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Nathalie Kosciusko-Morizet, avocate de la croissance verte en terre américaine

En déplacement aux Etats-Unis (10-12 avril), Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, du développement durable, des Transports et du Logement, est venue défendre la conception française d’une croissance verte, et la confronter aux réalités américaines. Comment vivre après une catastrophe naturelle ? Comment financer l’aide au développement durable ? Tels étaient les sujets de réflexion de la ministre à la Nouvelle-Orléans puis à New York.

“Nous pouvons dans les deux années qui viennent entrer dans un cercle vicieux et aller dans le mur. Nous pouvons aussi retrouver un cercle vertueux. Je veux y croire”. Dans les salons feutrés du consulat de France de New York, Nathalie Kosciusko-Morizet ne se veut ni idéaliste ni défaitiste. Simplement réaliste et déterminée.

La ministre française de l’Ecologie et du Développement durable revient de la Nouvelle-Orléans où elle a été frappée, dit-elle, par “le choix qu’ont fait les habitants de partir ou de rester après Katrina, un choix laissé à leur libre appréciation. C’est une gestion de l’après-catastrophe qui me semble propre aux Etats-Unis. Mais c’est une leçon à tirer : la population a été respectée. La dimension humaine, le lien social sont aussi importants que la gestion uniquement technique”.

Après le terrain, les conférences et les entretiens. A New-York, elle est là pour parler d’argent : 100 milliards de dollars par an à trouver d’ici 2020, la somme est colossale. C’est le montant sur lequel sont tombés d’accord les Nations réunies à Cancun en décembre dernier, un “fonds vert” jugé nécessaire pour financer une croissance verte qui associerait pleinement pays développés et pays en voie de développement.

Mais où trouver ces 100 milliards de dollars par an (75 milliards d’euros) ? C’était l’objet de la Conférence présidée par Nathalie Kosciusko-Morizet à la New York University. La réponse est à trouver du côté des financements innovants.

“I know, it’s so French”

L’idée est “simple mais pas simpliste”, répètera plusieurs fois la ministre : l’aide ne peut plus seulement venir des fonds publics des pays riches, alors il faut explorer toutes les pistes, rechercher toutes les sources de financement possibles, les additionner. Taxer les billets d’avion par exemple, ce qui n’affecte les passagers que de quelques dollars. Y ajouter une taxe sur le transport maritime, ce qui rapporterait en tout selon les estimations entre 6 et 12 milliards de dollars par an. Taxer la production abusive de certaines huiles végétales comme l’huile de palme. Taxer le tabac. Taxer les revenus liés à l’exploitation des énergies fossiles. Taxer à 0,005% les transactions financières, l’idée est française et rapporterait 30 milliards de dollars par an.

A la gauche de la ministre, Bob Orr, qui représente l’ONU, grimace à chaque fois que le mot “taxe” est prononcé. Nathalie Kosciuko-Morizet le devance  avec humour: “I know, it’s so French”. Car elle sait bien que le principal obstacle est là : comment convaincre des Américains traditionnellement et culturellement réticents à l’idée de taxation ?

“La contrainte juridique et le financement innovant ne suscitent pas un grand enthousiasme à Washington”, reconnaîtra la ministre quelques heures plus tard devant les journalistes français. “Mais à Copenhague et Cancun, les Etats-Unis se sont engagés. Et puis l’on peut facilement contrer l’argument : le financement innovant ressemble moins à une taxe que l’ODA ! (Official developpement assistance, l’aide au développement qui doit représenter 0,7% de PIB -ndlr). L’ODA est une pure taxe, le financement innovant est un cousin de la taxe, c’est un éventail de différentes ressources, plus transparent, plus stable”.

Nathalie Kosciusko-Morizet affirme que la France a le soutien sans faille de l’ONU, promesse lui en a été faite dans l’après-midi par son Secrétaire général Ban Ki Moon. L’ONU sera-t-elle d’ailleurs l’organisation qui supervisera la centralisation et la redistribution de ce “fonds vert” ? Là encore, Washington freine. Les Américains veulent laisser une marge de manoeuvre importante à la sphère économique privée.

Mais la ministre française veut y croire. Elle dit compter sur les opinions publiques : “2011 sera l’année de la mobilisation. Nous avons devant nous le G20 de Cannes à l’automne, puis la Conférence sur le climat de Durban fin 2011. Nous devons désormais être crédibles.”

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