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Mobilisation sans précédent de l’opposition hongroise contre Viktor Orban

Des dizaines de milliers de personnes — 100 000 selon les organisateurs, 70 000 selon les observateurs — ont manifesté hier soir à Budapest contre le Premier ministre conservateur, Viktor Orban, une mobilisation sans précédent à l’appel des partis de gauche et écologiques, ainsi que des mouvements de la société civile.

Alors que, jusqu’à présent, les appels à manifester contre le gouvernement attiraient tout au plus quelques milliers de personnes, cette fois des dizaines de milliers de citoyens se sont mobilisés pour protester contre la nouvelle constitution hongroise, jugeant qu’elle portait atteinte à la démocratie. Au moment même où Viktor Orban et ses fidèles célébraient la nouvelle constitution à l’Opéra de Budapest, les manifestants étaient rassemblés à proximité avec comme slogan “il y aura de nouveau une République”, allusion directe à la disparition, dans la nouvelle constitution, de l’appellation “République de Hongrie” au profit de la simple “Hongrie”.

Le parti socialiste MSZP, le parti écologiste de gauche LMP et le nouveau parti DK de l’ancien Premier ministre socialiste, Ferenc Gyurcsany, ont participé au rassemblement, aux côtés de nombreux mouvements de la société civile. Les manifestants ont scandé des slogans contre Viktor Orban, brandissant des pancartes avec les inscriptions : “Assez!”, “Dictature d’Orban”, “Orbanistan”. “Viktor Orban et ses serviteurs ont fait passer la Hongrie d’un pays prometteur au lieu le plus sombre d’Europe”, a commenté avant le début de la manifestation le député socialiste Tibor Szanyi.

La nouvelle constitution, adoptée en avril grâce à la majorité des deux-tiers dont jouit au Parlement le parti Fidesz de Viktor Orban, a suscité les critiques de l’Union européenne, du chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, du Fonds monétaire international (FMI) et de nombreuses organisations non-gouvernementales (ONG).

Ses détracteurs reprochent à Viktor Orban d’avoir ainsi limité les pouvoirs de la Cour constitutionnelle, de menacer le pluralisme des médias et de mettre fin à l’indépendance de la justice. Les lois constitutionnelles qui l’accompagnent sont elles jugées comme une atteinte à l’indépendance de la Banque centrale, une aide en faveur du Fidesz pour les prochaines élections législatives et une manière d’imposer la politique fiscale du régime conservateur aux gouvernements futurs.

Dans le collimateur de la Commission européenne

La Hongrie se retrouve donc dans le collimateur de la Commission européenne, qui menace de ne pas reprendre les pourparlers sur une aide financière sans garanties sur l’indépendance de la Banque centrale. La Commission européenne et le Fonds monétaire international avaient décidé en décembre d’interrompre une mission à Budapest destinée à discuter d’une aide financière à la Hongrie évaluée entre 15 et 20 milliards d’euros, pour protester contre une réforme contestée de la Banque centrale hongroise.

A présent que celle-ci a été adoptée le 30 décembre, “la question est : allons-nous entamer les discussions formelles en janvier? Pour l’instant, le FMI et la Commission n’ont pas encore décidé s’ils retourneraient à Budapest pour entamer ces discussions”, a déclaré  un porte-parole de la Commission, Olivier Bailly. “L’un des éléments-clés de notre évaluation n’est pas seulement financier, mais concerne aussi l’environnement légal nécessaire pour assurer la stabilité financière de la Hongrie”, a-t-il expliqué, or “nous avons besoin d’assurances des autorités hongroises sur le fait que ces sujets pourront être discutés de manière ouverte et constructive”.

Selon une source européenne, “la Commission européenne ne retournera pas à Budapest sans avoir obtenu des certitudes” sur l’indépendance de la Banque centrale hongroise. Le président de la Commission José Manuel Barroso a eu plusieurs échanges ces dernières semaines avec les autorités hongroises à propos de la réforme de la Banque centrale, a souligné Olivier Bailly.

Une source proche du dossier juge ainsi “inacceptable” que le président de la Banque centrale puisse être placé dans un rapport hiérarchique avec le gouvernement. Bruxelles a également “un problème” avec la fusion possible de la Banque centrale avec les autorités boursières hongroises prévue pour mars 2013. La Commission européenne examine dans le détail l’ensemble de ces textes pour voir s’ils sont conformes au droit européen, a précisé M. Bailly. En plus d’éventuelles procédures en infraction au droit communautaire, Budapest pourrait aussi se voir sanctionner la semaine prochaine dans le cadre d’une procédure pour déficits excessifs.

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