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Marie-Antoinette, les facettes d’un mythe

Devenue depuis quelques années un sujet d’inspiration pour beaucoup d’artistes, la reine au destin tragique avait aussi inspiré ses contemporains,comme en témoigne une exposition parisienne au Grand Palais, qui retrace son destin à travers 300 oeuvres.

Personnage controversé, à la fois admirée pour sa beauté et haïe pour son comportement frivole, Marie-Antoinette, reine de France, déchaîna de son temps les passions. Aujourd’hui, elle est l’une des figures les plus fascinantes de l’histoire de France et l’engouement qu’elle suscite dépasse les frontières de l’Hexagone, comme en témoigne le film Marie-Antoinette de la réalisatrice américaine Sofia Coppola, sorti en 2006. L’exposition exceptionnelle du Grand Palais, qui se déroule jusqu’au 30 juin, tente, à travers 300 oeuvres, peintures, sculptures, et objets d’art venus de toute l’Europe, de cerner au plus près un destin d’exception et toutes les facettes de la dernière reine de France.

En 1955, une exposition à Versailles avait déjà réuni de nombreux objets personnels de Marie-Antoinette, mais selon Xavier Salmon, commissaire de l’exposition, “c’est la première fois qu’autant de pièces considérées comme des chefs-d’oeuvre, et ayant appartenu à la reine, sont rassemblées“. On compte ainsi environ 70 prêteurs publics comme privés, tells que les musées de Lisbonne, de Francfort, de Vienne, le palais royal de Turin, le Louvre ou Versailles.

L’exposition, mise en scène par Robert Carsen, se divise en trois actes à l’image de la vie de Marie-Antoinette. La première partie est dévolue à l’enfance de l’archiduchesse en Autriche. Née à Vienne le 2 novembre 1755, elle est l’avant-dernier enfant de l’empereur François Ier de Lorraine et de l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse. Son éducation est, dès son plus jeune âge, axée sur les arts et le paraître. Des dessins réalisés par JeanÉtienne Liotard, qui obtint en 1762 une commande de Marie-Thérèse pour la collection personnelle de l’impératrice, illustrent cette période, représentant les enfants et des moments de la vie quotidienne à la cour de Vienne. Le 16 mai 1770, la jeune archiduchesse épouse le dauphin, futur Louis XVI.

Ce mariage a pour ambition de sceller une réconciliation entre la maison des Habsbourg et celle des Bourbons. Marie-Antoinette a 14 ans lorsqu’elle arrive à Versailles. Gracieuse et légère, la jeune dauphine s’applique, conseillée par les letters de sa mère, à tenir son rôle à la perfection. Sa beauté est célébrée à la cour. Elle monte sur le trône le 10 mai 1774, à la mort de Louis XV. L’exposition réunit plusieurs tableaux d’Élisabeth Vigée-Le Brun qui livra en 1778 le premier portrait de la souveraine.

Autres pièces d’exception, les bustes en marbre sculptés par Louis-Simon Boizot, Félix Lecomte ou Jean-Baptiste II Lemoine qui reflètent, par leur finesse et leur précision, toute la grâce de Marie-Antoinette. L’acte II de l’exposition met en lumière le caractère indépendant que développa la reine à l’égard de la cour. Cette liberté d’esprit, puisque la politique lui était interdite, se manifesta dans le domaine des arts. Elle affirma son attrait pour l’Orient et son goût pour la modernité. On retrouve ainsi dans cette partie de l’exposition, l’entière collection de laques japonais – 50 boîtes – qu’elle reçut en héritage à la mort de sa mère et qu’elle présenta dans son grand cabinet à Versailles. Le mobilier fait de chêne, d’acajou ou d’ébène, aux ornements de bronze ciselé et d’or moulu, à la marqueterie de nacre, fabriqué par Henri Riesener, témoigne du raffinement des appartements de la reine. Le Petit Trianon, lieu de toutes les fantaisies, de la mode, des fêtes, du théâtre, des idées nouvelles, où elle passait beaucoup de temps, échappant à la cour, est l’exemple le plus probant de sa volonté d’émancipation. Plusieurs huiles de Claude-Louis Châtelet illustrent le parc et certaines des fabriques du jardin anglo-chinois du Petit Trianon.

Rapidement, le caractère dépensier de la reine agaça l’opinion publique. L’indépendance qu’elle manifestait vis-à-vis de la cour lui valut de plus en plus d’inimitiés à Versailles. L’ultime partie de l’exposition sonne le glas de l’autonomie de Marie-Antoinette. Une réplique du fameux collier qui fut réalisé pour la reine en 1785 par le joaillier Bohmer pour la somme de 1,5 million de livres y est exposée. Bien que victime d’une conspiration, Marie-Antoinette sortit de l’affaire du collier fortement déconsidérée par le peuple. L’administration royale tenta de revaloriser l’image de la souveraine, en faisant réaliser de grandes effigies montrées au public lors des Salons, où elle apparaît avant tout dans son rôle de mère, elle donna naissance à un héritier au trône en 1781. Cela ne suffit pas, les pamphlets et estampes satiriques sur l’”Autrichienne” se multiplièrent.

Après la tentative de fuite stoppée à Varennes, les haines se cristallisèrent. La Convention vota la mort de Louis XVI, il fut executé le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette fut condamnée à la peine capitale pour haute trahison le 16 octobre. On retrouve dans cette dernière partie de l’exposition la lettre extrêmement célèbre qu’elle écrivit ce jour-là à 4h30 du matin à Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI. Sa tête tombait à midi et quart, place de la Concorde. L’ultime image de la reine déchue est un dessin de Jacques-Louis David, qui représente avec force les derniers instants de la condamnée conduite au supplice.


Galeries nationals du Grand Palais

“Marie-Antoinette”
Du 15 mars au 30 juin 2008
3, av. du général Eisenhower
75008 Paris
Tél. : 00 33 1 44 13 17 17
www.rmn.fr

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