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Marion Cotillard : « Je veux raconter de belles histoires »

Plus d’un an après avoir reçu l’ultime consécration – l’Oscar de la meilleure actrice – pour sa remarquable prestation dans le rôle d’Édith Piaf dans le film d’Olivier Dahan La Môme, Marion Cotillard est de retour sur le grand écran avec une grosse production américaine Public Enemies.

Dans ce film hollywoodien signé Michael Mann, l’actrice campe, aux côtés de Johnny Depp et Christian Bale, Billie Frechette, la petite amie de John Dillinger, le braqueur mythique de Chicago des années 30. Un nouveau crédit international à la belle carrière de celle que l’on avait découverte dans Taxi, partageant l’affiche avec Frédéric Diefenthal et Sami Naceri. L’actrice française est de plus en plus sollicitée par des réalisateurs comme Christopher Nolan ou Bob Marshall. Elle est aussi devenue l’égérie de Dior. Mais son amour pour le cinéma américain n’empêche pas Marion Cotillard de rester ouverte au cinéma français avec la sortie prochainement d’un film réalisé par son compagnon Guillaume Canet. Une belle ascension que la jeune femme a bien voulu commenter pour France-Amérique.

C’est votre plus grosse production hollywoodienne jusque là. Est-ce très différent d’une réalisation européenne ?

Marion Cotillard : Je pense que la différence c’est que lorsque vous faites un film français, c’est un public français qui vient vous voir. Alors qu’un film américain avec une grande star comme Johnny Depp sera diffusé à travers le monde, l’étendue est beaucoup plus grande.

Est-ce plus excitant ?

Je ne sais pas… C’est excitant que les gens puissent voir un film dont vous êtes fier. Et je suis vraiment ravie de faire partie de cette aventure. Mais je pense que c’est le cas avec n’importe quel film que vous aimez. C’est ce que j’ai ressenti avec La môme, je devais voyager partout dans le monde. C’est passionnant de pouvoir partager une histoire qui vous touche avec autant de gens de cultures différentes.

Votre anglais est presque parfait, vous n’avez pas d’accent. Comment l’avez-vous amélioré ?

Et bien, ce fut laborieux ! Quand j’ai rencontré Michael Mann (le réalisateur, ndlr) et que j’ai lu le scénario, je me suis dit : bon, elle (Billie Frechette, ndlr) n’est définitivement pas française, qu’attendez-vous de moi ? Billie Frechette est à moitié française, donc c’était en partie sensé, même si l’anglais est sa langue maternelle. Son père était franco-canadien, mais il est mort quand elle était très jeune. Sa mère est à moitié française mais elle ne parlait pas français non plus. J’ai essayé d’avoir un accent parfait, celui du Midwest, j’ai donc travaillé quatre mois avec un coach spécialisé dans les dialectes. Tous les jours j’apprenais comment utiliser ma langue et mes mâchoires.

Quelles sont les différences entre les deux langues ?

J’étais obligée d’apprendre la diction d’une Américaine du Midwest en 1930. C’était vraiment la chose la plus dure que j’ai eue à faire. Même jouer le rôle d’une femme plus âgée et déprimée comme Édith Piaf était bien plus facile ! Comme je pensais que c’était impossible, c’était vraiment frustrant. Si vous faites une chose correctement, ou au contraire si vous ne la faites pas correctement, vous ne savez pas car vous n’avez aucune référence. Quand je parle français, j’ai plus de contrôle sur les mots et leur sens. Là je n’avais aucun repère car l’anglais n’est pas ma langue maternelle. C’était très difficile, mais très intéressant. Le plus dur est de réaliser que l’on n’est pas parfait. C’était quelque chose d’insupportable ! Je voulais que ce soit nickel, et un jour, Michael Mann, qui est un homme très précis, m’a dit : « Relax, l’accent n’est pas le seul facteur, c’est l’émotion et la vie que tu mets dans le personnage de Billie Frechette qui importe. »

Michael Mann est connu pour être très exigeant. Comment était-ce de travailler avec lui ?

