Subscribe

Mariage gay : Hollande et l’opposition se renvoient la responsabilité des dérives homophobes

A trois jours d’une nouvelle manifestation dominicale d’opposants au mariage gay, François Hollande et le gouvernement d’un côté, l’opposition de l’autre, ont condamné jeudi la multiplication des actes homophobes et violents tout en se renvoyant la responsabilité des dérapages.

Alors qu’une manifestation aux abords de l’Assemblée a été marquée par des incidents mercredi soir, et qu’un bar gay de Lille a été la cible d’une agression, menant là aussi à des interpellations, le président de la République a dénoncé ces violences, jeudi matin en marge d’un déplacement à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle sur la sécurité. “Il y a des actes homophobes, des actes violents” et en tant que chef de l’Etat “je ne peux (les) accepter”, a affirmé François Hollande, condamnant aussi le fait que des parlementaires ou ministres en déplacement soient empêchés “de faire (leur) travail”. Il a accusé les opposants au mariage gay de chercher “non pas un report” du texte mais que “cette loi ne puisse jamais intervenir”, et réclamé que l’on “respecte le parlement, la loi, le suffrage universel”.

Dans la rue, les opposants au projet de loi ne désarment pas, multipliant les interventions et manifestations, alors que l’examen du texte par les députés a repris mercredi et qu’un vote définitif devrait intervenir mardi prochain. Outre de nouvelles échauffourées à Paris, en marge d’une manifestation devant l’Assemblée nationale, le climat s’est alourdi avec l’agression de trois employés d’un bar gay du Vieux-Lille, blessés mercredi soir par quatre individus décrits comme des hommes au “crâne rasé, tatoués”, qui ont été interpellés et placés en garde à vue.

Ces incidents font suite à des actes d’intimidation voire des menaces de mort visant des parlementaires favorables au texte de loi. Ils font craindre à la classe politique de possibles débordements lors de la prochaine manifestation organisée dimanche à Paris par le principal collectif d’opposants “La Manif pour tous”. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a d’ailleurs tenu jeudi une réunion place Beauvau avec l’ensemble des services de police et de gendarmerie pour renforcer les dispositifs de sécurisation des manifestations. Il a appelé “à la responsabilité de tous”.

La tension était également palpable dans l’hémicycle de l’Assemblée, où les propos d’un député UMP ont enflammé les esprits dans la matinée, entraînant une suspension de séance. “Ce que vous êtes en train de faire est une brèche qui ne se refermera pas si ce texte passe, c’est une ignominie (….) vous êtes en train d’assassiner des enfants !”, a lancé le député du Rhône Philippe Cochet.

Cette “violence verbale terrible ouvre la porte à tous les excès”, a réagi la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem. La ministre, interrogé sur TV5 Monde, a aussi accusé l’opposition de “faire planer le doute” quant à sa condamnation des actes d’homophobie. Le président de l’Assemblée Claude Bartolone a jugé que certains termes “ne peuvent pas être employés” au Palais Bourbon.

La droite dénonce des “tentatives d’instrumentalisation”

A droite, le président de l’UMP Jean-François Copé a condamné des actes d’homophobie “abjects” en se référant notamment à l’agression de Lille. Mais il a également rejeté tout “amalgame” et “toutes tentatives d’instrumentalisation” de ces actes pour “délégitimer” le mouvement des anti-mariage gay, avant de mettre directement en cause le chef de l’Etat. “François Hollande, dans son refus d’écouter les inquiétudes des Français, porte une part de responsabilité dans les crispations et divisions profondes que ce projet fait éclore dans notre société”, a-t-il dénoncé.

Chez les centristes, le délégué général de l’UDI Yves Jégo a appelé “les opposants au texte” à ne “plus cautionner des groupuscules qui se sentent libérés par l’approbation, directe ou indirecte, apportée par des élus à la pression de la rue ou même à des intimidations répétées contre des personnalités”. “L’homophobie tue et, face à ce risque, il serait sage que l’ensemble des formations politiques républicaines appellent maintenant au calme et à la dignité et renoncent à toute manifestation de rue”, a proclamé Jean-Louis Borloo, pour qui “il est temps de laisser le parlement, seul légitime, légiférer”, a-t-il plaidé.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related