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Mort d’Éric Rohmer, fondateur de la Nouvelle Vague et cinéaste du badinage amoureux

Éric Rohmer, un des fondateurs de la Nouvelle Vague, est mort lundi à Paris à 89 ans, deux ans après avoir tourné son dernier film, Les amours d’Astrée et de Céladon, et annoncé vouloir prendre sa retraite.

Il avait été hospitalisé quelques jours auparavant. Rien n’était encore prévu lundi soir pour ses obsèques.

Érudit célébrant la langue et la littérature françaises, Éric Rohmer était souvent considéré comme le Marivaux ou le Musset du cinéma français. Il avait placé la parole au cœur de ses œuvres, dont l’intrigue narrative se noue autour de la conversation et du badinage amoureux.

À travers 25 films, il a exalté les jeunes filles en fleurs et révélé plusieurs grands talents.

Né Jean-Marie Maurice Schérer à Tulle (Corrèze) en 1920, marié et père de famille, il avait enseigné la littérature avant de se consacrer à la critique cinématographique puis à la réalisation. Il avait été rédacteur en chef des Cahiers du cinéma de 1957 à 1963.

« Éric Rohmer était tout pour moi », a dit à l’AFP Fabrice Luchini, ajoutant : « Il était le plus important. Je lui dois tout. Il m’a nommé : j’ai fait mes premiers films avec lui, notamment Le Genou de Claire en 1970 ».

Le comédien a également tourné sous la direction d’Éric Rohmer en 1977 dans Perceval le Gallois au côté d’Arielle Dombasle, puis dans Les Nuits de la pleine lune en 1984.

« Moi, il m’a fait découvrir le cinéma », a déclaré pour sa part Arielle Dombasle, « il m’a fait comprendre ce qu’étaient le cinéma, l’écriture cinématographique, l’écriture d’un vrai auteur ».

« C’est quelqu’un qui m’a fait lire pour la première fois Marivaux » et « qui m’a montré ce qu’était la beauté classique des textes », a-t-elle ajouté.

Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, a salué « un cinéaste dont l’œuvre était unique ». « Sous l’apparente légèreté, il mettait dans ses films une rigueur qui le place parmi les plus grands metteurs en scènes de l’histoire », a-t-il dit.

Pour Pascal Greggory, autre talent révélé par Rohmer, « c’était un homme libre avant tout, qui avait créé une aventure cinématographique unique au monde ». Selon lui, Rohmer était « quelqu’un d’assez marginal » qui « n’a jamais fait de concession dans le monde du cinéma ».

Selon la comédienne Marie Rivière, qui a tourné trois films avec Rohmer, « il donnait sa chance aux gens, aux techniciens, aux acteurs inconnus ». « Les derniers jours, il voulait encore du papier et un crayon pour écrire ».

« C’était son cinéma jusque dans son économie propre, minimaliste », a réagi le président Nicolas Sarkozy. « Classique et romantique, sage et iconoclaste, léger et grave, sentimental et moraliste, il a créé le style “rohmérien”, qui lui survivra », selon l’Elysée.

L’ex-ministre de la Culture Jack Lang a estimé que le cinéma avait perdu « l’homme de toutes les découvertes ».

Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a salué en Éric Rohmer « l’un des plus grands auteurs du cinéma français » qui « a su inventer un langage cinématographique qui puise dans les subtilités mêmes de la langue française ».

Pour le ministre, « il a su être à la fois un homme de cinéma complet et, en même temps, une réminiscence parfaitement incarnée de la grande tradition littéraire des analystes du cœur ».

Enfin pour Gilles Jacob, président du Festival de Cannes : « Rohmer restera notamment pour avoir su dire aux jeunes filles d’aujourd’hui, d’hier et de toujours : “Parlez-moi d’amour !” ».

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