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Merah, une onde de choc qui n’a pas fini de se propager

La France cherche toujours à comprendre, plusieurs mois après avoir été brutalement réveillée au danger de l’extrémisme islamiste par le choc Merah, comment un petit délinquant franco-algérien de ses quartiers a déjoué toute surveillance et semé la terreur sur son sol au nom du jihad.

Dans les conversations avec les policiers qui venaient d’entreprendre un siège de 32 heures autour de son appartement toulousain, Mohamed Merah s’est vanté d’avoir mis “la France à genoux”. “La République n’a pas cédé, la République n’a pas reculé, la République n’a pas faibli”, lui a répondu le même jour à 50 kilomètres de distance le président Nicolas Sarkozy, lors d’une cérémonie à Montauban en l’honneur des parachutistes assassinés par Merah.

Pour preuve – parenthèse dans une âpre campagne suspendue – les candidats à la présidentielle rassemblés à Montauban donnaient le spectacle de l’unité nationale. Puis, Merah mort, la politique reprenait ses droits et l’islamisme violent faisait irruption dans la campagne. La France commotionnée a découvert ou a été rappelée en mars 2012 à une réalité mal connue: le danger de l’islamisme violent vient désormais aussi de jeunes Français, parfois convertis, souvent délinquants, qui ont grandi dans ses cités. Un “ennemi de l’intérieur” selon le ministre Manuel Valls; des dizaines de Merah en puissance, sous la coupe de réseaux sectaires et salafistes, et “depuis déjà de nombreuses années”, dit-il. Le Renseignement lconnaissait depuis longtemps Merah quand il a fini par être identifié comme le “tueur au scooter” traqué par toutes les polices depuis le 19 mars.

Tragédie nationale

Ce lundi-là, à l’heure où les parents amènent leurs petits à l’école, un homme arrivé à scooter assassine froidement à l’arme automatique trois enfants et un enseignant juifs de l’école Ozar Hatorah, dans un quartier paisible de Toulouse. Un adolescent est gravement blessé. Depuis le jeudi précédent, les policiers étaient aux trousses d’un mystérieux tueur. A Montauban le 15 mars, il a exécuté deux soldats et laissé un autre pour mort. C’est probablement le même qui, quatre jours auparavant, a abattu un autre parachutiste à Toulouse. Entre le 15 et le 19 mars, les policiers ont perdu la terrible course contre la montre avec le tueur.

C’est une gigantesque chasse à l’homme qui s’engage. Pour la première fois en France, le plan Vigipirate est activé au niveau écarlate en Midi-Pyrénées et à Toulouse. Les investigations et une adresse électronique permettent de “loger” le tueur. Dans la nuit du 20 au 21, il est encerclé chez lui rue du Sergent-Vigné, dans un quartier transformé en camp retranché.

Messager d’Allah

Le siège couvert par les journalistes du monde entier dans une exceptionnelle frénésie s’achèvera 32 heures plus tard. “Moi, la mort, je l’aime comme vous, vous aimez la vie”, dit Merah aux policiers. Il mourra sans remords, tombant du balcon criblé par les balles du Raid, dans un déchaînement de violence évoquant les jeux vidéo qu’il affectionnait. Les Français font alors connaissance avec Mohamed Merah, 23 ans, et ont un aperçu de l’horreur de ses actes, filmés une caméra harnachée sur le torse.

Merah, l’enfant de la cité des Izards grandi dans une famille où régnait parfois la violence, lui-même délinquant multirécidiviste qui se serait tourné vers l’islam en 2008 en prison, se déclare “messager d’Allah”, moudjahid et membre d’Al-Qaïda. Il dit avoir voulu venger les Afghans et les Palestiniens. Il a agi seul, assure-t-il. Il fanfaronne sur la manière dont il a abusé les services de renseignement français. “Vous vous êtes complètement loupés”, lance-t-il aux policiers. Merah était depuis 2006 sur les radars du Renseignement, connu comme gravitant autour d’un groupe de salafistes toulousains. Dans ses innombrables voyages, il est allé en Afghanistan fin 2010, au Pakistan mi-2011.

Le danger de l’héroïsation

Une multitude de signaux ont alerté la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) sur sa “radicalité potentielle”. Mais une succession de circonstances et de ratés ont conduit le Renseignement à baisser la garde. Depuis, l’organisation du Renseignement n’en finit pas d’être questionnée. Danger imminent, tolérance zéro, volonté de rachat, nécessité électorale ? Après Merah, les opérations se succèdent contre les milieux islamistes. En octobre, le leader présumé d’une cellule soupçonnée d’attaque contre une épicerie casher de Sarcelles et de projets d’attentats antisémites est tué l’arme à la main à Strasbourg.

Des juifs de France s’inquiètent: loin d’avoir éveillé les consciences, les crimes de Merah ont “libéré un certain nombre d’esprits fragiles”, disent-ils. Les autorités, elles, s’emploient à étouffer dans l’oeuf toute héroïsation de Merah. De nombreux musulmans s’alarment également, d’une augmentation des attaques et des amalgames favorisés par les crimes de Merah mais aussi par les discours d’une partie de la droite et de l’extrême droite.

Les proches des victimes attendent avant tout la lumière sur les assassinats. Etait-il le “loup solitaire” qu’a décrit l’ancien patron de la DCRI? Seul son frère Abdelkader a été mis en examen et écroué à ce jour. Mais juges et policiers travailleront encore sans relâche en 2013 pour identifier les éventuels complices et filières, en France et à l’étranger.

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