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Mur budgétaire: un compte-à-rebours mais pas de cataclysme immédiat

Faute d’un accord au Congrès d’ici à lundi, les Etats-Unis se retrouveront au pied du “mur budgétaire”, une cure de rigueur forcée qui fait frémir la première économie mondiale mais dont les effets devraient toutefois être progressifs et, pour certains, réversibles.

POURQUOI LE “MUR BUDGETAIRE” EST-IL TANT REDOUTÉ?

Les législateurs américains se sont eux-mêmes liés les mains à l’été 2011. Aux termes d’un accord conclu alors au forceps, républicains et démocrates ont jusqu’à la fin 2012 pour s’entendre sur un plan de réduction du déficit, faute de quoi un remède de cheval sera administré au pays.

Alors que l’échéance du 31 décembre approche, ce “mur budgétaire” a de quoi faire trembler: il prévoit un cocktail de hausses d’impôts et de coupes dans les dépenses fédérales de plus de 600 milliards de dollars qui menace de faire vaciller une économie américaine encore convalescente.

Selon le Tax Policy Center, organisme de recherche indépendant, la fin attendue des cadeaux fiscaux de l’ère Bush se traduirait par une facture de 2.000 dollars par an pour les ménages de la classe moyenne, au risque de gripper la consommation. D’après les estimations du Bureau du budget du Congrès (CBO), le produit intérieur brut américain pourrait alors reculer de 0,5% en 2013 sur fond de flambée du chômage (9,1% contre 7,7% actuellement).

UN “BIG BANG” LE 2 JANVIER?

En dépit d’une dramaturgie quasi-hollywoodienne (compte-a-rebours, coups de théâtre et réunions de la dernière chance), le scénario d’un “Taxmageddon” – l’apocalypse budgétaire dès le 2 janvier – ne semble pas très réaliste, selon les experts interrogés.

“On n’est pas dans Cendrillon où le carrosse se transforme en citrouille à minuit”, ironise Thomas Ferguson, professeur de sciences politiques à l’Université du Massachusetts. “Ce n’est pas un mur budgétaire mais plutôt une petite colline budgétaire”, ajoute-t-il.

Certains effets ne se feront certes pas attendre. La hausse prévue de 2% des prélèvements sociaux pourrait être répercutée sur les feuilles de paie dès janvier. La fin des aides allouées à quelque 2 millions de chômeurs pourrait elle aussi prendre effet rapidement. Mais la hausse généralisée de l’impôt sur le revenu, prélevée à la source aux Etats-Unis, devrait pendre plus de temps. “Les employeurs vont probablement utiliser les mêmes taux de retenue à la source qu’en 2012” en attendant qu’un accord soit conclu, prédit Joseph Rosenberg, du Tax Policy Center.

Et même en cas de hausse, l’administration aura toujours la possibilité de prendre des mesures rétroactives pour annuler les pertes sur le pouvoir d’achat, selon ces experts.

S’agissant des coupes prévues dans les dépenses, estimées à plus de 100 milliards de dollars, les administrations concernées pourront décider “quand et comment” elles ajusteront leurs budgets d’ici à la fin de l’exercice fiscal en cours, en septembre, selon M. Rosenberg. “Ce ne sera pas la mort subite dès le 1er janvier”, affirme-t-il.

ET L’IMPACT PSYCHOLOGIQUE?

C’est une des grandes inconnues du “mur budgétaire”. Si l’impact des hausses d’impôts devrait être progressif, l’incertitude peut avoir des effets économiques fulgurants, alors que se profile par ailleurs une nouvelle bataille au Congrès sur le plafond de la dette. Redoutant une taxation accrue du capital ou une perte de revenus, les investisseurs pourraient être tentés de vendre massivement leurs titres au risque de déstabiliser la Bourse de New York.

Anticipant des coupes publiques, les entreprises en contrat avec le gouvernement, notamment dans l’industrie de la défense, pourraient, elles, ralentir leurs investissement et leurs embauches. “Plus les discussions traîneront en longueur, plus l’avalanche sera grande et plus ses effets seront dévastateurs”, pronostique l’économiste Joel Naroff.

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