Subscribe

Monet

 

Plus de soixante toiles couvrant l’ensemble de la carrière du peintre y sont exposées en hommage à Daniel Wildenstein, l’auteur du catalogue raisonné en cinq volumes du peintre et de Katia Granoff la directrice de galerie qui reconnut la première l’importance des monumentales Nymphéas à laquelle Claude Monet (1840-1926) se consacre de 1914 à sa mort. Comme l’indique l’ouvrage de Daniel Wildenstein qui répertorie quelques deux mille quarante quatre peintures à l’huile, Monet est un peintre prolifique. L’exposition reflète l’évolution et les thèmes du peintre, et présente au rez –de- chaussée le contexte dans lequel les analyser, grâce aux photographies de l’époque et certains exemples de l’abondante correspondance du peintre avec sa seconde femme, Alice Hoschedé. Le peintre-voyageur s’adresse à sa compagne lors de ses multiples séjours en Méditerranée, Normandie, Belle-Île, Rouen et Londres et documente les progrès de ses « impressions ».

 

Le terme apparaît lors de la première exposition de la Société Anonyme des Artistes Peintres, Sculpteurs et Graveurs du 15 Avril 1874. Monet y montre, parmi les œuvres de ses confrères Paul Cézanne, Edgard Degas, Camille Pissarro, Berthe Morisot, Auguste Renoir… Impression, Soleil Levant, 1873. Le journaliste Louis Leroy du Charivari emprunte le mot et titre ironiquement son article L’Exposition des Impressionnistes.

Un mouvement et une légende sont nés

La reconnaissance internationale et la réussite matérielle n’arriveront que quelques treize ans plus tard avec la première exposition à New York organisée par Durand-Ruel qui signale la fin de la participation de Claude Monet aux expositions des Impressionnistes. L’image de l’artiste de plein air bravant les conditions climatiques pour fixer sur la toile sa vision de la nature est toutefois désormais fixée dans l’imagination populaire. En fait, si Claude Monet n’hésite pas à parcourir en bateau les bras de la Seine récemment ouverts aux Parisiens grâce à la nouvelle ligne Normandie partant de la Gare Saint-Lazare et à y saisir sur le vif le spectacle de ses berges, il termine souvent les toiles peintes à l’extérieur dans ses studios successifs. Loin d’être une retranscription subjective et rapide d’une scène inscrite devant ses yeux, chaque tableau est aussi composé qu’une œuvre de la Renaissance et obéit souvent aux mêmes lois. L’exquise Femme Lisant de 1872 représente probablement Camille, la première femme du peintre, dans la tradition des fêtes galantes de Watteau et Boucher, remise au goût du jour par l’ouvrage des frères Goncourt sur le dix-huitième siècle. La jeune femme est presque entièrement inscrite dans le côté gauche de la toile. Au-dessus de son chapeau, de fines branches accentuent l’horizontalité du format tandis que l’éclaircie verte de la pelouse en haut et à droite du tableau répond aux taches lumineuses du premier plan. Cependant, contrairement à l’esthétique du siècle précédent, les jeux de lumière sont indépendants de toute réalité et obéissent à une logique picturale qui encourage l’œil du spectateur à s’arrêter sur le visage du modèle, l’alternance harmonieuse des roses et des verts et à étudier les différences de texture des coups de pinceau sur la toile.

Au fur et à mesure des ans la primauté du pictural sur le réel se fait plus évidente. Avec l’aisance matérielle vient le désir de forcer la nature à se conformer à la vision du peintre, elle-même très influencée par les estampes japonaises dont l’artiste est un avide collectionneur.

L’époque de Giverny

En 1890, Claude Monet achète la propriété de Giverny dont il était le locataire depuis 1883. En 1891, il engage un jardinier japonais et dessine avec lui les premiers plans de l’étang qu’il construit puis modifie en 1893. C’est désormais une équipe de quatre jardiniers et un contremaître qui est responsable des lieux sous la férule du peintre. À partir de 1898, il conçoit le projet des « Grandes Décorations » basé sur son jardin aquatique, qui l’occupe jusqu’à sa mort et dont l’État français, à la demande du président du conseil Georges Clémenceau, grand ami de Claude Monet, recevra une suite de 19 panneaux en 1922 exposée dorénavant à L’Orangerie à Paris.

La dernière salle de l’exposition chez Wildenstein comporte quatre tableaux de cette série représentant le Pont Japonais dont le premier est daté 1918 et les trois autres de 1918 à 1924. Si le pont et son chapeau de glycines sont à chaque fois le point de référence de la toile, les couleurs, le cadrage, le point de vue et la texture varient selon le bon plaisir de l’artiste. La troisième toile est presque carrée. Le rouge y domine et l’application de couleurs particulièrement épaisse.

La manière du peintre qui utilise la peinture telle qu’elle sort du tube est amplifiée. La courbe du pont qui habituellement est exagérée, est cette fois aplatie et utilisée pour découper la toile en cinq champs horizontaux de couleur, anticipant de trente ans les préoccupations de Jackson Pollock et de Willem de Kooning.

Galerie Wildenstein

19 East 64th Street
New York NY 10021

Du lundi au samedi de 10 à 17 heures jusqu’au 15 juin

Entrée $10 Adulte, $5 étudiant et Senior, au profit de la lutte contre le cancer du sein

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related