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Michel Ciment : « Le genre criminel est le plus productif du cinéma américain »

Michel Ciment, rédacteur en chef de la revue de cinéma Positif présente une série de films, “Mavericks and Outsiders: Positif Celebrates American Cinema”, à la Film Society du Lincoln Center, à New York, du 30 janvier au 4 février. France-Amérique l’a rencontré.

Michel Ciment, rédacteur en chef de la revue canonique française Positif, fondée en 1952  et rivale des Cahiers du Cinéma, présente cette semaine à New York une sélection de 9 films américains : une série d’œuvres peu vues qui permet de renouer avec une certaine idée du cinéma indépendant et s’inscrivant  dans le genre criminel. Programme commenté.

-Le directeur de la Film Society du Lincoln Center vous a invité à New York. Que représente cette invitation pour Positif ?

-L’idée était de montrer que Positif a toujours soutenu le cinéma américain en particulier, et ce à toutes les époques. C’est une position originale, car dans les années 50, il était méprisé par la bourgeoisie et les gens de lettres en France, qui n’aimaient ni la comédie musicale ni le western, et pensaient que ce n’était pas sérieux. Puis, dans les années 70, le cinéma américain était mal vu à cause de la guerre du Vietnam. Les Cahiers du Cinéma fustigeaient un « cinéma impérialiste », alors que pour nous c’était la grande époque de la renaissance du cinéma américain (avec Scorsese, Altman). C’était aberrant, comme si l’on ne pouvait pas aimer le cinéma français de la guerre d’Algérie (Truffaut, etc).

-Qu’est-ce qui lie ces films entre eux ?

-Nous n’avons pas voulu choisir des films reconnus universellement, nous avons choisi des films moins connus. Certains datent des années 70, une période qui correspond aux débuts du cinéma indépendant qui fait florès aujourd’hui au Festival de Sundance, mais qui, à l’époque, était ultra-minoritaire. D’autres sont plus récents. Il s’agit aussi souvent de premiers films : contrairement au cliché, pour moi, les premiers films sont souvent les meilleurs de leur metteur en scène, les plus audacieux, c’est là qu’ils ont le plus de choses à dire, il y a une vraie densité et une prise de risque réelle.
Un autre fil rouge relie cette série : ces films sont presque tous liés au genre criminel, qui est le genre le plus productif dans le cinéma américain. Il y a beaucoup plus d’originalité dans les films criminels que dans la comédie ou le drame : on y découvre des innovateurs formels. C’est un format qui permet aussi une critique de la société américaine que l’on ne vous autoriserait pas dans un film directement politique. On y parle de l’argent, de la corruption, des institutions dévoyées, des avocats véreux, des ripoux, et tout se fait à l’intérieur d’un genre.

-Parlez-nous en détail des films que vous avez choisis.

Il y a les deux premiers films de James Toback et Paul Schrader : ce sont des films de scénaristes qui avaient envie de prendre la parole dans leur film. Nous avons aussi choisi deux films singuliers, uniques : Wanda, de Barbara Loden, épouse d’Eli Kazan, qui est morte peu de temps après le film. Et Honeymoon Killers, un film commencé par Scorsese et finalement réalisé par un compositeur d’opéra (Leonard Kastle). Je voulais aussi faire découvrir True confessions, avec Robert de Niro et Robert Duvall, fait par un metteur en scène de théâtre qui n’a pas été pris au sérieux à l’époque. Reunion, de Jerry Schatzberg, est une très belle adaptation de L’ami retrouvé de Fred Ullman. David Holzman’s Diary date du début des années 70 : c’est un film original, l’inverse des films de Sundance qui sont aujourd’hui des pré-films hollywoodiens (comme Little Miss Sunshine). Keane, de Lodge Kerrigan, ressemble beaucoup au cinéma américain des années 70, ce n’est pas du cinéma prémâché, au contraire il prend des risques de façon radicale. Et enfin, Another day in paradise : Larry Clark est surtout connu pour ses films sur les jeunes, mais là il s’agit d’un film criminel qui appartient à la tradition du duo criminel comme Bonnie & Clyde ou Badlands, par exemple, avec une touche moderne.

 

Infos pratiques :

Mavericks and Outsiders: Positif Celebrates American Cinema

Film Society du Lincoln Center

du 30 Janvier au 4 Fêvrier

 

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