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Nicolas Sarkozy : “Si je perds, j’arrête”

Nicolas Sarkozy a assuré jeudi qu’il arrêterait la politique s’il perdait en mai, un cas de figure rare dans la vie politique française, où la tradition est plutôt de “traverser le désert” que de céder à la “tentation de Venise”, même après les échecs les plus retentissants.

Consacrer toute sa vie à la politique est même une marque de fabrique française : François Mitterrand et Jacques Chirac s’y sont repris à trois reprises avant d’entrer à l’Elysée, alors qu’un seul échec aux Etats-Unis a disqualifié pour la Maison Blanche des hommes aussi brillants qu’Al Gore ou John Kerry. Les faux départs sont une autre habitude de la vie politique nationale. “Au revoir” : en 1981, Valéry Giscard d’Estaing, président sortant battu par François Mitterrand, laisse devant les écrans une chaise vide, mais revient deux ans plus tard par la plus petite porte, une élection cantonale dans le Puy-de-Dôme.

“J’ai été très heureux de vous retrouver”, avait lancé en septembre 1982 aux Français l’ex-président à la fin d’une “Heure de Vérité” marquant son retour médiatique, les yeux dans la caméra, fidèle à son habitude, comme s’il voulait effacer le souvenir traumatique d’un homme orgueilleux qui s’en va en tournant théâtralement le dos aux électeurs. VGE, qui n’avait jamais connu l’échec avant mai 81, ne reviendra jamais au sommet, connaissant même plusieurs revers, jusqu’à échouer aux portes de la mairie de Clermont-Ferrand en 1995.

Une militante qui hurle, un séisme à gauche après le “coup de tonnerre” des urnes : le 21 avril 2002, Lionel Jospin annonce lui aussi qu’il abandonne la vie politique quelques heures après le verdict des électeurs plaçant Jean-Marie Le Pen au second tour face à Jacques Chirac. Dans les années qui suivent, l’ex-Premier ministre donne l’impression de “renoncer à son renoncement”, au point qu’à La Rochelle en 2006 une militante du MJS, Mélanie, l’interpelle sans ménagement : “Camarade, es-tu parti, es-tu revenu ? Réponds franchement”. “J’ai voulu marquer que j’acceptais l’arrêt (le verdict) du peuple, j’allais jusqu’au bout de la violence du geste du peuple”, répond la voix nouée Lionel Jospin qui, brièvement, caressera l’espoir d’être préféré à Ségolène Royal pour porter les couleurs du PS en 2007.

Auparavant, après la débâcle de la gauche en 1993, il avait songé réintégrer son corps d’origine, le quai d’Orsay, mais la droite lui refusera l’ambassade de son choix. En 1997, à la faveur de législatives anticipées, il entre à Matignon. Toutes et tous y ont pensé un soir de déprime, rares sont ceux qui ont cédé à la “Tentation de Venise”, à commencer par l’auteur de la célèbre formule, Alain Juppé, à l’origine d’un brillant “come-back”, à Bordeaux puis au gouvernement, après sa condamnation en appel en 2004 et son exil au Québec.

En lice pour la troisième fois à l’Elysée, François Bayrou avoue qu’il n’a songé à quitter la vie politique qu’une seule fois, en 2002, quand sa première campagne plafonnait à 1% et que les Guignols de l’Info caricaturaient l’agrégé de lettres sous les traits d’un grand benêt. Si quelques uns ont jeté l’éponge – François Léotard, Michel Noir, Philippe Séguin après son naufrage à Paris en 2001… – la plupart des hommes politiques français préfèrent se référer au fondateur de la Ve République, première période, celle où après une “traversée du désert” relative à Colombey, le général de gaulle était revenu aux affaires en 1958. Car en 1969, au soir de sa vie, il met son sort dans la balance lors référendum sur la régionalisation. Le non est massif, il part.

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