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Michel Gondry filme les jeunes du Bronx

Une bande d’ados déchaînés dans le huis clos d’un bus qui sillonne le Bronx et les dépose un à un, calmant progressivement le jeu: c’est le dernier film remuant de Michel Gondry, le plus américain des réalisateurs français, dont la sortie est attendue mercredi en France.

“L’idée m’était venue à Paris, dans le bus 80 pour être précis ! C’était la sortie des classes et une vingtaine de jeunes sont montés, créant le chaos, un comportement lié à leur nombre”, expliquait en mai dernier à Cannes le cinéaste, accompagné d’une demi-douzaine de ses comédiens new-yorkais, à la première projection de “The We and the I” (“Le nous et le je”) sur la Croisette. “En les voyant sortir les uns après les autres, j’ai senti leur dynamique évoluer”. Basé à cette époque à New York, Michel Gondry part à la recherche d’un lycée et repère un atelier parascolaire dans le sud du Bronx, l’un des quartiers les plus déshérités des Etats-Unis.

Aurait-il pu faire le même film en France ? “C’est une question de circonstances”, a-t-il expliqué précisant s’intéresser “depuis longtemps aux communautés noires américaines, urbaines”, le hip-hop et le jazz. “On a lancé un atelier théâtre pour faire ce film, j’ai gardé les 40 premiers inscrits. C’est en écoutant leurs histoires que les personnages principaux ont émergé”, explique le réalisateur de “Eternal Sunshine of the Spotless Mind” et de “Soyez sympas, rembobinez”.

Concours de grossièretés, humour ravageur

La bande des gros durs qui, isolés du groupe, révèlent un coeur presque tendre. Le groupe des musicos et la belle Laidychen qui consulte ses copines sur l’opportunité de les inviter à sa fête. La fratrie de latinos dont l’aîné se fait chambrer parce qu’il parle “comme Jésus” quand il intervient pour apaiser les bagarres. Le couple de garçons gays qui se déchire après l’aventure de l’un d’entre eux… avec une fille ! Echanges de textos incessants, concours de grossièretés, humour ravageur, piques et règlements de comptes: un résumé de l’adolescence, sa quête d’identité, ses hormones en folie. “A l’école, moi, j’étais toujours un peu à l’écart, plutôt chétif. J’observais la surenchère chez les garçons, les effets de groupe m’ont toujours fasciné”, raconte Michel Gondry.

Le cinéaste qui, à 49 ans, ne cesse de s’interroger sur la différence de regards “que posent les enfants et les adultes”, a travaillé pendant deux ans avec ces adolescents, les retrouvant régulièrement malgré le tournage de son “blockbuster” hollywoodien, “The Green Hornet”. “Ca leur a permis un peu de digérer le moment de leur vie qu’ils allaient raconter dans le film, de gagner en maturité”, note-t-il. Michael Brodie, qui joue le faux dur Michael – tous les personnages ont gardé leur vrai prénom -, se dit “transformé” par l’expérience: “Je pouvais être moi-même sans être jugé”. Pour le cinéaste au visage enfantin, boucles grisonnantes et barbichette, célébré pour son inventivité et qui adapte actuellement “L’Ecume des jours” de Boris Vian, “faire ce métier est une bonne excuse pour rester gamin, préserver un esprit ludique et de découverte”.

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