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Mariage homo: le marathon de l’examen du texte a commencé à l’Assemblée

Le débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homosexuels, tant attendu par les partisans comme par les adversaires du texte, a commencé mardi après-midi à l’Assemblée nationale où vont se succéder motions de procédure et batailles d’amendements.

La durée exacte de la discussion reste incertaine, même si les députés ont prévu, si nécessaire, de siéger jour et nuit, week-end compris, jusqu’au 10 février. L’ensemble du texte sera voté le 12 février avant d’être examiné par le Sénat. “C’est un acte d’égalité. Il ne s’agit pas d’un mariage au rabais, il ne s’agit pas d’une ruse, pas d’une entourloupe, il s’agit d’un mariage avec toute sa charge symbolique, et toutes ces règles d’ordre public”, a affirmé d’emblée la ministre de la Justice, Christiane Taubira, devant un hémicycle à moitié plein, qui se remplissait peu à peu. Sa collègue chargée de la Famille, Dominique Bertinotti, a ensuite pris le relais, avant le rapporteur du texte, le député socialiste Erwann Binet.

Le premier tir de barrage de l’opposition contre ce texte devait ensuite être lancé par l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, qui devait défendre une motion de rejet préalable en commission présentée par l’UMP. Celle-ci entend aussi proposer une motion de renvoi en commission et surtout une motion proposant de soumettre le projet au référendum. Ce n’est sans doute que vendredi que commencera la bataille autour des quelque 5 000 amendements, en quasi totalité déposés par l’opposition, et qui vont de la simple provocation – ouverture du mariage aux polygames – aux propositions alternatives – une alliance civile au lieu du mariage.

Auparavant, lors des questions au gouvernement, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a donné le ton. Il a fait le “pari” que “dans quelques années”, la droite jugera que le mariage gay constitue une “avancée”, comme elle l’estime aujourd’hui pour le Pacte civil de solidarité (Pacs) qu’elle avait combattu il y a quinze ans. Il est bien entendu resté sourd aux abjurations du chef de file des députés UMP, Christian Jacob, qui lui avait demandé de “reporter l’examen du texte” dans l’attente de l’avis du comité national d’éthique sur la procréation médicalement assistée (PMA), pourtant absente du texte. “Vous avez peur du peuple car vous n’osez pas le consulter par référendum”, a-t-il aussi lancé, reprenant ce qui constituera un des leitmotiv de l’opposition.

Dans les couloirs de l’Assemblée, où dominait l’affluence médiatique des grands jours, certains des orateurs fourbissaient leurs arguments, avec le souci d’éviter, selon l’expression du chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux, “un débat de caniveau”. A l’exception de quelques UMP pro-mariage gay, tels Franck Riester – qui cite en exemple les conservateurs britanniques qui vont légaliser le mariage gay – et Benoist Apparu, ainsi que de certains députés de gauche qui pourraient ne pas voter le texte, comme le socialiste Jérôme Lambert ou le communiste Patrice Carvalho, les positions sont tranchées.

Avec le gouvernement, la gauche pense qu’il faut ouvrir aux couples homosexuels et à leurs enfants les mêmes droits qu’aux hétérosexuels. Pour la droite, un enfant a besoin de parents de sexe différent. Les députés de la majorité ont organisé des “tours de garde” pour ne pas revivre l’incident du Pacs en 1998. Trop peu nombreux dans l’hémicycle, les députés PS avaient alors permis à l’opposition de faire passer une motion d’irrecevabilité. Prudent, M. Bartolone a prévu d’être au “perchoir” durant toutes les séances.

Au petit matin, les opposants avaient déployé des banderoles sur les ponts de Paris, proclamant les slogans de la “Manif pour tous”: “Un père et une mère c’est élémentaire”, “Tous nés d’un homme et d’une femme”… “C’est le mouvement de la liberté de conscience”, a assuré la porte-parole du collectif, Frigide Barjot, croisant sur la Seine en péniche. Autre opposante en chef au “mariage pour tous”, Christine Boutin (Parti chrétien-démocrate) a célébré un “esprit de résistance”.

L’Institut Civitas, proche des catholiques intégristes, a appelé à une veillée de prières devant l’Assemblée mardi soir, jugeant que “la prière est l’arme la plus puissante contre les forces du mal” et ce projet “contre nature”. Prières de rues? “Illégal”, ont tonné des élus PS, appelant à interdire la manifestation. “On peut exercer son culte, quel qu’il soit, dans les lieux appropriés, ce n’est pas en bloquant l’espace public qu’on fait le mieux”, a réagi Christian Jacob.

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