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Nicolas Sarkozy au Rwanda pour parachever une délicate réconciliation

Nicolas Sarkozy se rendra au Rwanda le 26 février, a annoncé jeudi Kigali, pour la première visite d’un président français depuis le génocide de 1994, destinée à tourner une des pages les plus délicates de l’histoire française en Afrique.

Cette visite marquera le point d’orgue d’une réconciliation menée tambour battant, depuis l’annonce le 29 novembre dernier de la reprise des relations diplomatiques suspendues entre les deux pays depuis 2006.

Le déplacement présidentiel a été rendu public par le ministère rwandais des Affaires étrangères, à l’occasion de la présentation des lettres de créance du nouvel ambassadeur de France à Kigali, Laurent Contini.

“L’envoyé français a informé la ministre de la visite du président Nicolas Sarkozy le 26 février 2010”, précise le communiqué rwandais. Avant de se rendre à Kigali, le chef d’Etat français fera une étape à Libreville, a-t-on par ailleurs appris de source proche de la présidence gabonaise.

“Il est le bienvenu”, a réagi le ministre rwandais de la Culture Joe Habineza interrogé par l’AFP, “cela fait plus de 20 ans qu’il n’y a pas eu de président français qui vienne au Rwanda”, la précédente remontant à François Mitterrand en 1984.

Théodore Simburudali, président d’Ibuka, la principale association de rescapés du génocide, a jugé que cette visite était “une bonne chose”, en souhaitant qu’elle permette “de faire connaître au plus haut niveau la vie de tous les jours des rescapés”.

Le Rwanda avait coupé les ponts avec la France après l’émission par la justice française fin 2006 de mandats d’arrêts internationaux à l’encontre de neuf proches du président Paul Kagame dans l’enquête sur la mort de l’ex-président Juvénal Habyarimana.

L’avion qui ramenait le président rwandais de l’époque, hutu, d’un sommet consacré aux négociations avec la guerilla tutsie du Front patriotique rwandais (aujourd’hui au pouvoir), avait été abattu près de Kigali dans des conditions jamais élucidées. Cet événement est considéré comme l’élément déclencheur du génocide mené à l’instigation d’extrémistes hutus, dans lequel allaient périr au moins 800.000 personnes selon l’ONU, en majorité tutsi.

Le pouvoir rwandais actuel accuse la France d’avoir armé les génocidaires, par le programme d’assistance militaire qui unissait les deux pays avant le drame, et d’avoir ensuite utilisé son opération militaro-humanitaire Turquoise pour protéger la fuite de ces mêmes extrémistes hutus. Paris a toujours rejeté catégoriquement ces accusations.

L’élection à la présidence française de Nicolas Sarkozy a accéléré le dégel des relations, M. Kagame se félicitant de voir dans le nouveau chef d’Etat français “enfin un interlocuteur ouvert”.

En visite le 7 janvier à Kigali, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait reconnu “des erreurs d’appréciation” dans la politique française de l’époque au Rwanda, sans aller jusqu’à présenter les excuses que le régime rwandais espère. Le ministre français avait proposé un travail commun de mémoire et de recherche historique pour panser les plaies.

Le pouvoir rwandais, de son côté, a renoncé à faire de la levée des poursuites judiciaires françaises contre neuf de ses membres un préalable à une normalisation des relations.

Mais Kigali, qui réclame plus d’insistance de la France à poursuivre les génocidaires présumés réfugiés sur son sol, n’a pu qu’apprécier la constitution d’un pôle “Génocides” au tribunal de Paris. Enfin, alors que des demandes d’extradition concernant quatre Rwandais installés en France ont été refusées par la justice française, un médecin rwandais pratiquant depuis huit ans dans le sud-ouest de la France, Sosthène Munyemana, vient d’être arrêté mercredi en vertu d’un mandat d’arrêt émis contre lui à Kigali pour sa participation présumée au génocide.

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