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Michele qui rime avec Marine

Lancées dans la course aux présidentielles de 2012 de chaque côté de l’Atlantique, Marine Le Pen et Michele Bachmann émergent à la droite de l’échiquier politique. Les similitudes sont nombreuses entre les valeurs du Front national et du Tea Party, crédités d’environ 15 % d’intention de vote.

Marine et le père

Benjamine des trois filles de Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen a grandi dans le giron du Front national, créé par son géniteur. Après des études de droit, elle exerce durant six ans la profession d’avocat, puis entre au service juridique du parti en 1998. Parallèlement, elle est élue au Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et au Parlement européen. En 2000, elle prend la tête de l’association Génération Le Pen, dont le but est de banaliser le Front national auprès des jeunes.  A 43 ans, la fille du chef succède à son père à la direction du parti, dont elle devient présidente en janvier 2011. Forte en gueule tout en évitant les provocations de son père à propos de l’extermination des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale ou de la récente tuerie d’Oslo, Marine Le Pen incarne un Front national plus fréquentable, dont elle revendique néanmoins «tout l’héritage».

Michele et Dieu le Père

Agée de 55 ans, Michele Bachmann a grandi dans l’Iowa avec ses trois frères, au sein d’une famille protestante. Son père, qu’elle qualifie «d’autoritaire», est ingénieur dans une usine d’armement. Très affectée à l’adolescence par le divorce de ses parents, elle trouve refuge dans un groupe de prière évangélique chrétien et se revendique «christian reborn». Elle doit sa filiation spirituelle et politique à John Eidsmoe, son mentor à l’Université Oral Roberts de Tulsa, qui prône une lecture fondamentaliste de la Bible comme source du droit, ainsi que la suprématie de celle-ci sur la Constitution. Mariée à Marcus Bachmann et mère de cinq enfants, elle entame une brève carrière professionnelle à l’IRS, agence fédérale de recouvrement des impôts. Sénatrice républicaine dans l’Etat du Minnesota depuis 2000, elle est élue en 2006 à la Chambre des Représentants, où elle forme en 2010 un comité électoral pour le Tea party soutenu par 49 parlementaires.

La préférence de Marine

Sur le plan idéologique, le Front national et le Tea Party se réfèrent aux racines chrétiennes de l’Europe et de l’Amérique, qu’ils estiment menacées et entendent défendre. Ils ont en commun un rejet des différentes composantes culturelles et ethniques de la societé, ainsi qu’une forte opposition à l’immigration. La «préférence nationale» constitue l’un des fondements du Front national. Son programme comporte la suppression de la binationalité; la révision du droit du sol et des critères d’acquisition de la nationalité francaise; la limitation de la durée du droit au séjour; la suppression du regroupement familial. Le parti propose également des mesures discriminatoires comme la suppression de toute prestation sociale aux salariés étrangers, ainsi qu’un taux d’imposition plus fort pour dissuader les entreprises d’employer des travailleurs immigrés, y compris ceux qui résident légalement en France.

L’identité selon Michele

La campagne orchestrée par le Tea Party, mettant en cause la citoyenneté du président Obama et l’obligeant à rendre public son certificat de naissance est révélatrice des valeurs ethnocentristes et identitaires de ce courant. Une étude de l’Association américaine de sociologie réalisée en août dernier, indique que 80% des sympathisants du Tea Party considèrent qu’Obama «n’est pas du tout comme eux», alors qu’ils ne sont que 40% à avoir cette opinion envers Clinton. 60 % d’entre eux jugent également qu’Obama n’est pas chrétien. 12 % sont en outre favorables à une révision du 14e amendement de la Constitution qui fait de toute personne née sur le sol américain un citoyen de plein droit. Selon un sondage de l’Université de Washington, 74 % des partisans du Tea Party estiment par ailleurs que l’égalité des chances pour les noirs et les minorités n’a pas à être garantie par le gouvernement. Un quart d’entre eux pensent que l’administration favorise les noirs plutôt que les blancs.

Une vision commune de la famille

Toutes deux favorables à une politique nataliste et à la «revitalisation du caractère sacré de la vie», également opposées au mariage et à l’union des couples homosexuels, Marine Le Pen et Michele Bachmann ont une conception similaire de la famille comme cellule de base du gouvernement. Fervente activiste du mouvement pro-life contre le droit à l’avortement, Michele Bachmann s’est particulièrement investie pour la liberté d’enseignement religieux à l’école, soutenant des thèses proches du créationisme et critiquant sévèrement les lois fédérales en matière d’éducation. Sur le plan des moeurs, Marine Le Pen, mère de trois enfants, mais deux fois divorcé et vivant en union libre, apparait plus modérée que son homologue américaine. Moins radicale sur la question de l’avortement, elle propose le déremboursement de l’IVG, assorti d’un réferendum pour en limiter l’autorisation.

Les électeurs de Michele et de Marine

L’électorat du Front national comme du Tea Party est majoritairement constitué d’hommes blancs, âgés de plus de 45 ans. Patrick Johnson dans le Christian Science Monitor suggère néanmoins que les activistes du Tea party sont essentiellement des mères et des organisations pro-famille. D’après un sondage du New-York Times/CBS news effectué en avril 2010, les sympathisants du Tea Party se comptent parmi les Républicains. Plus riches et plus éduqués que la moyenne de la population, ils adhèrent à l’idée de la liberté d’entreprise et de marché sans contrainte, soutiennent la réduction des régulations et des dépenses gouvernementales, et se reconnaissent volontiers dans l’acronyme «Taxed Enough Already». Les électeurs du Front national se situent en revanche dans les milieux plus populaires et moins diplômés. Des études récentes de l’Ifop indiquent un élargissement du vote Front national chez les actifs de 35 à 49 ans. Parmi les ouvriers, Marine Le Pen était récemment créditée de 42 % d’intention de vote, contre 18 % pour la gauche et 13 % pour le président sortant Nicolas Sarkozy. Selon un sondage du journal France-Soir en mars 2011, 64 % des Francais considèrent cependant que le Front national «représente un risque pour la démocratie».

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