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Najat Vallaud-Belkacem, féministe de 3e génération

Porte-parole du gouvernement français et ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem a présenté son action pour l’égalité hommes-femmes, lors d’une rencontre organisée lundi 4 mars au consulat général de France à New York.

C’est dans une salle comble et devant un auditoire majoritairement féminin composé de chefs d’entreprises, d’étudiantes et de responsables d’associations féminines que le consul général de France à New York, Bertrand Lortholary a accueilli Najat Vallaud-Belkacem. Cette rencontre s’est tenue en marge de la 57e Session de l’ONU sur la condition féminine où la ministre était venue porter la parole de la France contre les violences masculines envers les femmes.

Dans un échange avec la journaliste américaine Diane Brady (Bloomberg Businessweek), la ministre a expliqué le sens de son action pour les droits des femmes et l’égalité. “L’exemplarité des carrières d’Hillary Clinton, Nancy Pelosi, Christine Lagarde ou Anne Lauvergeon ne doit pas cacher les préjugés et les inégalités qui persistent”, souligne l’une des benjamines du gouvernement Hollande, chiffres à l’appui : dans le domaine économique, 2% de PDG de grandes entreprises françaises sont des femmes ; 20% seulement siègent dans les conseils d’administration ; moins d’un tiers des PME sont créées par des femmes, et les salaires féminins en France restent en moyenne inférieurs de 27% à ceux des hommes.

“Le risque, surtout en période de crise, c’est que les droits des femmes soient relégués à la périphérie” ajoute celle qui souhaite au contraire faire de l’égalité et de la mixité des priorités. Si les femmes ont récemment conquis près d’un tiers des sièges à l’Assemblée nationale, elles sont encore sous-représentées dans la haute fonction publique. 14% seulement occupent un poste d’ambassadeur, comme le rappelle Najat Vallaud-Belkacem qui plaide également pour une “diplomatie des droits des femmes” au sein de l’Union européenne et à l’international.

Situation inédite, Najat Vallaud-Belkacem est à la fois porte-parole d’un gouvernement paritaire, composé pour la première fois d’autant de femmes que d’hommes, et à la tête d’un ministère des Droits des femmes qui a été rétabli après une absence de 26 ans. “Mon rôle de porte-parole rend un sacré service à la ministre que je suis. Cela permet de travailler de manière transversale et concertée avec les ministères et d’agir sur les mentalités dans un grand nombre de secteurs : éducation, medias, milieu sportif, administration ou entreprise “.

Concilier vie familiale et professionnelle

Vu des Etats-Unis comme en témoigne le livre Bringing up bébé de Pamela Druckerman, le modèle social français de politique familiale et d’accueil de la petite enfance qui permet aux Françaises d’élever des enfants tout en poursuivant leur carrière, apparaît à bien des égards idyllique. La ministre considère cependant que “le nœud des inégalités professionnelles réside dans la répartition inégales des tâches domestiques et parentales”, qui fait que les mères se retrouvent plus souvent pénalisées sur le marché de l’emploi et dans leur avancement. Une situation dont Najat Vallaud-Belkacem ne se satisfait pas, estimant que les sociétés développées “ont les moyens de favoriser l’exercice de la parentalité par les deux sexes”.

Are You a Feminist ?

Le parcours sans faute de cette ministre de 35 ans, mère de deux jumelles, témoigne d’un certain idéal républicain. Fille d’immigrés, née au Maroc et Française par naturalisation, l’étudiante boursière et licenciée en Sciences politiques adhère au parti socialiste en 2002, après le séisme des présidentielles qui voit le Front national se qualifier au second tour des élections.

Conseillère régionale de Rhône-Alpes de 2004 à 2008, adjointe au maire de Lyon en charge de la jeunesse et conseillère générale de 2008 à 2012, elle fait partie de ces nouveaux visages, qui ont accedé à l’exercice des responsabilités électives grâce à la loi sur la parité de 2001, imposant aux partis politiques 50% de candidatures féminines pour les municipales et les législatives.  “L’expérience prouve que la volonté politique et les lois sont efficaces”, dit-elle.

Elle incarne un féminisme de 3e génération, pragmatique et assumé, qui considère l’égalité entre les sexes comme normale. “Je suis féministe car le féminisme est un attachement à l’égalité”, dit-elle, rappelant par ailleurs que “la première génération était celle du combat pour les droits civiques et politiques. La deuxième génération, celle des droits économiques et sociaux, de l’égalité devant la santé, de l’IVG, de l’égalité professionnelle. La troisième génération de droits doit être celle de l’aboutissement de l’égalité réelle”. Les mobilisations récentes des femmes pour leurs droits à travers le monde, en Inde, en Europe ou en Tunisie, témoignent selon elle d’une nouvelle prise de conscience : “Les grands acquis ne sont pas derrière nous, ils sont devant nous” estime-t-elle.

Plan d’action

A l’occasion du 8 mars, la ministre entend faire de 2013 une “année de l’égalité”, assortie d’un plan d’action et d’une loi-cadre sur les droits des femmes qui sera présentée en mai. Au premier rang de mesures annoncées figurent la formation des enseignants et des écoliers à une éducation non sexiste dès la rentrée prochaine ; le renforcement des dispositifs de protection pour les femmes victimes de violences ; des mesures pour l’égalité professionnelle, des aides ciblées pour les familles monoparentales, ainsi que la mise en œuvre d’un objectif de 40% de femmes à des postes d’encadrement dans la fonction publique d’ici 2017. Car comme le dit Najat Vallaud-Belkacem, “l’égalité, c’est tous les jours !”

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