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Nénette, portrait du spectateur en vieux singe

Nicolas Philibert a posé sa caméra derrière la vitre épaisse du Jardin des Plantes où sommeille Nénette, une vieille femelle orang-outang. Projeté du 22 décembre au 4 janvier 2011 au Film Forum de New York, le film interroge notre part d’animalité et notre condition humaine.

Le cinéaste Nicolas Philibert, réalisateur du Pays des sourds (1992) et d’Être et Avoir (2001), tourné dans une école au cœur du Massif Central, nous tend avec Nénette un miroir simiesque de l’homme. Tel le Pépée de la chanson de Léo Ferré, le film est un portrait tendre de l’animal brossé à travers les réflexions, en voix off, des visiteurs de tout poil qui défilent chaque jour devant sa prison dorée.

La nature de Nénette est ambigüe. S’agit-il d’un film, d’un documentaire ou d’un docu-fiction ?

Il ne s’agit ni tout à fait d’un documentaire, ni complètement d’une fiction. Le discours n’est pas celui d’un scientifique ou d’un anthropologue. C’est un miroir tendu vers l’être humain, une réflexion sur l’homme et l’animal qui penche du côté de la fiction. C’est surtout un film sur le regard, sur la représentation de l’autre. Et une métaphore du cinéma envisagé comme «captation», car  filmer Nénette, c’est encore l’emprisonner en l’enfermant dans un cadre, celui de la caméra.

Vous placez le spectateur dans la situation, parfois embarrassante, de voyeur…

Le film parle effectivement de voyeurisme. Le spectateur n’a pas le choix. Il est là, derrière la vitre, à observer l’animal livré en pâture aux regards des visiteurs 7 jours sur 7, 365 jours par an. Il n’y a aucune échappatoire, aucune bouffée d’air qui nous emmènerait hors-champ, en dehors du zoo. Il n’y a pas d’autre alternative que cette cage. Ce manque d’espace, couplé à la passivité de Nénette nous renvoie notre voyeurisme à la figure.

Est-ce une manière de dénoncer l’enferment animal ?

L’enfermement en soi est une triste perspective mais Nénette n’est pas un film militant, ni dénonciateur. Paradoxalement, Nénette est protégée en étant enfermée. Ce qui n’empêche pas les soigneurs de faire part dans le film de leur culpabilité à s’occuper d’un animal qui n’est pas dans son milieu naturel.

Le film s’achève sur un monologue philosophique très beau. Pouvez-vous commenter cette dernière partie ?

Il s’agit d’un extrait d’une tirade de quarante minutes improvisée par le comédien et ami Pierre Meunier, autour du thème de la présence, de l’absence, de la barrière entre l’homme et l’animal, du désœuvrement. C’est une « rentière velue », dit-il, qui vit «dans l’empire du rien-faire ». Il parle de la vitre aussi, de ce qui nous sépare et nous rapproche…

Rendre visite à Nénette, c’est un peu comme une bonne séance de psychanalyse ?

Par projection, en parlant de Nénette, les gens parlent d’eux-mêmes. C’est un face à face avec l’autre, et donc avec soi-même. Il y a un transfert affectif du singe à l’homme.

Au-delà des grimaces, le film porte en lui une certaine gravité… quelque chose de très triste, parfois.

Assez vite, les sourires laissent place à autre chose. La mélancolie par exemple… Le manque d’expression de Nénette laisse libre cours à toutes les émotions. Ses véritables sentiments demeurent un mystère que je respecte. J’ai filmé Nénette comme  la Joconde !

Infos pratiques:

Nénette, un documentaire de Nicolas Philibert, sera projeté du 22 décembre au 4 janvier 2011 au Film Forum de New York. Durée : 1 h 10.

Site officiel : www.filmsdulosange.fr/fr/fr_nenette.html

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