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Nathalie Baye, caméléon du cinéma français

Dans sa quête permanente d’actrice, Nathalie Baye traque la complexité dans le jeu, passant sans sourciller d’un rôle sensible à un rôle exubérant. De Godard à Spielberg, l’artiste de passage à New York confirme son statut d’actrice prodige figurant parmi les plus importantes du cinéma français. Rencontre au Walter Reade Theater, dans le cadre d’une rétrospective  autour de sa carrière.

Votre premier rôle au cinéma était dans un film américain de Robert Wise, le réalisateur de West Side Story !

Oui, c’était vraiment un tout petit rôle dans un film intitulé Two People. J’étais encore au conservatoire à l’époque. Robert Wise cherchait une comédienne pour une scène avec Peter Fonda et il m’avait choisi. J’étais tellement ignorante que quand je l’ai rencontré la première fois, je n’ai même pas réalisé qu’il s’agissait du metteur en scène de West Side Story ! Sur ce tournage, je n’ai dû voir Robert Wise que 4 fois. Mais il devait y avoir une histoire de ressemblance entre moi et l’héroïne du film qui a été, au passage, un sacré four. (Rires)

Vous êtes partie à New York à l’âge de 17 ans, comme baby-sitter. Parlez-nous de cette expérience..

C’est moi qui avait décidé de partir. Mes parents étaient quand même très en avance sur leur temps parce qu’à l’époque, on ne partait pas a New York comme ça ! J’étais dans une école de danse professionnelle, à Monaco. J’avais une famille française amie à New York chez qui je suis restée deux semaines. J’ai trouvé via les petites annonces du New York Times une famille américaine chez qui je pouvais être baby-sitter. Je suis toujours en contact avec elle aujourd’hui, nous sommes restés très amis !

Quel était votre premier contact avec la ville ?

Bon ! Bien sûr, j’arrivais sur Mars. Je n’avais pas la culture américaine qu’ont les jeunes qui arrivent à New York aujourd’hui, grâce aux films, aux séries, etc. C’était fantastique pour moi. Le premier choc classique, c’était la taille des voitures, la tailles des immeubles, la taille des rues. Et puis le bruit: les sons, les klaxons, les sirènes… tout un univers auquel je n’étais pas du tout habitué. Alors que les jeunes de 16 ou 17 ans avec qui je suis retourné depuis sont complètement familiers de tout ça avant même d’arriver. Ce n’est plus du tout la même approche.

On vous propose des rôles magnifiques, profonds, à l’image d’Isabelle Huppert ou de Fanny Ardant. Pensez-vous que cela serait possible aux États-Unis ?

Susan Sarandon, Meryl Streep ou Helen Mirren ont aussi des rôles très riches. Donc je pense que même aux Etats-Unis, les bons rôles et les bons scénarios existent toujours, même passé la trentaine. Ce qui est intéressant pour une actrice, c’est de jouer des rôles très différents. Si on me propose un rôle totalement déshumanisé, complètement diabolique, je fonce s’il est bien écrit. Je ne vais pas accepter que des rôles avec une humanité formidable, je m’ennuierais ! C’est la variété qui est passionnante.

Y’a-t-il un profil de rôle qui se dessine dans votre carrière ?

Quand on commence dans ce métier, il y a toujours un moment où l’on essaie de vous enfermer dans un emploi. Pour moi, c’était un peu le rôle de la Girl Next Door, cette espèce de personnage familier sympathique, la voisine de pallier auquel le public peut facilement s’identifier. J’ai eu envie de sortir de ça parce que je suis très claustrophobe (Rires). Et puis grâce à l’imaginaire de certains réalisateurs, on a commencé à me proposer des rôles très différents. Aujourd’hui, j’ai la chance de me voir proposer aussi bien des rôles dans des comédies, des films noirs ou des personnages très humains ou diaboliques, très drôles  ou très sombres. Je suis très heureuse d’avoir cette chance.

Vous sentez-vous plus à l’aise dans certains registres ?

Non. Et c’est tant mieux parce que je n’ai pas envie d’être à l’aise, si ce n’est dans ma cuisine !  Avec plus de 80 films à mon actif, je suis passée par tous types de rôles et de registres. J’ai une affection particulière pour mon rôle dans le premier long-métrage de Nicole Garcia, Un week-end sur deux, dans lequel je jouais une femme un peu dangereuse, pas très bonne mère, aimant ses enfants mais ne sachant pas très bien comment s’y prendre. Ce n’est pas la mère rassurante auquel le public peut facilement  s’identifier.

Vous avez collaboré avec les Français et les Américains. Leur pratique respective du cinéma est-elle différente ?

Pas du tout. Ce qui est différent, c’est la taille de l’équipe. Le cinéma américain est un genre de buldozer international. Quand on tourne dans un film comme Catch me if you can de Steven Spielberg, ça va très très vite, beaucoup plus vite qu’un film français car Spielberg voulait tourner très rapidement sur ce film mais c’est toujours un metteur en scène et son équipe. Il y a toujours ce côté artisanal, avec des acteurs qu’il aime autour de lui, et une équipe soudée. Des moments de doute aussi, quand il se demande comment il devrait placer sa caméra, puis des moments d’enthousiasme terriblement chaleureux et communicatifs quand il filme une scène qui lui correspond. Dans ses conditions, la personnalité du metteur en scène fait le film.

Vous allez tourner dans le prochain film de Xavier Dolan ?

Oui, enfin c’est plus une participation qu’autre chose. Je tournerai en février et avril 2011 une semaine à chaque fois. Je suis ravie de rentrer l’univers de ce jeune réalisateur plus que doué dont j’ai adoré les deux premiers films, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires. C’est un scénario somptueux, une mère dont le fils va changer de sexe…

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