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Nicole Ameline : une féministe à l’Onu

Nicole Ameline, députée (UMP) du Calvados, ex-ministre de la parité et de l’égalité professionnelle sous le gouvernement Raffarin, a été élue mercredi, au siège de l’Onu à New York, membre du Comité de l’élimination des discriminations à l’égard des femmes de demain (CEDAW).

France-Amérique: Qu’est-ce que représente votre élection à la tête du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’encontre des femmes (CEDAW), aujourd’hui ?
Nicole Ameline: Une très belle victoire pour la France et l’Europe. Nous plaçons au premier rang des priorités françaises, l’égalité entre les hommes et les femmes dans notre exercice de la présidence européenne. Je le ressens aussi comme une très bonne nouvelle pour beaucoup de femmes que je connais, qui en Afghanistan, au Yémen, ou en Afrique se battent tous les jours pour leur liberté et leur égalité. Je pense qu’elles sont heureuses de savoir que quelqu’un saura les défendre particulièrement.

F.-A.: Quelle est votre feuille de route ?
N.A.: Je souhaite donner plus de visibilité au CEDAW, renforcer la lutte contre la pauvreté dans le monde à travers le soutien aux femmes, les conforter dans l’exercice des responsabilités politiques, dans la reconstruction économique des pays victimes de conflits et dans tous les autres domaines. Je suis très impressionnée par des réussites que j’ai personnellement vues. Je pense au Yémen, où nous avons aidé les femmes qui se présentaient pour la première fois à se former à la politique, avec le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Je pense que l’accessibilité des femmes aux responsabilités politiques est un enjeu majeur. Dans le rôle qui sera le mien au CEDAW il y aura une partie très rigoureuse de contrôle de la situation de chaque pays au regard de la convention. Mais au-delà de cette fonction, je pense qu’il y aura beaucoup de contacts, de liens nouveaux à créer pour porter haut les valeurs et les engagements du comité.

F.-A.: Concrètement, comment la mission va se passer ?
N.A.: Il y a 3 sessions annuelles, de 3 semaines chacune où chaque membre est en charge d’un dossier national. Une à New York, probablement en janvier et les autres se tiendront à Genève. Je découvre le Comité donc je vais y participer avec beaucoup d’humilité, d’écoute et d’ambition, parce que je crois que c’est une magnifique tribune. Les Nations unies c’est l’endroit où l’on peut parler au monde.

F.-A.: Quel impact véritable le CEDAW peut-il avoir sur un pays?
N.A.: Le comité pèse beaucoup dans le monde et vis-à-vis de l’ensemble des associations qui s’appuient sur la convention adoptée par 185 Etats. Ce document est aujourd’hui une référence internationale, qui a généré cet organisme de contrôle qu’est le CEDAW. Les Etats ont tous une réalité, des contraintes ou des raisons politiques qui font qu’ils sont plus ou moins en phase avec cette convention, mais la pression reste entière et s’universalise. Dans la mondialisation, il y a une forme heureuse de contagion des valeurs. Lorsqu’un Etat ne répond pas à ces objectifs, il est considéré comme au banc de la société. Pendant ma campagne électorale, j’ai rencontré plus de 140 Etats. Ce qu’ils veulent, c’est respecter la convention CEDAW pour figurer parmi les nations les plus modernes, les plus avancées du monde et les plus en phase avec les droits fondamentaux. Il ne s’agit pas seulement de faire entrer dans les législations nationales les articles du CEDAW, mais de mettre en œuvre la réalité de la convention.

F.-A.: Supposons que certains pays qui ont ratifié la convention ne respectent pas ce code de conduite. Le comité pourrait-il prendre des mesures à leur encontre?
N.A.: Je ne crois pas que le Comité aille jusque là. C’est un problème de fond, parce-que dans toutes les organisations internationales, on se demande si la condamnation morale suffit. Un pays qui ne respecte pas les droits des femmes sera jugé de façon très sévère par le CEDAW. S’il ne remplit pas ses obligations systématiquement, il se trouvera en difficulté. Alors, faut-il aller plus loin ? Ce sera peut-être un débat que nous pourrons avoir. Personnellement, je pense que c’est toujours utile d’avoir des sanctions dans les conventions.

F.-A.: Quelle est la marge de manœuvre des femmes en politique ? Malgré les lois instituées sur la parité, les partis politiques continuent de les contourner, quitte à payer le prix fort…
N.A.: La classe politique, essentiellement masculine a tendance à se reproduire sur elle-même. Donc, il faut être volontariste. On l’a été aux dernières élections législatives et on a fait un bond, clairement. Ce qu’il faut que nous fassions, c’est présenter le maximum de femmes. De plus en plus rapidement, il y aura un renouvellement de la démocratie. Et de ce fait, il faut que les femmes soient prêtes, qu’elles se sentent chez elles partout, dans toutes les responsabilités. Il est également nécessaire que l’on trouve des moyens logistiques pour leur permettre de ne pas culpabiliser parce qu’elles ont des enfants. Les entreprises commencent à le comprendre. En France, je suis très fière d’avoir complètement encouragé les crèches d’entreprises. Ce serait la grande victoire de dire aux femmes « vous êtes libres de tout pouvoir et de tout vouloir ». Il y a donc encore quelques victoires à envisager.

F.-A.: Cette culpabilité que peuvent ressentir certaines femmes n’est-elle pas engendrée par les sanctions inspirées par la loi sur la parité?
N.A.: J’ai été très favorable aux quotas, parce que je n’ai pas vu d’autres moyens. C’était un peu provocateur (NDRL : la parité à 30%), mais il fallait que cela créée un débat pour générer la prise de conscience. Ce qu’il faut surtout c’est que les quotas deviennent inutiles très vite. Parce-que les garder, ça donnerait l’impression que les femmes ont besoin de ça, ce qui n’est pas le but. Avoir le pouvoir pour les femmes, c’est simplement une attente de quelques siècles. Donc il ne faut pas s’en priver

F.-A.: Vous êtes féministe ?
N.A.: Oui. Tout à fait. Très féministe. J’ai construit ma vie sur l’émancipation. Ma mère m’a beaucoup influencée parce qu’un jour, il y a eu une très grande colère chez moi entre mon père et elle sur le vote présidentiel entre Le Canuet et Dumont. J’ai toujours dit à ma mère que ce jour-là elle m’avait totalement confortée dans ma démarche. Elle m’a avoué après coup qu’elle s’était dégonflée et qu’elle avait voté comme mon père. Je ne l’avais jamais su, heureusement ! Je ne serai peut-être pas là aujourd’hui…

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