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Maurice Schell, l’oreille d’Hollywood

De Brian de Palma à Sydney Lumet en passant par Milos Forman, Maurice Schell a été l’oreille créatrice  des plus grands réalisateurs américains. Chargé de l’illustration, du bruitage et du mixage sonore, il revient à 74 ans sur ses quarante ans de carrière outre-Atlantique.

New York, fin des années 50. Alors qu’il travaille pour une usine new-yorkaise de chaussures depuis cinq ans, Maurice Schell décide, à la suite d’une discussion avec un ami, de tout plaquer pour se consacrer au cinéma : “Ce que je voulais vraiment faire!” Ce passionné de photographie, va devenir l’un des plus importants “sound designer” d’Hollywood.

Arrivé aux États-Unis à 11 ans en 1948, juste après la deuxième guerre mondiale, Maurice Schell n’est jamais reparti. Après l’armée et quelques boulots alimentaires, il débute comme homme à tout faire chez les frères Maysles, une  société indépendante de documentaires. Attiré par le montage, il se fait  embaucher comme assistant auprès du monteur Jerry Greenberg, pour travailler sur The French Connection en 1971. Avec lui, il apprend “tout ce qu’il y a à savoir dans une salle de montage! “. Entre temps, il se forme à l’illustration sonore des images et accompagne le réalisateur, Frank D. Gilroy, en France pour Once in Paris en 1978. Chargé de recréer en studio l’atmosphère sonore du film, il s’occupe des dialogues et du bruitage.

L’année suivante marque une de ses plus mémorables collaborations avec Francis Ford Coppola sur Apocalypse Now. Pour les besoins du film, Maurice Schell accompagne l’armée américaine dans le désert afin d’enregistrer le vrombissement des hélicoptères. “J’étais capable de comprendre rapidement ce que le réalisateur voulait faire passer par le son”, même lorsque celui-ci n’était pas très loquace, à l’instar de Coppola. Pendant les années 80, il signe le paysage sonore de la plupart des films de Sidney Lumet : The Verdict, Daniel, Les coulisses du pouvoir et Le lendemain du crime. Celui qui l’appelait affectueusement « Mo » lui offrira même un petit rôle dans le film Q&A en 1990. En salle de montage, Maurice Schell, aujourd’hui retraité,  lui avait demandé en plaisantant s’il n’avait pas un rôle pour lui. Sidney Lumet est arrivé le lendemain, en disant:  « J’ai un rôle pour toi! J’étais terrifié par ma petite ligne de dialogue. »

Maurice Schell aime surtout le minimalisme sonore de  Lumet. Il reste convaincu de l’impact émotionnel d’un son simple. « Les effets sonores ne doivent pas interférer avec le plus important : l’histoire et les dialogues », explique-t-il. Aujourd’hui retraité, Maurice Schell aime à évoquer le perfectionnisme de Rob Marshall, le réalisateur de Chicago, sa dernière collaboration en 2002. Il en oublierait presque ses bruitages les plus originaux conçus pour les films de Brian de Palma. Pour simuler des impacts de balles, cet autodidacte n’hésitait pas à planter des couteaux dans des têtes de cochons, achetées chez le boucher.

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