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Mick LaSalle : “Les actrices françaises perdent de leur charme dans les films américains”

Grand admirateur des actrices françaises, le critique cinéma du San Francisco Chronicle Mick LaSalle leur a consacré un livre. Dans The Beauty of the Real, What Hollywood Can Learn from Contemporary French Actresses, l‘Américain vante leurs charmes et leur profondeur, les comparant aux stars américaines des années 1930.

Marion Cotillard a été nominée en décembre pour un Golden Globe pour son rôle dans De Rouille et d’os. De l’avis de Mick LaSalle, elle sera en lice également pour l’Oscar de la meilleure actrice (les nominés doivent être annoncés en janvier). “Elle est formidable.” Mais celle qui a déjà reçu un Oscar pour La vie en rose “ne l’aura pas deux fois”, selon le critique cinéma du San Francisco Chronicle. Il déplore qu’elle soit “la seule actrice française que les Américains connaissent.” “Si ça ne tenait qu’à moi, Nathalie Baye aurait déjà un Oscar”, assure le chroniqueur, qui ne cache pas sa passion pour les actrices françaises.

Après avoir écrit en 2000 un livre sur les actrices américaines des années 1930 (Complicated Women : Sex and Power in Pre-Code Hollywood), il ne pensait pas trouver une autre période aussi valorisante pour les femmes dans le septième art. Il a changé d’avis lorsqu’il a découvert les longs métrages français. “Je me suis pris d’intérêt pour Sandrine Bonnaire, j’ai regardé tous ses films”, raconte-t-il avant d’égréner les noms d’Isabelle Huppert, Valeria Bruni-Tedeschi, Isabelle Carré, Karine Viard, Sandrine Kiberlain…

Contrairement aux défuntes stars des années 1930, Mick LaSalle a cette fois l’opportunité d’interviewer les actrices sur lesquelles il écrit. Il rencontre en premier lieu Sandrine Bonnaire, en mars 2008, venue présenter à New York son film Elle s’appelle Sabine, sur sa sœur. “J’étais sidéré de pouvoir l’approcher si facilement, j’avais l’impression d’avoir affaire à Greta Garbo”, s’enthousiasme le journaliste, qui ne manque jamais d’emphase pour parler des Françaises. Il s’est ensuite rendu à Paris à deux reprises, en septembre 2009 et septembre 2010, pour rencontrer le plus d’actrices possible. Parmi celles qu’il n’a pas pu avoir, il évoque essentiellement Emmanuelle Béart. Marion Cotillard et Juliette Binoche, aussi. “Mais leurs carrières sont largement américaines maintenant.”

Des films taillés pour les actrices

A ce propos, Mick LaSalle explique que “les actrices françaises perdent beaucoup de leur charme dans les films américains, parce qu’elles ont des rôles idiots.” “Prenez Virginie Ledoyen. Elle est géniale dans Jeanne et le garçon formidable. Adorable. Et un an plus tard elle fait La Plage, avec Leonardo Dicaprio, où elle est sans intérêt. Dans Mission Impossible, Emmanuelle Béart ne sert à rien. Comme Sophie Marceau dans Alex et Emma.” La différence, aux yeux du critique, c’est que le cinéma français s’intéresse à “l’intériorité” des personnages. “Les films français explorent l’âme humaine, tandis que le cinéma américain est porté sur l’action, le business, le crime, tout ce qui se passe au-dehors. C’est sûr que pour ça, il n’y a pas besoin de grands acteurs intéressants !”

“Tels les films hollywoodiens des années 30, les films français aujourd’hui sont largement taillés pour chaque actrice. Le CV de Meryl Streep part dans tous les sens. Si vous allez voir un film avec Susan Sarandon, vous ne pouvez deviner de quoi il va parler. Mais par contre, si vous allez voir un film avec Isabelle Huppert ou Valeria Bruni-Tedeschi, vous savez à quoi vous attendre. Parce que leurs rôles leur ressemblent”, analyse l’Américain. Seule Marion Cotillard, la chouchoute des Américains, s’en tire bien sur le grand écran aux Etats-Unis pour Mick LaSalle. “Le réalisateur qui l’a vraiment cernée pour ce qu’elle est c’est Woody Allen. Elle était époustouflante dans Minuit à Paris. Mais je pense qu’elle va revenir à une carrière française. C’est une grande actrice, elle sait de quoi elle est capable et elle va peut-être se lasser de ne jouer que du côté pastel de la palette de rôles.”

Quant à la relève, le journaliste évoque Anaïs Demoustier, Léa Seydoux, Leïla Bekhti… Sans transiger, il pose avec admiration : “La France est une merveilleuse et constante chaîne de production de talent féminin. La machine ne s’arrête jamais.”

The Beauty of the Real, What Hollywood Can Learn from Contemporary French Actresses, 2012. De Mick LaSalle, aux editions Stanford University Press.

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