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Mickael Haneke impressionne Cannes avec “Le ruban blanc”

L’Autrichien Michael Haneke a marqué un grand coup avec “Le ruban blanc”, dévoilé jeudi au Festival de Cannes, un film à l’extraordinaire photographie en noir et blanc, qui dissèque les méfaits de l’éducation ultra-répressive en vogue en Europe au début du XXe siècle.

De son côté Xavier Giannoli est entré en lice pour la Palme décernée dimanche avec “A l’origine”, où un petit arnaqueur campé par François Cluzet monte un faux chantier d’autoroute. Dépassé par son escroquerie, il redonne espoir à toute une ville au fil d’une “fresque intime” bien accueillie jeudi.

Le Français Jacques Audiard restait avec “Un prophète”, le favori des critiques interrogés la veille par le magazine professionnel Screen, suivi par “Bright star” de Jane Campion et “Etreintes brisées” de Pedro Almodovar.

Signé Haneke, “Le ruban blanc” a toutefois fortement impressionné. En 1913, dans une petite communauté rurale de l’Allemagne du Nord. Alors que la moisson bat son plein, une série d’actes criminels frappe les esprits.

Un câble tendu entre des arbres provoque une grave chute du médecin (Rainer Bock) qui rentrait chez lui sur son cheval au galop, puis l’enfant du baron (Ulrich Tukur) grand propriétaire foncier et autorité locale, disparaît.

On le retrouvera ligoté et férocement battu. Rituel punitif ? Vengeance personnelle ? Ces actes mystérieux “réveillent des peurs ancestrales” dit le narrateur, l’instituteur du village.

Le titre, “Le ruban blanc”, fait référence au morceau de tissu immaculé que le pasteur (Burghart Klaussner) fait porter à ses enfants pour leur rappeler “l’innocence et la pureté” qu’il attend d’eux. Héros du film, les enfants sont, avec les femmes, les principales victimes de la société fortement répressive décrite par Haneke.

Dans un ordre social figé dans des hiérarchies séculaires, aristocrates et paysans ont des rapports quasi féodaux et la soumission inconditionnelle exigée des enfants fonctionne sur un modèle d’autorité militaire.

Le film décortique de manière saisissante une “pédagogie noire” basée sur la torture morale et l’humiliation – étudiée par la psychanalyste Alice Miller -, diffusée en Europe dès le XIXe siècle et jusqu’aux années 1950, via des manuels d’éducation qui furent de gros succès de librairie, étudiés de près par Haneke.

Vouvoiement, baisemain, froideur, discipline de fer, châtiments corporels: se croyant dépositaires de l’autorité divine, les parents estiment devoir “dresser” des enfants dont la vitalité est forcément synonyme de “mal”.

La caméra pénètre dans d’irréprochables intérieurs bourgeois, s’arrêtant à une porte pour mieux laisser le spectateur imaginer les sévices commis derrière.

“Le ruban blanc” n’est pas que le portrait d’une génération qui 20 ans plus tard embrassera le nazisme, estime Haneke pour qui ce film décortique “les racines de n’importe quel terrorisme, politique, ou religieux”. “Si on pense savoir ce qui est juste, on devient très vite inhumain”, estime-t-il dans un entretien à l’AFP.

Haneke a été deux fois récompensé à Cannes, pour la mise en scène de “Caché” en 2004 et avec “La pianiste”, adapté d’un roman d’Elfriede Jelinek, qui trois ans plus tôt avait raflé le Grand Prix et les deux prix d’interprétation, dont l’un était allé à Isabelle Huppert… qui préside le jury cette année. Un avantage pour lui ?

“Elle est consciente que tout le monde se posera la question. Et elle est assez intelligente et intègre pour favoriser les films qu’elle aime”, dit-il.

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