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New York, berceau du Petit Prince

Venu à New York en 1941 avec l’ambition de créer une alternative au général de Gaulle au sein de la résistance française, Antoine de Saint Exupéry a vu ses espoirs politiques vite déçus. Mais du fruit de ses rencontres est né un conte, Le Petit Prince.

Le soir du 31 décembre 1940, Antoine de Saint Exupéry débarque à New York après deux jours de traversée à bord du Siboney. À peine arrivé sur terre, il est accueilli par une foule immense et emmené à un gala. Il y reçoit le prix des éditeurs devant 800 personnes, distinction qui lui avait été accordée en 1938 mais qu’il n’avait pu aller chercher. Ce ne sont pourtant pas des raisons littéraires qui l’ont poussé à l’exil, mais le désir de jouer un rôle politique majeur au sein de la Résistance.

Passant le plus clair de son temps dans les ateliers d’un de ses amis peintre sur 52nd Street, ce fervent opposant au régime de Vichy se faisait appeler “le résistant de la 5th Avenue”. Cette parenthèse américaine, qui durera plus de deux ans, reste assez méconnue de la vie de l’aviateur. C’est pourtant à New York qu’il écrira son livre le plus célèbre, Le Petit Prince.

“Il faut exiger de chacun, ce que chacun peut donner”, déclare le roi dans Le Petit Prince. Répondant à ce principe, l’aviateur s’est rendu aux Etats-Unis dans l’espoir de convaincre les Américains d’entrer en guerre aux côtés de la France. “Il espérait que grâce à sa renommée et ses écrits, il pourrait jouer un rôle important dans l’entrée en guerre des Etats-Unis”, confirme Olivier D’Agay, petit-neveu de l’écrivain et directeur de la succession de Saint Exupéry.

C’est dans cet esprit qu’Antoine de Saint Exupéry écrit Pilote de Guerre en 1942. “Il voulait sensibiliser la population américaine sur la nécessité d’un engagement de leur pays”. Selon des archives américaines récemment publiées, les services secrets américains auraient tenté de remplacer le général de Gaulle par Antoine de Saint Exupéry à la tête de la Résistance.

“Les Etats-Unis cherchaient un représentant crédible, connu, et pro-américain. Saint Exupéry était l’homme idéal. Mais c’était une impasse car le général de Gaulle était la seule voie à cette époque”, raconte Olivier D’Agay. L’aviateur ira jusqu’à lancer un appel radiophonique le 29 novembre 1942 depuis New York, avec pour premiers mots : “Français, réconcilions-nous pour servir”. Le message sera incompris et interprété comme une propagande pro-américaine par les gaullistes. Si ce voyage aux Etats-Unis ne marquera pas un tournant dans la vie de Saint Exupéry le résistant, il sera à l’origine de la reconnaissance mondiale de Saint Exupéry l’écrivain.

Le Petit Prince, sur un coin de nappe

À New York, l’écrivain habite dans un immeuble moderne situé au 240 Central Park South. Il se rend presque tous les jours au restaurant La Vie Parisienne, où se retrouvent les plus grands artistes de l’époque : Jean Gabin, Clark Gable, Marlene Dietrich ou encore Greta Garbo. À l’étage du dessus habite le peintre Bernard Lamotte que Saint Exupéry avait connu à la section architecture des Beaux-Arts. Il réalisera notamment les illustrations de Pilote de Guerre. “C’était un environnement très favorable à la création. Ses années new-yorkaises sont ses meilleures d’un point de vue littéraire”, explique Olivier D’Agay.

Pourtant, l’homme est malheureux à New York. “Il ne supportait pas d’être loin de la France, loin du front. Sa vie aux Etats-Unis était compliquée et très dissolue. Il sortait beaucoup, avait de nombreuses petites amies.” Sentant son mal de vivre, la femme de Curtice Hitchcock, l’éditeur de Saint Exupéry, lui propose d’écrire un conte. Et c’est lors d’un dîner au restaurant avec son éditeur, que l’auteur se met à dessiner le Petit Prince sur une nappe. Curtice Hitchcock s’empresse alors de trouver une maison loin du tumulte de Manhattan pour qu’Antoine de Saint Exupéry puisse se consacrer à l’écriture de son ouvrage.

Et c’est à Northport, dans une petite ville calme de Long Island, que l’écrivain imagine les aventures du Petit Prince, rédigées sur un cahier d’école, les croquis dessinés dans la marge. La femme de l’écrivain, Consuelo, dira de cette demeure qu’elle était “la maison du Petit Prince”. L’écrivain, lui, parlait “d’un refuge, un endroit idéal pour l’écriture”.

En août 1943, le livre, salué par la critique américaine – il ne sera publié en France qu’en 1946 – est imprimé à 30 000 exemplaires. Trois jours plus tard, Saint Exupéry quitte les Etats-Unis avec l’armée américaine et redevient l’aviateur de guerre qui avait fait de lui un homme admiré des deux côtés de l’Atlantique. Pour Olivier D’Agay, “ces deux années à New York ont été les plus importantes dans la vie d’Antoine de Saint Exupéry. Les Etats-Unis étaient sa deuxième patrie.”

Avec ou sans trait d’union ?

Pourquoi France-Amérique a choisi de ne pas mettre de trait d’union dans l’orthographe de Saint Exupéry. D’abord son descendant Olivier D’Agay nous a assurés qu’il n’y en avait pas, comme le prouve l’état civil de l’écrivain. C’est aussi sans trait d’union que l’auteur du Petit Prince signait ses lettres ou encore ses chèques. Enfin, l’inscription à la gloire de l’aviateur sur le Panthéon à Paris reprend cette orthographe sans trait d’union. Le tiret a été ajouté par son éditeur et est aujourd’hui l’orthographe la plus courante, bien qu’inexacte.

Sur les traces de Saint Exupéry à New York

À la Morgan Library ou l’on peut découvrir le manuscrit original du Petit Prince. Au 3 East 52nd Street où La Section Américaine du Souvenir Français a posé une plaque sur la devanture de l’actuel restaurant La Grenouille, autrefois La Vie Parisienne. L’écrivain fréquentait régulièrement ce bâtiment car l’atelier de son ami peintre Bernard Lamotte se trouvait dans l’immeuble. Devant la bibliothèque de Northport, où a été inaugurée en septembre 2006 une statue en bronze du Petit Prince.

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