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Nicolas Sarkozy enfonce le clou sur la sécurité

Pour ressouder son camp et tenter de doubler une extrême droite qui reprend des couleurs, Nicolas Sarkozy a donné un coup d’accélérateur sur la sécurité, préparant visiblement sa campagne de 2012, selon des experts, alors que la gauche crie à la “dérive antirépublicaine”.

Le chef de l’Etat a lancé une “véritable guerre nationale” contre la criminalité en limogeant le préfet de l’Isère, en pointant du doigt “certains” Roms et gens du voyage et enfin en liant immigration et insécurité, une ligne qu’il n’avait jamais franchie aussi clairement. A Grenoble, il a réclamé que les auteurs de crimes contre les personnes dépositaires de l’autorité publique puissent être déchus de la nationalité française. Pour ce genre d’infractions, Nicolas Sarkozy a aussi demandé l’application de peines plancher.

A 20 mois de la présidentielle, le gouvernement n’entend pas perdre de temps. Ces nouvelles dispositions seront introduites dans des projets de loi dès septembre, a annoncé Brice Hortefeux. Le ministre de l’Intérieur a même proposé d’aller plus loin en étendant les possibilités de déchéance de nationalité à l’excision, la traite d’êtres humains et la “délinquance grave”. La majorité se mobilise aussi pour soutenir cette politique sécuritaire, terreau de l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 et que le président a remis en tête de ses priorités au moment des régionales de mars, calamiteuses pour la droite. A la

demande du chef de l’Etat, le secrétaire national de l’UMP en charge de la sécurité, Eric Ciotti, prépare un texte prévoyant deux ans de prison pour les parents de mineurs délinquants qui n’auront pas respecté les obligations de la justice. Pour Martine Aubry, ce tir groupé contre l’insécurité constitue une “dérive antirépublicaine qui abîme la France et ses valeurs par des lois d’exception aussi iniques que vraisemblablement anticonstitutionnelles”, reprenant à son compte les réserves émises par des juristes. La première secrétaire du PS y voit aussi une manière de “masquer les échecs” de Nicolas Sarkozy et les “affaires” en “jouant sur les peurs”. Une déclaration “terriblement choquante” pour Xavier Bertrand. “Martine Aubry et le Parti socialiste ne sont ni compétents ni crédibles pour parler sécurité”, a jugé le secrétaire général du parti présidentiel. L’objectif de Nicolas Sarkozy est clairement électoral, selon le politologue Roland Cayrol. “Sa stratégie, c’est d’abord de rassembler son camp de base.

Même du côté du coeur de cible, c’est à dire des sympathisants UMP, il commençait y avoir du flottement”. “Les signes les plus forts qu’attendent ces électeurs, c’est sur la crise et l’emploi”, a dit M. Cayrol à l’AFP. “Mais comme là il n’y a pas de marge de manoeuvre, Nicolas Sarkozy actionne le deuxième levier que sont l’insécurité et l’immigration et précisément le lien assez trouble” que ses électeurs de 2007 “font entre ces deux thèmes”. Le FN a d’ailleurs jugé que les propos du président “confirmaient officiellement le caractère criminogène de certaines immigrations”. Aspirer à nouveau l’électorat de Jean-Marie Le Pen, c’est “l’objectif à long terme” estime Stéphane Rozès. Mais selon cet autre analyste, Nicolas Sarkozy ne doit pas oublier que “c’est sur le tryptique +travail, mérite, pouvoir d’achat+ qu’il a récupéré ce vote, et pas sur la sécurité”. “L’objectif de court terme, analyse M. Rozès, c’est de redevenir maître de l’agenda politico-médiatique après une longue séquence où il a perdu la main”. Nicolas Sarkozy, ajoute-t-il, “réaffirme l’idée que d’un côté il y aurait quelqu’un qui s’occupe des citoyens du quotidien et de l’autre une gauche angélique”.

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