J’aime les gens exigeants ! Mais seulement si la passion et le respect accompagnent cette exigence. Mais quand je l’ai rencontré, j’ai tout de suite voulu lui donner tout ce que j’avais, à lui et à l’histoire. C’est dur de dire pourquoi on tombe amoureux mais ce fut le cas : même si ce n’était pas dans le sens romantique du terme, j’ai tout de suite aimé l’homme. Avant de le voir, je connaissais tous ses films et je pense que c’est un génie, c’est pourquoi j’étais aussi enthousiaste à l’idée de le rencontrer et de travailler avec lui. Tous les jours, j’avais ces petites sensations qui disaient : « Je veux lui donner le meilleur et plus encore ». C’est aussi pour ça que je fais ce métier, pour ce genre de sentiment.

Et comment était-ce de travailler avec Johnny Depp ?

Johnny Depp est un acteur impressionnant. C’est comme d’enfoncer une porte ouverte de dire ça, mais j’étais vraiment nerveuse de revenir sur un tournage après deux ans d’absence. Et il a été tellement gentil avec moi. Il m’a rassurée, il a pris soin de moi, il voulait que je me sente bien. Il m’a vraiment aidée à me détendre.

Comment l’Oscar de la meilleure actrice a-t-il changé votre vie, sur un plan professionnel et sur un plan personnel. Recevez-vous de meilleures propositions maintenant ?

Oui. Mais je pense que c’est plus le film que l’Oscar. Le film a changé beaucoup de choses dans ma vie. J’allais dire ma vie d’actrice, mais ma vie d’actrice représente une grande part de ma vie maintenant… Donc oui cela a changé beaucoup de choses, et positivement.

Pas d’effet négatif ? Vous êtes davantage une célébrité maintenant, la pression n’est-elle pas, surtout ici aux États-Unis, plus forte qu’en Europe ?

Hmm, tout va bien !

Si vous étiez à la place de votre personnage : un gangster vous propose de venir avec lui, que feriez-vous ?

Bien, que faites-vous contre l’amour ? C’est dur… Je veux dire, rencontrer un gangster et découvrir quelle est sa vie, je serais effrayée et réticente. Mais si je tombe amoureuse de quelqu’un  dont je ne connais pas les activités et que je le découvre après, que dois–je faire de mon amour ?

Pensez-vous que l’idée de romance est finie ou sous-estimée, généralement ?

Cela ne devrait pas être estimé, c’est de l’amour ! Je ne sais pas comment répondre à cette question. C’est heureusement quelque chose que l’on ne peut pas vraiment expliquer, mais cela nous fait nous sentir vivant. Donc je ne vois aucune estimation ici…

Le personnage de Dillinger est un peu fou, qu’en est-il de Billie Frechette ?

Elle a connu une enfance vraiment difficile, aller dans cette pension où ils ont tenté d’effacer ses origines indiennes pour la rendre américaine, c’était vraiment dur. Et elle a eu une vie difficile avant, elle était mariée à un type qui était déjà un gangster, qui était en prison… Donc vous savez, quand vous êtes dans un environnement dur et violent, ce n’est pas pareil. Elle ne voit pas la violence de Dillinger lorsque dans une scène il pousse le type violemment, elle y voit juste de la protection. Et la protection pour une femme qui a quitté son foyer pour venir dans la dure ville de Chicago, c’est important.

Vous savez ce qui lui est arrivé après la prison ?

Oui, elle a passé deux ans en prison puis elle a beaucoup voyagé pour raconter son histoire. Après elle est retournée à Green Bay où elle s’est mariée à un bel homme. Puis elle est morte en 1969. Elle est aussi devenue cette sorte de célébrité : « L’ex de John Dillinger ».

Vos projets à venir sont aussi aux USA… Voyez-vous plus votre avenir ici qu’en France ? Et êtes-vous toujours partante pour jouer dans les films français ?

Oh oui, je viens juste de terminer un film français et je suis sur le point d’en démarrer un autre. Je veux juste faire des films, de bons films. Je veux raconter de belles histoires avec des gens comme Michael Mann, Bob Marshall, Chris Nolan ou encore Guillaume Canet : je serai dans son prochain film. Donc je n’ai pas de plan. J’ai juste de fantastiques et belles opportunités ici aux États-Unis. J’aime les films américains, j’ai été élevée avec les films américains. Quand j’étais enfant, mes héros étaient Charlie Chaplin et Greta Garbo – bon elle n’était pas américaine mais vous me comprenez. C’était E.T, Fantasia – tous les films que j’ai aimés étaient américains. Beaucoup de réalisateurs américains sont des génies pour moi. Et de savoir qu’aujourd’hui, j’ai l’opportunité de travailler avec certains d’entre eux, c’est fantastique.

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