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Michel Gondry, la tête dans les nuages

En moins d’une dizaine de films, Michel Gondry, phénomène et cinéaste touche-à-tout, a conquis un monopole convoité aux États-Unis : celui de la fantaisie made in France. Un film collectif (Tokyo!) tout juste sorti, un livre inspiré d’une installation (You’ll Like This Film Because You’re In It) et un projet très attendu en préparation (Le frelon vert). Rencontre avec le Monsieur bricolage du cinéma.

Sous la direction rigoureuse et poétique de Michel Gondry, le cinéma est d’abord une activité ludique. Ce Versaillais aujourd’hui installé à Brooklyn, incarne à 45 ans le symbole du cinéma indépendant  (inventif et conceptuel). « Je n’avais pas du tout l’ambition d’être réalisateur de films au départ, je n’y pensais même pas », avoue-t-il. Michel Gondry a commencé dans la musique et tourné les clips du groupe pop Oui-Oui, pour lequel il était batteur. Rapidement repéré, notamment par des artistes comme Étienne Daho et Björk, il devient le clippeur français préféré des stars, et met son savoir-faire et sa poésie bricolée au service des White Stripes (pour un clip tout en légo), des Chemical Brothers ou de Daft Punk. La vidéo musicale, par la liberté du format qu’elle offre,  lui permet de développer et d’affiner le « style Gondry ». Durant une période prolifique à Los Angeles, il impose sa French touch délirante dont la fantaisie, paradoxalement, trouve les moyens  de s’exprimer plus librement sur le sol américain : « La France ne me paraissait pas tellement accueillante par rapport à mes qualités », explique-t-il.

« J’aimais bien l’animation, les inventions et les systèmes de bricolage. » Michel Gondry a donc en partie hérité des talents de son père, électronicien, informaticien et musicien. En s’achetant une caméra 16 mm dans les années 1980, il s’est aperçu qu’il  pouvait combiner ses compétences. « Je savais construire des images, des volumes qui racontaient des histoires tordues inspirées de mes rêves ». Son film de 2006, La Science des rêves, illustre de manière littérale ces propos : on y croise un amoureux transi (Gael Garcia Bernal) qui multiplie stratagèmes et inventions  pour conquérir une voisine boudeuse (Charlotte Gainsbourg), sur qui il projette ses fantasmes.

Le passage au grand écran a lieu après une révélation : « On a projeté mon clip de Björk en salle et je me suis dit que j’aimerais bien faire un film juste pour cette sensation de recueillement au cinéma ». Il signe en 2001 avec le scénariste Charlie Kaufman son premier film, Human Nature, une parabole farfelue.

Le cinéma de Michel Gondry se présente comme une expérience sensorielle : ses personnages voyagent dans le temps, altèrent l’espace et réécrivent l’histoire. Ainsi dans Soyez sympas, rembobinez (2008), hommage cocasse au cinéma comme art collectif, les deux héros se voient obligés de filmer à nouveau tout le contenu d’un vidéo club qu’ils ont effacé par erreur. Eternal sunshine of the spotless mind (2004) est habité par les dérèglements affectifs et mécaniques  de Clementine (Kate Winslet) et Joel (Jim Carrey).
Chaque long-métrage se lit comme une nouvelle visite sous le crâne de cet inventeur, qui tente, par des moyens différents, de porter l’imagination à l’écran. « L’imagination est le moyen le plus direct de relier un cerveau à un autre », raconte-t-il. « Quand on fait de l’animation abstraite, ce que je préfère, on a l’impression de voir les images directement issues d’un cerveau, comme si l’on branchait une prise et qu’on transcrivait ce qui s’y passe ».  Avec un soin accordé aux détails, Gondry est avant tout un artisan qui catalogue sur pellicule la vie de l’esprit : « Pendant une journée, le cerveau reste éveillé, discute avec lui-même, fonctionne par associations et évocations. J’aime ce contraste entre ce que l’on voit et ce bruit de fond continu ».

Comme d’autres avant lui, il s’est frotté à l’exercice périlleux de la publicité, pour Air France, Levi’s et même HP (« Michel Gondry, eternal dreamer,» dit le slogan). Avec les risques que cela comporte : la position d’original que le cinéaste occupe dans le paysage du cinéma mondial, perd de fait sa singularité à mesure que la « marque Gondry» s’affirme et se solidifie.

Après une installation participative au Deitch Project à New York, dont il a tiré un livre, You’ll Like This Film Because You’re In It, il prépare avec le dessinateur Daniel Clowes l’adaptation à l’écran de Master of Space and Time  ainsi que celle du comics culte Le frelon vert. Ironie du sort : « J’ai travaillé pendant deux ans aux États-Unis sur ce projet quand je suis arrivé, c’est tombé à l’eau. Et me revoilà, 12 ans plus tard… »

Infos pratiques

www.michelgondry.com

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