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Maud Fontenoy : « Les océans et les mers sont restés trop longtemps silencieux »

Alors que les dirigeants des pays du monde entier négocient sur le climat à Copenhague, France-Amérique vous propose une interview de Maud Fontenoy, parue dans le magazine en septembre 2009. Grâce à ses différents voyages à la rame et à la voile, la nouvelle porte-parole des océans de l’Unesco connaît la vulnérabilité de notre planète. Pour France-Amérique, elle revient sur le rôle de la Fondation Maud Fontenoy et son engagement écologique.

France-Amérique : Comment avez-vous pris conscience de l’ampleur de la pollution des mers et des solutions à apporter ?

Maud Fontenoy : Je m’en suis rendu compte de manière très flagrante lors de mon dernier tour du monde à contre-courant de 2007, en observant la pollution des océans qui contrastait avec la beauté de cette nature. C’est en revenant sur la terre ferme que j’ai pris la décision de créer ma fondation afin de sensibiliser les enfants et toute la jeune génération à la connaissance du milieu marin.

F.-A. : Pourquoi avoir choisi d’orienter cette action directement vers les enfants ?

M.F. : Depuis l’âge de 21 ans, j’ai toujours travaillé dans le cadre associatif pour des jeunes, dont certains étaient en réinsertion. Ils m’ont suivie et encouragée lors de mon dernier tour du monde. Je suis liée à eux d’une certaine façon. J’ai toujours aimé les écouter, leur expliquer. C’est donc très naturellement que j’ai décidé d’orienter ma fondation vers les plus jeunes pour les informer, les sensibiliser à l’écologie, aux mers et aux océans. Et puis, les enfants d’aujourd’hui sont les adultes demain, ils sont tous de futurs actifs, de futurs entrepreneurs et pourquoi pas ambassadeurs de l’écologie.

F-A : Comment les sensibilisez-vous à la protection des océans ?

M.F : En partenariat avec l’Unesco, nous avons distribué un guide pédagogique dans les 55 000 écoles primaires de France. Ce guide s’adresse à des élèves allant de la classe de CP jusqu’au CM2. Il est très ludique et simple, sans être simpliste. Actuellement, on prépare un guide pour les plus grands qui devrait être distribué dans les collèges. Dans ce prochain guide, on peut se permettre de rentrer plus au cœur du problème en expliquant la biodiversité marine. Ce guide devrait être publié à l’automne. Plusieurs opérations de nettoyage des plages auront aussi lieu par le biais de ma fondation.

F.-A. : Selon vous quel sera l’état de la planète et des océans dans les décennies à venir ?

M.F. : Malheureusement, les océans et les mers sont restés trop longtemps silencieux. On s’est rendu compte ces cinquante dernières années qu’on les avait surexploités et mis en péril. On l’a appris à nos dépens avec les catastrophes des marées noires, des marées vertes, la destruction des coraux, la pêche à outrance. C’était le début des signaux d’alerte. Maintenant, il faut agir. Nous n’avons plus le temps d’être pessimiste.

F.-A. : Connaissez-vous le combat de Charles Moore, un navigateur américain qui se bat contre les rejets de plastique dans la mer ?

M.F. : Oui, tout à fait. Au large des côtes de Californie et à proximité d’Hawaï, on retrouve une large bande de déchets avec des particules de plastique qui cause des dégâts considérables. Il y a des millions d’oiseaux qui meurent chaque année à cause de ces particules mais aussi des cétacés et des poissons.

F.-A. : Justement, où situez-vous l’effort écologique des Américains ?

M-F : J’attends beaucoup de Barack Obama, notamment au sommet de Copenhague du mois de décembre. J’espère qu’il va montrer que les Américains se préoccupent du climat et qu’ils ont envie de faire bouger les choses en prenant des engagements forts pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre par exemple. Je sais aussi que ce gouvernement est prêt à investir des milliards de dollars dans les énergies renouvelables et en faveur de cette croissance verte, ce qui pourrait permettre la création d’emploi aux États-Unis. Il me semble que nulle part dans le monde, on ne peut avoir de politique globale, autre qu’environnementale.

F.-A. : Selon vous, la sauvegarde des océans est-elle la priorité environnementale ?

M-F : Préserver les océans, c’est se préserver soi-même. Il faut savoir que la principale molécule de la trithérapie, qui lutte contre le SIDA, se trouve dans la mer. 70 % de l’oxygène que l’on respire vient de la mer. L’océan nourrit près de 3 milliards de personnes sur la planète. Or, nous ne connaissons que 15 % de la biodiversité marine, alors que 90 % du vivant sur la planète se trouve dans les océans. La France est la deuxième puissance maritime mondiale, avec 11 millions de km² de mers, ce qui nous oblige à être exemplaire et responsable. Les dernières mesures du Grenelle de la mer vont nous permettre de mettre des actions en place.

F-A : Les énergies renouvelables qui tirent leurs sources de la mer font-elles partie de ces actions ?

M.F. : Bien sûr. L’énergie des océans représente un potentiel impressionnant. Il y a un bel exemple en Angleterre où va être installé le plus grand champ d’éoliennes sur la mer. Cela va permettre d’alimenter en énergie un quart de Londres. Mais il y a d’autres façons de convertir l’eau en énergie : avec la marée, la houle, les courants. Et puis il y a les algues pour faire des biocarburants. J’espère que des investissements se feront pour la recherche de toutes ces énergies propres.

F.-A. : Nicolas Hulot estimait que la crise financière mondiale pouvait être un formidable élan pour une nouvelle croissance verte. Est-ce que vous partagez son avis ?

M-F : Tout à fait, je crois que cette crise va nous permettre de repartir sur des bases plus saines d’un point de vue écologique. Il faut savoir que la pollution des eaux côtières a un coût : 12 milliards de dollars pour l’économie mondiale. En réduisant nos déchets, on devrait réduire les dépenses de santé liées à la pollution. Le monde politique français est bien conscient des enjeux. Je suis contente de voir le président de la République nous parler de la croissance verte et de développement durable car il faut à tout prix concilier la croissance économique avec une idée de progrès social et de respect de l’environnement. La crise mondiale est peut-être l’opportunité pour nous tous de se mettre au vert.

Maud Fontenoy en cinq dates

1977 : Naissance le 7 septembre à Meaux
2003 : Le 10 octobre, elle achève la traversée de l’Atlantique à la rame dans le sens ouest-est en 119 jours. Elle devient la première femme à accomplir cet exploit.
2004 : Candidate sur la liste UMP pour les régionales.
2006 : Traversée du Pacifique à la rame.
2009 : Nommée porte-parole des océans pour l’UNESCO.

 

Infos pratiques
www.maudfontenoyfondation.com

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