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Mobilisation pour l’accueil en France d’un prisonnier de Guantanamo

Une tribune de John Grisham, le populaire avocat et auteur de bestsellers judiciaires, intitulée “After Guantanamo, Another Injustice”, a été publiée par le New York Times le 10 août dernier. Ce texte s’intéresse au cas de l’Algérien Nabil Hadjarab, détenu depuis 11 ans et six mois sans avoir été inculpé ni jugé. En janvier 2010, la Review Task Force de la prison a recommandé son transfert. En conclusion de la tribune, John Grisham demande à la France d’accueillir le détenu.

L’auteur des thrillers à succès (La Firme, Le Client, L’Affaire Pélican) ne se contente pas de sa carrière d’écrivain. Il est aussi membre du comité directeur d’Innocence Project, organisation qui milite pour une réforme du système judiciaire et pour la libération des condamnés suite à une erreur judiciaire, en ayant recours à des tests ADN. S’étonnant que certains détenus de Guantanamo ne puissent avoir accès à ses livres, il s’est penché sur la situation de Nabil Hadjarab, 34 ans.

S’il n’est pas citoyen français, M. Hadjarab a grandi en France. C’est le pays de ses proches et de sa famille, en grande partie naturalisée. Selon des documents rendus publics, Nabil Hadjarab est arrivé pour la première fois en France en 1981, où il a suivi l’école primaire. Il a plus tard continué sa scolarité près de Lyon et, après la mort de son père, a été adopté par un couple français en 1998. En novembre 2000, il a acheté un faux passeport français à Paris, afin de rejoindre Londres. Dans la capitale anglaise, il a fréquenté deux mosquées sous surveillance des services policiers, considérées comme des lieux de recrutement et lieux de passage avant un départ pour l’Afghanistan.

Une “menace de niveau intermédiaire” pour les Etats-Unis

C’est dans ce pays que M. Hadjarab se rend pour “étudier le Coran et vivre dans un véritable pays islamique”, selon ses déclarations. Il réside pendant huit mois près de Jalalabad, dans une maison appartenant à une connaissance algérienne. Après le 11-Septembre, il cherche à se rendre au Pakistan. L’Alliance du Nord afghane était alors à la recherche d’étrangers dans la région alors que les Etats-Unis avaient déclenché leur campagne militaire pour faire tomber le régime des Talibans. Au cours de son exode, M. Hadjarab s’est réfugié avec son groupe dans des tranchées à Tora Bora. Sur la route du Pakistan, ils sont attaqués par un hélicoptère américain le 15 décembre 2001. Blessé, Nabil Hadjarab a été transporté vers un hôpital de Jalalabad, où il a été vendu aux forces afghanes pour 5 000 dollars, puis remis aux militaires américains. Le 15 février 2002, il est transféré à Guantanamo. 

Le département américain de la défense considère M. Hadjarab comme une “menace de niveau intermédiaire” pour les Etats-Unis. Selon les documents administratifs, il n’a jamais pris part personnellement à l’organisation d’un projet terroriste, ni n’a combattu les forces américaines en Afghanistan. Il est pourtant considéré comme un membre d’Al-Qaida, en association avec le Groupe Islamique Armé algérien (GIA). M. Hadjarab s’est toujours défendu d’appartenir à ces groupes ou d’avoir participé à l’entraînement des combattants islamistes dans des camps afghans. Les différents rapports américains pointent les lieux par lesquels il est passé comme faisant partie de filières de recrutements terroristes. Plusieurs de ses fréquentations sont aussi directement impliquées dans la nébuleuse Al-Qaida.

Mobilisation pour un retour en France

John Grisham détaille les abus et les tortures dont Nabil Hadjarab a fait l’objet depuis le début de sa détention : privation de sommeil, températures extrêmes, isolement prolongé, sans droit de visite de ses proches. En février dernier, il a débuté une grève de la faim avec une centaine de ses codétenus. La direction de la prison a réagi en obligeant les grévistes à se soumettre à une alimentation forcée deux fois par jour.

Souhaitant tenir une de ses plus anciennes promesses (un décret sur la fermeture de Guantanamo a été signé en 2009), l’administration Obama a annoncé le 26 juillet dernier le rapatriement de deux détenus algériens vers leur pays, sans préciser leur identité. Considéré comme “libérable” depuis trois ans, il est possible que Nabil Hadjarab soit l’un d’entre eux. Selon John Grisham, ce serait une nouvelle erreur : il n’a pas de famille pour l’accueillir en Algérie, et il serait traité de manière hostile par son gouvernement. 

Un comité de soutien porté par son oncle, Ahmed Hadjarab, se mobilise pour son retour en France. Une pétition a été lancée sur la plateforme américaine “progressiste” Change.org, et a déjà recueilli plus de 18 000 signatures. Le 5 juillet dernier, le comité a été reçu par François Zimeray, ambassadeur pour les droits de l’homme. La France a déjà accueilli deux anciens détenus de la prison en mars 2005. Selon le ministère des Affaires étrangères, il n’est pas prévu que la France accueille un troisième prisonnier.

En conclusion de sa tribune, John Grisham demande que l’erreur américaine soit reconnue et que des excuses officielles et une compensation financière soient octroyées à Nabil Hadjarab. Enfin, l’auteur appelle à mettre la France sous pression pour qu’elle accepte son transfert hors de Guantánamo.

Mis à jour du 29 août 2013 : Nabil Said Hadjarab et Mutia Sadiq Ahmad Sayyab, 36 ans, détenus algériens, «ont été remis au gouvernement algérien», a affirmé le ministère américain de la Défense dans un communiqué. Il s’agit des premiers transfèrements de Guantanamo depuis le rapatriement du Canadien Omar Khadr fin septembre 2012.

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