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New York tourne la page Bloomberg

Après 12 ans de Michael Bloomberg, les New-Yorkais votent mardi pour choisir parmi une dizaine de candidats démocrates et républicains les deux qui seront en lice pour l’élection du nouveau maire le 5 novembre.

La ville est très majoritairement démocrate, même si elle n’a pas élu de maire démocrate depuis 20 ans, et les primaires démocrates ont retenu toute l’attention. D’autant qu’après des semaines d’une campagne où tout semblait joué d’avance, les sondages se sont brusquement affolés, plaçant désormais largement en tête celui que beaucoup n’avaient pas vu venir, le plus à gauche des candidats, Bill de Blasio, le médiateur de la ville.

Selon un sondage Quinnipiac publié lundi, M. de Blasio, qui a fait campagne sur le thème des inégalités et se présente comme l’anti-Bloomberg, est désormais à 39% des intentions de vote, loin devant ses opposants démocrates. Il flirte avec le seuil de 40% qui l’assurerait dès mardi d’être le candidat démocrate à la mairie. En-dessous de ce score, un second tour sera organisé le 1er octobre.

Dans une campagne où les attaques de dernière minute sont allées bon train, Michael Bloomberg lui même est sorti de sa réserve, l’accusant de mener une campagne “raciste” et de “guerre des classes”. “Il en appelle aux électeurs en utilisant sa famille” racialement mixte, a dénoncé le maire dans un entretien à l’hebdomadaire New York paru ce week-end. “C’est comme si je pointais le fait que je suis juif pour attirer le vote juif”. Et sa stratégie d’opposer “deux villes” est “destructive” a ajouté M. Bloomberg. “Il est très populiste, très à gauche. C’est une honte parce que j’ai toujours pensé qu’il était très intelligent”.

De Blasio, l’anti-Bloomberg

M. de Blasio, 52 ans, Italo-américain, est marié à une Afro-américaine, Chirlane McCray, ancienne lesbienne, très présente dans sa campagne. Ils ont deux enfants, dont un fils de 15 ans, Dante, à la coupe afro devenue célèbre, également très impliqué. Depuis des semaines, Bill de Blasio répète le même message, du haut de son 1,95 m: après 12 ans d’un Bloomberg milliardaire et ploutocrate, il est le seul qui osera changer de cap. Il veut augmenter les impôts des New-Yorkais gagnant plus de 500.000 dollars par an pour financer l’école maternelle pour tous avant 4 ans. Il dénonce les inégalités, “le conte de deux villes”, et la politique controversée des fouilles au corps (“stop and frisk”) de la police new-yorkaise qui vise surtout les jeunes noirs et latinos.

Fin juillet, M. de Blasio était encore bon 4e, à 14% des intentions de vote, derrière l’ancien Représentant Anthony Weiner, la présidente du conseil municipal Christine Quinn, et l’ancien contrôleur financier de la ville Bill Thompson. M. Weiner est aujourd’hui à 6%, tué par de nouveaux aveux fin juillet sur sa fâcheuse manie d’envoyer des messages sexuels à des inconnues.

Christine Quinn, emprisonnée dans son costume d'”héritière” de Bloomberg alors que deux tiers des New-Yorkais aspirent au changement, est à 18%. L’avance initiale de celle qui aspire à devenir la première femme et première lesbienne maire de la plus grande ville américaine s’est érodée de semaine en semaine.

Bill Thomson, battu par Bloomberg en 2009 (50,7% contre 46,3%), était lundi à 25%, en hausse de 5 points de pourcentage par rapport au précédent sondage Quinnipiac du 3 septembre. M. de Blasio en a depuis perdu 4. “Le mouvement ces derniers jours est en faveur de Bill Thompson” soulignait lundi Maurice Carroll, le directeur de l’institut de sondages de l’université Quinnipiac. “Bill de Blasio n’a pas pu cette semaine garder ses 43% (d’intentions de vote). Et il n’y a pas eu de mouvement de Christine Quinn”.

Dans un scrutin traditionnellement très difficile à prévoir, M. Carroll se gardait bien de tout pronostic. “C’est un vote où de minuscules changements le dernier jour peuvent vraiment faire la différence”, expliquait-il. La capacité de chaque candidat à mobiliser est notamment essentielle, dans un scrutin où l’abstention est généralement très importante. Côté républicain, où trois candidats sont en lice, tous les sondages depuis janvier placent en tête Joe Lotha, l’ancien président de la MTA, l’autorité des transports new-yorkais.

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