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Next year in Bombay : l’étonnante histoire des juifs d’Inde

En 2005, Jonas Pariente, jeune réalisateur français, découvre en Inde l’existence d’une communauté juive à l’histoire atypique. Il en a fait le sujet de son premier film, projeté mardi soir au Jewish Community Center de Manhattan. Une immersion dans l’Inde religieuse, poignante et authentique.

Il y a des visions qui marquent, comme celle d’une arrivée nocturne dans l’atmosphère brumée et humide des rues surexcitées de Bombay. Une vache errante, un chien vagabond, quelques Indiens emmitouflés dans une couverture de circonstance fumant leur dernière cigarette autour d’un feu, et au beau milieu de ce décor de western indien, le branle-bas fracassant des rickshaws et vieilles automobiles britanniques. « Les Indes », car il y en a plusieurs, sont un autre monde.

C’est cette différence que Jonas Pariente, cinéaste français passé par le Hunter College de New York, est allé chercher dans le sous-continent asiatique lors d’un voyage initiatique en 2005. Un séjour parsemé de découvertes, dont une, qui lui offrira le sujet de son film Next year in Bombay, projeté mardi au Jewish Community Center de Manhattan.

« C’est une histoire du hasard, un coup du destin », raconte-t-il. Parti à ses côtés, son meilleur ami dont il dit qu’il est « plus attaché à la religion juive que lui », cherche à obtenir de la nourriture casher. Une quête pas forcément évidente, dans un pays à majorité hindouiste et musulmane. Les deux jeunes touristes vont alors être accueillis à bras ouverts par le rabbin Gabriel Holtzberg et son épouse Rivka, tous deux assassinés l’année dernière dans les meurtriers attentats terroristes qui ont frappé la ville. À la synagogue, antenne indienne du Chabad-Lubavitch Hasidic Jewish Movement de Crown Heights (Brooklyn, NY), Jonas va y faire la connaissance de juifs indiens, les Bene Israël, dont il ne soupçonnait pas l’existence. « Cela a été une grande surprise, décrit-il. Me rendre compte qu’à des milliers de kilomètres de chez moi, des gens partagent le même héritage et les mêmes prières qu’à Paris ou New York, m’a profondément ému. Malgré les différences de langues et les mondes qui nous séparaient, la tradition dans laquelle j’ai été bercé nous unissait. C’était vraiment une sensation incroyable. »

C’est seulement en rentrant à New York, et après un travail de recherche, que Jonas, en compagnie de son partenaire de projet Mathias Mangin (passé par la NY Film Academy, coréalisateur et coproducteur), constate que cette communauté juive à part entière vit à Bombay depuis plus de 2000 ans et qu’il y a matière à réaliser un documentaire. Une communauté à l’histoire particulière au sein de l’histoire juive  comme il le souligne. « D’après les historiens, explique-t-il, c’est la seule communauté au monde qui n’a jamais connu l’antisémitisme. Le pluriculturalisme de Bombay leur a permis de vivre sans discrimination pendant 2000 ans. L’intérêt était donc à la fois porté vers la découverte et la surprise, mais aussi vers une évidente réflexion sur l’identité juive. »

Concernant l’origine de leur existence, ils seraient venus, selon une légende, au moment de la diaspora, lorsque les Romains ont envahi les terres de l’actuelle Israël, dispersant les juifs un peu partout dans le monde. Les ancêtres des Bene Israël auraient fait naufrage sur la côte Ouest indienne, près de Bombay. Ils ont alors, jusqu’au 17e siècle, perdu les traces du monde juif mais en ont conservé les rites primaires. Aujourd’hui, cette communauté qui habite essentiellement les villes de Bombay, Puna ou Ahmedabad, compte environ 4000 membres.

Une grande majorité de ces juifs indiens réside néanmoins aujourd’hui en Israël, où ils se sont expatriés à sa création. Ironie de l’histoire, ces exilés, à l’instar des juifs éthiopiens, souffrent de racisme en Israël. Qu’attache alors vraiment les juifs à la terre d’Israël ? Une importante question que souligne également Jonas Pariente dans son film. « Ils n’ont jamais été discriminés en Inde en 2000 ans mais le sont en Israël, s’étonne-t-il. Ce n’est donc pas forcément l’antisémitisme qui les a amenés à quitter leur pays. »

Revenu enthousiaste de son tournage qu’il a réussi à financer grâce à des dons et ses économies personnelles, Jonas avoue son coup de foudre pour les gens qu’il a rencontrés et pour Bombay, une ville qu’il compare à New York. « Cette ville brasse des Indiens de toutes les régions, éclaire-t-il. C’est une ville dure qui oblige les gens à garder une certaine décontraction et joie de vivre pour survivre. Un peu comme les New-Yorkais qui sont un peu légers de prime abord et qui s’obligent à avoir la communication facile. À New York, on peut faire une blague quasiment à tout le monde dans la rue, à Bombay c’est à peu près le même état d’esprit. »

Jonas Pariente, dont la mère est également réalisatrice (Deux vies plus une sorti en 2007 et À table, sélection à la quinzaine des réalisateurs à Cannes) s’est toujours glissé d’une manière ou d’une autre derrière une caméra. Après des études de sociologie qui l’ont un peu frustré, l’envie de faire du documentaire et de raconter des histoires réelles lui sont venus naturellement, presque par subversion à l’égard de l’analyse théorique. « J’ai voulu amener de la sensualité, de la subjectivité et de la poésie, ce qui est antinomique avec la sociologie, explique-t-il. » Une dimension que l’on retrouve néanmoins dans son film, qui possède une incontestable approche anthropologique.

Infos pratiques :

Next year in Bombay

Mardi 13 octobre 2009 à 19 heures 30

Jewisch Community Center in Manhattan

334 Amsterdam Avenue

New York, NY

http://www.nextyearinmumbai.com/index_fr.html

http://nextyearinmumbai.blogspot.com/

Facebook: http://www.facebook.com/event.php?eid=149432930954&index=1

Un extrait du documentaire:



 

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