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Nicolas Sarkozy bientôt convoqué dans l’affaire Bettencourt

Une convocation de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bettencourt est attendue à Bordeaux dans les prochains jours, en point d’orgue et en symbole d’une instruction menée sans tabou depuis deux ans par le juge Jean-Michel Gentil et ses deux collègues.

Ni du côté de la justice, ni de celle de M. Sarkozy, cette convocation n’a été confirmée officiellement. Mais il apparaît qu’elle a bien été lancée, et que son avocat est venu consulter le dossier, ce qui signifie que M. Sarkozy ne sera pas entendu comme simple témoin. Viendra-t-il ou le juge ira-t-il l’entendre hors du Palais de Justice? Aux dernières nouvelles il semblait que M. Sarkozy aurait bel et bien à se déplacer. Les rumeurs convergent vers une convocation la semaine prochaine ou au début de la suivante.

Au vu de ce qui a filtré des éléments du dossier, les juges peuvent vouloir l’entendre dans les dossiers d’abus de faiblesse, Mme Bettencourt étant en situation de faiblesse psychologique depuis fin 2006, de financement de parti politique et de trafic d’influence de l’affaire. Ils souhaitent notamment le confronter à des témoignages du personnel des Bettencourt, évoquant à la fois la circulation dans la maison d’enveloppes d’argent liquide destinées aux hommes politiques, et des visites régulières de l’ancien président, et ils veulent lui soumettre diverses coïncidences de dates, découvertes grâce à la saisie de ses agendas à ses domiciles personnel et professionnel, le 3 juillet dernier.

Ces coïncidences, selon les révélations récentes de la presse, montrent une grande proximité dans le temps entre des moments-clés de l’affaire Bettencourt et des rendez-vous de M. Sarkozy, notamment avec l’ancien procureur de Nanterre Philippe Courroye, qui avait initialement mené l’enquête sur l’affaire et est un proche de l’ex-président. L’ancien trésorier de l’UMP, et ex-ministre, Eric Woerth, a déjà été mis en examen en début d’année pour “recel” d’une somme remise début 2007 par l’ancien homme de confiance de Mme Bettencourt Patrice de Maistre, lui aussi mis en examen à de nombreux titres.

Les juges s’étaient intéressés à deux rapatriements de 400 000 euros en liquide faits par M. de Maistre, depuis les comptes suisses de la milliardaire héritière de L’Oréal, pendant la campagne de M. Sarkozy en 2007. Selon Libération de jeudi, les enquêteurs s’intéressent aussi à la concomitance entre un rendez-vous entre MM. Sarkozy et de Maistre, en novembre 2008, et deux rapatriements de un million d’euros chacun par M. de Maistre en décembre 2008. M. Sarkozy a déjà balayé les soupçons en faisant valoir qu’il était naturel qu’il se rende parfois chez les Bettencourt, à la fois ses voisins à Neuilly et des personnes partageant ses idées. En juin, à la fin de son immunité de président, il avait pris l’initiative de faire adresser au juge Gentil son agenda du premier trimestre 2007, et n’avait reconnu qu’une visite chez les Bettencourt pendant la campagne, le 24 février 2007.

Ce geste de l’ancien président n’a semble-t-il pas destabilisé le juge Gentil, que certains avocats dans l’affaire n’hésitent pas à appeler en souriant le juge “Méchant”. Saisi du dossier le 17 décembre 2010 après le dépaysement de celui-ci de Nanterre à Bordeaux par la Cour de cassation, il a instruit discrètement pendant un an pile, avant de frapper. Il avait ainsi fait arrêter à l’aube le 12 décembre 2010 le photographe François-Marie Banier, à l’origine de toute cette affaire, et son compagnon Martin d’Orgeval, les envoyant deux nuits à la prison de la Santé avant de se les faire amener. Il a procédé de même deux jours plus tard avec M. de Maistre, qu’il a aussi envoyé au printemps en prison pendant 88 jours, dans l’espoir manifeste, selon les avocats de celui-ci, de le faire craquer, mais en vain.

Toute cette année, le juge, qui souhaite selon des proches du dossier en terminer rapidement avec cette affaire et a déjà au moins deux fois postulé cette année à des fonctions à Paris, sans succès, a instruit au pas de charge. Il a mis en examen avec ses collègues quatorze personnes et en a placé au moins une, le notaire de Mme Bettencourt Jean-Michel Normand, sous le statut de témoin assisté, lundi dernier. Il multiplie ces temps-ci les réauditions, entendant M. Woerth au moins pour la troisième fois fin octobre. Mardi, il entendra de nouveau M. de Maistre. La convocation du président marquera sans doute quasiment la fin, peu ordinaire, de cette instruction.

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