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Mitt Romney en plein doute

Le républicain Mitt Romney se retrouvait mardi dans une position peu enviable à moins de 50 jours de l’élection présidentielle américaine, avec la publication d’une vidéo volée où on le voit disserter sur la mentalité de “victimes” de 47% de ses compatriotes.

Au moment où la campagne de M. Romney était déjà sur la défensive, sur fond de sondages inquiétants et d’impairs de communication, le journal de gauche Mother Jones a provoqué une tempête en diffusant lundi cette vidéo prise le 17 mai à l’insu du candidat lors d’une séance de levée de fonds fermée à la presse. On l’y voit assurer que “47% des Américains voteront pour le président quoi qu’il arrive. Il y a 47% des gens qui sont avec lui, qui dépendent du gouvernement, qui pensent qu’ils sont des victimes, qui pensent que le gouvernement doit s’occuper d’eux (…) Ce sont des gens qui ne paient pas d’impôts”.

M. Romney a convoqué à la hâte une mini-conférence de presse lundi soir en Californie (ouest) pour s’expliquer. Tout en concédant que ses mots auraient pu être choisis de façon “plus élégante”, il a persisté sur le fond. Cet épisode constitue un “grave problème” pour M. Romney, juge Thomas Mann, de l’institut Brookings de Washington.

Les déclarations de M. Romney “renforcent l’impression qu’il vit dans un monde de riches, qu’il n’éprouve pas d’empathie pour ceux qui ne sont pas comme lui, et que ses choix politiques favorisent les privilégiés alors que l’économie est en mauvais état et que les inégalités s’accroissent. Je pense que (cette polémique) ne s’éteindra pas”, assure cet expert en politique.

“Campagne inepte”

Pour Clyde Wilcox, professeur à l’université de Georgetown, les partisans de M. Romney ne devraient pas forcément se détourner de lui, car de tels raisonnements sur les “assistés” sont monnaie courante chez les conservateurs. Mais la controverse actuelle “ne va pas lui rendre la partie facile pour parler de son nouveau plan économique (…) Et nous n’avons pas encore vu toute la vidéo”, prévient ce professeur de sciences politiques.

De fait, Mother Jones a diffusé mardi un autre extrait dans lequel M. Romney se dit persuadé que les Palestiniens “ne s’intéressent absolument pas” à la paix avec Israël, et laisse entendre qu’il ne tenterait pas de relancer le processus de paix s’il était élu. A 49 jours de l’élection mardi, cet épisode ternit encore plus une campagne républicaine qui a marqué le pas dans les sondages depuis le début du mois et a dû se défendre d’être agitée par des luttes intestines.

Mardi, l’éditorialiste du New York Times David Brooks, un conservateur modéré, a estimé que M. Romney “mène une campagne inepte, de façon déprimante”. “Quand s’arrêtera l’incompétence?” a-t-il demandé, en interpellant directement le candidat républicain. Tant pour M. Mann que M. Wilcox, commencer à rédiger l’oraison funèbre de l’entreprise de M. Romney serait toutefois prématuré. “Il n’est évidemment pas le favori”, explique M. Mann. Mais “l’incertitude persiste” dans cette campagne, développe-t-il, en mentionnant “les informations sur l’économie, les débats et une avalanche de publicités financées par des groupes extérieurs”.

En l’occurrence, deux groupes soutenant M. Romney ont annoncé mardi avoir investi plus de 10 millions de dollars pour des publicités attaquant le bilan de M. Obama. Ce dernier, qui affrontera M. Romney au cours de trois débats télévisés en octobre a jusqu’ici gardé le silence sur cette affaire, laissant son directeur de campagne, Jim Messina, affirmer qu’il est “difficile d’être le président de tous les Américains lorsqu’on traite par le mépris la moitié du pays”.

M. Wilcox se dit persuadé que les propos de M. Romney feront surface dans des publicités de campagne démocrates à l’approche de l’élection, visant les “47%”, parmi lesquels figurent des anciens combattants, des étudiants et des retraités. Ces publicités, prédit cet expert, se termineront par: “Voilà ce que Romney pense de vous”.

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