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Mobilisation étudiante en France : « En 13 semaines de grève, on n’a rien obtenu »

Les examens de fin d’année se tiennent actuellement dans les universités françaises, ce après quatre mois de mouvement étudiant contre la réforme de l’université et de bras de fer avec le gouvernement. Alice de Charentenay, une étudiante syndiquée, estime que l’issue de la mobilisation va finalement « démoraliser » durablement ceux qui voudraient s’opposer au gouvernement.

Ces semaines de cours annulés et d’universités occupées ont poussé la coordination étudiante à demander à la ministre de l’Éducation, Valérie Pécresse, l’annulation des examens du mois de juin, ou au moins la moyenne à tous les étudiants. Finalement, la tenue des examens a bien lieu (sauf à Toulouse-II le Mirail, où ils sont reportés à la session de septembre), mais sans réelle possibilité de réviser. « Au dernier moment le ministère a décidé d’organiser les exams, sans délai supplémentaire », explique Alice de Charentenay, 25 ans, élève l’École Normale Supérieure, agrégée de Lettres Modernes, élue au Conseil scientifique de la rue d’Ulm et syndiquée à Sud-Étudiant. Elle estime que si la mobilisation a permis d’inventer « de nouvelles manières de résister », son issue va finalement « démoraliser » durablement ceux qui voudraient s’opposer au gouvernement.

Pouvez-vous rappeler quelles étaient les revendications du mouvement étudiant ?
Nous nous opposons, entre autres, à la mesure qui porte sur la formation des maîtres : celle-ci rallonge le temps de formation et la rend plus sélective. Cette mesure aura comme conséquence qu’on ne pourra désormais passer le Capes qu’après un Master 1 et l’agrégation après un Master 2. Ensuite, nous sommes contre le « contrat doctoral », c’est-à-dire un contrat pour thésards, que l’on signera et qui autorisera son directeur de thèse à vous virer s’il estime que vous n’en « faites pas assez ». Avant, un thésard avait une mission d‘enseignement, maintenant on pourra lui demander de faire n’importe quel boulot. Enfin, il y a aussi le statut des enseignants-chercheurs : les universités vont devenir autonomes, donc le président de la fac pourra faire un plan de carrière à ses étudiants, ce qui signifie en fait, « enseigner plus et chercher moins ».

Comment analysez-vous la fin de la mobilisation ?
Au dernier moment, le ministère a décidé d’organiser les examens, sans délai supplémentaire. Nicolas Sarkozy a mené, comme Margaret Thatcher, la politique du « carreau cassé » social : c’est à dire, ne rien lâcher, de peur que les mouvements ne s’accentuent. En 13 semaines de grève, on n’a rien obtenu : tout le monde est démoralisé pour longtemps. Finalement ce mouvement a été instrumentalisé pour nous faire perdre le goût de la lutte.

À quoi faut-il s’attendre ?
Ces réformes vont non seulement être mises en place, mais elles vont aller encore plus loin. À l’avenir, on verra de moins en moins d’étudiants s’inscrire à l’université. Selon le gouvernement, c’est à cause des mouvements sociaux. En réalité, les étudiants voient bien que l’université est devenue une poubelle. Il y aura moitié moins d’étudiants l’an prochain : on devrait passer de 25 000 à 13 000 inscriptions en Licence 1 de Lettres Modernes. Cela va changer le visage de l’université et par là même, faciliter et justifier les restrictions de budget prévues par le gouvernement.

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