchaîne sur moi, ça me fait à la rigueur plaisir, car au moins elle n’est pas indifférente », dit-il en ironisant. Marc Lévy joue de son flegme ? Un peu. La « pseudo élite intellectuelle française, amoureuse de la médiocrité émotionnelle », comme il l’appelle, lui est bien indifférente. « Finalement, analyse-t-il, la pire des choses dans le métier d’écrivain est de se prendre au sérieux. L’écriture est un cadeau. Mon père a été en prison (ndlr, il fut Résistant pendant la Deuxième Guerre mondiale), là où l’on n’a pas le droit d’avoir de crayon, alors on grave son histoire sur les murs avec ses ongles. Vivre de l’écriture, c’est la chance de vivre de la liberté. La dernière chose à faire est de la compromettre par manque d’humilité ».

Infos pratiques :

Site internet de La première nuit

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